Banques et startup : comment les réconcilier sur le sujet du financement

 |   |  737  mots
Les start-up étant par nature risquées, il n'est guère aisé pour les banques de les financer, compte tenu de leurs impératifs de gestion des risques.
Les start-up étant par nature risquées, il n'est guère aisé pour les banques de les financer, compte tenu de leurs impératifs de gestion des risques. (Crédits : Reuters)
L’association France Digitale et le Crédit Mutuel Arkéa publient un livre blanc sur les relations entre banques et start-up, afin de faciliter la compréhension mutuelle de ces deux univers.

Les relations entre start-up et banques pourraient souvent être résumées par la fameuse formule : "Je t'aime, moi non plus." Les jeunes pousses, c'est évident, ont besoin des banques pour financer leur développement. Quant aux banques, elles savent pertinemment que les start-up sont les PME et les ETI de demain, un segment de clientèle sur lequel les établissements bancaires se livrent une rude concurrence. Le problème, c'est que les start-up étant par nature risquées, il n'est guère aisé pour les banques de les financer, compte tenu de leurs impératifs de gestion des risques. Tout comme il n'est pas simple pour un jeune entrepreneur de se heurter à un refus de crédit.

"Les start-up ne comprennent pas toujours bien le métier de banquier, et réciproquement. Or la réconciliation de ces deux univers est indispensable pour permettre l'émergence des champions de demain", a insisté Olivier Mathiot, PDG de PriceMinister-Rakuten et président de France Digitale, le 10 mars, lors d'une conférence organisée par cette association qui fédère jeunes pousses et investisseurs et par le Crédit Mutuel Arkéa. Les deux partenaires ont ainsi publié à cette occasion un livre blanc intitulé "Le guide des bonnes relations (entre) banques et start-up." Un ouvrage qui a pour vocation de "lever les malentendus et de susciter échanges et dialogue entre entrepreneurs (...) et acteurs bancaires."

Les grilles d'évaluation traditionnelles des banques ne s'appliquent pas aux start-up

Si banques et start-up ont tant de mal à se comprendre, c'est parce que les secondes ne correspondent à rien de connu pour les premières. Comment réclamer à une start-up la série de bilans annuels habituellement exigée pour examiner une demande de crédit, alors que la jeune pousse ne réalise pas encore le plus petit euro de bénéfice et n'en dégagera sans doute pas avant plusieurs années ? Comment comprendre le business model d'une jeune entreprise innovante, par définition synonyme de plongée dans l'inconnu, d'autant plus qu'il est susceptible d'évoluer au fil des mois ? Eric Charles, directeur du centre d'affaires Paris Ile-de-France au Crédit Mutuel Arkéa le reconnaît :

"Les modèles traditionnels que nous utilisons pour évaluer les risques d'une entreprise commerciale classique ne peuvent pas s'appliquer aux start-up"

Aussi, puisque les banques ne peuvent appliquer leurs grilles d'évaluation habituelles aux start-up, ces dernières doivent-elles convaincre non pas un comité de crédit mais "une personne, à savoir le banquier qui se trouve en face d'elles", souligne Eric Charles. Maxime Guillaud, "chief operating officer" chez TheTops, un site qui vend des produits testés et recommandés par des experts culinaires ou sportifs, approuve :

"C'est à l'entrepreneur de recruter son banquier, nous avons changé plusieurs fois de banquier avant de trouver celui qui a compris notre business model"

C'est précisément pour faciliter cette compréhension des start-up que BNP Paribas, par exemple, sélectionne ses chargés d'affaires innovation en fonction de leur curiosité d'esprit vis-à-vis de la nouveauté.

Chercher le bon financement au bon moment

Surtout, et c'est un jeune entrepreneur - Maxime Guillaud - qui le dit, "nous devons aller chercher le bon produit de financement au bon moment." En d'autres termes, inutile de solliciter un crédit bancaire en phase d'amorçage, lorsqu'il s'agit de financer les dépenses préalables à la création d'une entreprise. "Au début de la vie de la start-up, le financement bancaire n'est pas vraiment le sujet (...). L'amorçage n'est pas directement notre métier", rappelait ainsi Marie-Claire Capobianco, directrice de la banque de détail de BNP Paribas en France, dans La Tribune Hebdo du 30 janvier.

A ce stade de leur développement, c'est aux prêts d'honneur consentis par les réseaux Entreprendre et Finance Initiative que les jeunes pousses doivent songer, ainsi qu'aux prêts à la création d'entreprise garantis par Oséo. Un peu plus tard, elles pourront se tourner vers le crowdfunding, les business angels et les fonds de capital-risque, dont le métier, comme leur nom l'indique, consiste à prendre des risques. Autant d'apports en fonds propres qui aideront grandement les start-up à décrocher un crédit bancaire, le jour où elles devront financer leur besoin en fonds de roulement ou leur internationalisation. Les banques sont donc bien là pour financer les jeunes pousses, mais pas à n'importe quel stade de leur développement.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 21/03/2015 à 13:07 :
On ne sait ou la journaliste a compris que "Les banques savent pertinemment que les start-up sont les PME et les ETI de demain". C'est bien entendu faux, aucune banque ne le dit autrement que pour justifier des financements sans fondement. Les start-up sont de véhicules financiers à haut risque. Elles sont destinées à être reprises par de grands groupes avec un fort effet de levier,ou du moins c'est ainsi que cela s'est déroulé jusqu'à présent. C'est ce qui intéresse les banques. Le problème est qu'elles n'en sont plus tout à fait sûres. Si des exemples existent, on ne sait pourquoi ils ne sont pas cités, ils se raréfient. Au surplus les clients "ordinaires" se posent la question de ce traitement de faveur. Les banques utilisent depuis longtemps des intermédiaires pour se cacher : des gens financés par elles qui financent à leur tour en diffus certaines start-up. La justice ne s'empare pas de ces soutiens abusifs interdits. Le système ne fonctionne donc pas normalement. En France l'on veut que tout passe par les banques et ces dernières sont évidemment d'accord. S'installe donc un double langage s'agissant de l'amorçage... fait par les intermédiaires ... financés par les banques. Il justifie une inégalité flagrante que seuls ces intermédiaires sont supposés assumer sur l'air du "on ne peut pas tout faire". On attend que la journaliste ne fasse pas seulement de l'AFP mais une enquête documentée.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :