Goût du risque et optimisme, la recette américaine du financement

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À la Bourse de New York, la cotation d'Alibaba le 19 septembre 2014, un triomphe absolu pour le groupe chinois d'e-commerce qui a décroché la palme mondiale, avec 25 milliards de dollars levés.
À la Bourse de New York, la cotation d'Alibaba le 19 septembre 2014, un triomphe absolu pour le groupe chinois d'e-commerce qui a décroché la palme mondiale, avec 25 milliards de dollars levés. (Crédits : DR)
Introductions en Bourse ou placement d'obligations d'entreprises sont la règle pour lever des fonds aux États-Unis. Une pratique éprouvée, qui renforcerait la discipline des sociétés. La SEC, le "gendarme" du marché américain, veut désormais faciliter l'accès des PME au marché de capitaux.

Les entreprises solliciteront-elles autant le marché des capitaux cette année que l'an dernier aux États-Unis ? Car l'année 2014 s'inscrira dans l'histoire de Wall Street comme un record, inégalé depuis la bulle Internet.

Plusieurs introductions en Bourse ont marqué les esprits, telle celle du groupe chinois d'e-commerce Alibaba, qui détient pour l'instant la palme mondiale, avec 25 milliards de dollars levés en septembre dernier. Avec Citizens Financial Group Inc., la filiale américaine de la Royal Bank of Scotland (3,5 milliards, également en septembre) et Synchrony Financial (3 milliards), ce sont, au total, 16 entreprises qui ont dépassé le seuil du milliard de dollars récolté, contre 17 sociétés en l'an 2000.

Vu d'Europe, le marché des capitaux américain fait rêver : les quelque 300 introductions réalisées en 2014 correspondent à 95 milliards de dollars levés, une hausse, en termes de montants, de 55% sur 2013.

Autre chiffre record, celui des 1.600 milliards de dollars d'obligations d'entreprises placées auprès d'investisseurs. En 2015, les entreprises pourraient même solliciter encore plus ce segment de marché, une hausse des taux d'intérêt - à des niveaux historiquement bas actuellement - étant dans les tuyaux, ce qui rendrait les rendements des obligations d'État plus attirants à l'avenir.

En outre, certaines obligations d'entreprises arrivent à échéance en 2015 : c'est le cas pour environ 774 milliards de dollars de papier de très bonne qualité, et 55 milliards de niveau spéculatif. Il faudra les remplacer, en partie au moins, en vendant de nouveaux bons.

Le bel appétit retrouvé des investisseurs

Si certains éléments - au-delà des taux d'intérêt, une croissance encore anémique en Europe et une baisse du prix du brut - pourraient modérer les ardeurs, l'activité du marché des capitaux américain reflète l'embellie de l'économie du pays.

Consommateurs et investisseurs ont retrouvé leur appétit et les entreprises ont besoin d'argent pour réaliser des opérations de fusions et acquisitions. Et elles le cherchent principalement du côté du marché. Une différence notable par rapport à l'Europe, où les entreprises s'appuient à 70% sur les banques, au point que les bilans de ces dernières s'élèvent à quatre fois le PIB, contre seulement 80% outre Atlantique - les entreprises américaines ne se finançant qu'à hauteur de 30% auprès de prêteurs bancaires. Et c'est, pour les spécialistes américains, un avantage.

Non seulement parce que les banques rechignent parfois à prêter, mais aussi parce que, selon certains, les marchés de capitaux améliorent l'économie et accroissent les créations d'emploi. Les cours s'ajustent en fonction de nouvelles informations sur le marché, introduisant ainsi une certaine discipline dans la stratégie des entreprises. Discipline qui, selon William Dudley, président de la Réserve fédérale de New York, serait porteuse d'une plus grande performance des entreprises, associée à une productivité accrue.

Au-delà du contexte actuel, c'est dans le passé qu'il faut chercher les raisons du succès des marchés de capitaux aux États-Unis. Les Américains ont le goût du risque. Sinon, leurs ancêtres, proches ou lointains, ne seraient pas venus dans le pays, souvent au prix de mille dangers.

Cet ADN sous-tend l'activité. Lancer une entreprise ou parier sur son succès sont la norme. Car, au goût du risque, s'ajoute l'optimisme. Même si aujourd'hui le contrat social, qui plaçait la mobilité au premier rang, est écorné, nombreux sont les Américains qui pensent - ou en tout cas pensaient jusqu'à ces dernières années - que demain sera meilleur qu'aujourd'hui.

Quand l'ignorance n'est pas un frein...

Par ailleurs, toujours selon la notion de prise de risque individuelle, la structure de l'économie encourage les Américains à ne pas dépendre de l'État, en particulier pour leurs vieux jours. Certes, la Social Security, l'équivalent de nos caisses de retraites, existe depuis 1935 (la crise de 1929 ayant montré la fragilité des personnes âgées) et 65% des plus de 65 ans dépendent pour au moins la moitié de leurs revenus de la pension versée par l'État.

Mais précisément, cela implique une épargne parallèle... Les outils, dans ce domaine, sont légion, fonds de pension en tête. Le résultat, c'est que, selon un sondage Gallup de 2013, 52% des adultes aux États-Unis détiennent des actions, par exemple. Un chiffre impressionnant par rapport à la France (moins de 10%), mais en baisse, le pic s'établissant à 65% en mai 2007.

Les connaissances des Américains en finance sont pourtant limitées : selon une étude de 2013 de la Financial Industry Regulatory Authority, entité de surveillance financée par Wall Street, seuls 28% des sondés savent comment se comporte le cours des obligations lorsque les taux montent...

Des règles assouplies pour financer les PME

Qu'importe, les Américains vivent avec les marchés de capitaux. L'une des premières introductions en Bourse, celle de la Bank of the United States, qui sollicitait des fonds à travers des réclames dans les journaux, ne date-t-elle pas de... 1791 ?

Reste qu'à l'époque, la notion de banques d'investissement n'était pas très répandue, note Richard Sylla, professeur d'économie à l'université de New York, et président du Musée de la finance Américaine.

Ensuite, après le dispositif de 1933 découlant du Glass Steagall Act et séparant les activités de banque de dépôt de celles d'investissement, le paysage s'est figé jusque dans les années 1980 et l'avènement des nouveaux instruments financiers - produits dérivés et obligations pourries (junk bonds), entre autres.

Permettre aux PME de lever 50 millions de dollars sur douze mois

C'est aussi à cette époque que l'achat d'actions s'est popularisé. Depuis lors, bon an, mal an, les investisseurs ont poursuivi leurs achats d'actions et d'obligations. On attend cette année quelques grosses opérations. Certains misent sur Uber, mais aussi sur Airbnb, Pinterest et Snapchat, ces trois dernières sociétés faisant partie des 40 « tech » à être valorisées à plus d'un milliard de dollars par des spécialistes. D'autres, enfin, parient sur Xiaomi Corp, chef de file chinois dans la vente de smartphones.

Ces perspectives ne doivent cependant pas faire oublier les petites entreprises. Justement, elles sont souvent négligées, ou évincées lorsque des mastodontes déboulent sur le marché. Résultat, près de la moitié des petits entrepreneurs américains indiquent que leur partenaire principal, en matière de financement, est une grande banque. À cela s'ajoutent les banques régionales ou communautaires, pour 34 % d'entrepreneurs supplémentaires.

Consciente que ce sont, comme partout ailleurs, les PME qui sont sources de créations d'emplois, la SEC, le gendarme des marchés américains, cherche, avec le gouvernement Obama, à remédier à cette situation, tout en prenant en compte les risques plus élevés que posent ces entreprises aux investisseurs, ainsi qu'une liquidité moindre de ces valeurs mobilières sur le marché.

La SEC est à l'origine de diverses propositions visant à accroître l'accès des PME aux marchés de capitaux. Elles vont de la possibilité de lever jusqu'à 50 millions de dollars sur douze mois, selon certains critères, sans avoir à être enregistré auprès de la SEC.

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Commentaires
a écrit le 25/02/2015 à 16:29 :
Il y a même un mot pour cela : le "dream"... Et en ce moment, il roule sur la jante.

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