Les discriminations accentuent fortement le chômage des immigrés

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En France, le taux de chômage des immigrés est supérieur d'environ 8 points par rapport au taux de chômage total.
En France, le taux de chômage des immigrés est supérieur d'environ 8 points par rapport au taux de chômage total. (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Les immigrés et leurs enfants, notamment maghrébins, sont plus touchés par le chômage que les personnes nées en France selon une étude de l'Ined publiée ce mercredi. L'institut a mis en évidence une corrélation entre leur sentiment de discrimination et leur situation objective.

Les discriminations à l'embauche pour les populations immigrées (*) ne résultent pas seulement d'une perception subjective. D'après une étude menée par l'institut national d'études démographiques (Ined), publiée ce mercredi 12 juillet, l'excès de chômage chez les immigrés et leurs enfants s'explique bien par des données objectives et pas seulement par le ressenti des victimes de discriminations à l'embauche.

Un chômage bien plus prononcé chez les immigrés

Dans son enquête intitulée "Le chômage des immigrés : quelle est la part des discriminations ?", la chercheuse Dominique Meurs rappelle que le taux de chômage est plus élevé parmi les immigrés et fils et filles d'immigrés d'origine non européenne que parmi les actifs de la population générale. Selon les données de l'Insee et du ministère de l'Intérieur, le taux de chômage des immigrés est supérieur d'environ 8 points par rapport au taux de chômage total sur la période 2011/2015 et l'écart s'accroît même sur les deux dernières années disponibles.

Une partie de ces écarts de chômage peut s'expliquer par ce que l'universitaire appelle "des effets de composition". Elle rappelle qu'il faut prendre en compte les effets d'âge ou d'éducation mais également d'autres caractéristiques personnelles comme "le niveau de français (pour les immigrés), la possession d'un permis de conduire, l'état de santé." D'autres variables comme la situation familiale (être en couple, avec ou sans enfants), peut jouer sur l'activité, surtout pour les femmes. Et même en tenant compte de tous ces facteurs, le taux de chômage des immigrés reste néanmoins supérieur de 4 ou 5 points par rapport aux autres. "En d'autres termes, le constat de surchômage se maintient même après la prise en compte d'un très grand nombre de variables."

Un ressenti des discriminations

Les études concernant les discriminations à l'embauche se concentrent régulièrement sur le ressenti des victimes. Dominique Meurs souligne dans son travail que "les immigrés et fils et filles d'immigrés non européens déclarent plus que les autres avoir vécu des situations de refus injustifiés d'emploi". Dans une enquête publiée à l'automne dernier par le Défenseur des droits, les répondants rappelaient que les origines représentaient le premier motif de discrimination rencontré habituellement, suivi du nom de famille et/ou du prénom et enfin de la couleur de peau. Sur l'échantillon retenu (758 personnes), plus de 60 % des personnes interrogées indiquaient avoir été "souvent" ou "très souvent" confrontées aux discriminations dans l'accès au travail au cours des cinq dernières années.

 > Lire aussi : Discriminations à l'embauche : un recours très faible aux droits

Par ailleurs, l'enquête Trajectoires et Origines (TeO), réalisée en 2008 (**) par l'Ined et l'Insee illustrait déjà les discriminations subies par cette population. A la question "Au cours des cinq dernières années, est-il arrivé qu'on vous refuse injustement un emploi? ", les immigrés et fils et filles d'immigrés non européens déclaraient plus que les autres avoir vécu des situations de refus injustifiés d'emploi. Mais là encore, si des caractéristiques individuelles peuvent expliquer une partie des écarts, la prise en compte de ces facteurs n'expliquent pas toutes les discriminations. Il peut y'avoir un fossé très important (jusqu'à 13 points) entre les deux groupes étudiés (immigrés non européens et population majoritaire) comme l'illustre le graphique ci-dessous.

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Lecture : la proportion d'individus ayant déclaré avoir fait l'objet de discrimination en matière d'emploi au cours des cinq dernières années parmi les fils d'immigrés nés au Maghreb est supérieure de 13 points de pourcentage à celle du « groupe majoritaire » (hommes nés en France métropolitaine de parents français).

Une corrélation entre le ressenti et la situation des discriminés

Pour aller au delà de la collecte des sentiments et perceptions de discriminations, l'Ined a comparé le ressenti de chaque personne à sa situation objective sur le marché du travail.

"Par exemple, si, dans un groupe d'actifs, un homme diplômé, avec le permis de conduire, une bonne santé, etc. est au chômage alors que ses homologues sont massivement en emploi, cela signale une anomalie qui peut être indicatrice d'une discrimination à l'encontre de cette personne".

Au final, l'institut observe bien une "correspondance entre ce que les individus déclarent avoir vécu comme discrimination dans l'accès à l'emploi et la mesure objective de l'injustice de leur situation actuelle". Malgré la campagne de sensibilisation lancée par l'ancien gouvernement il y a plus d'un an, les phénomènes de discriminations à l'embauche restent bien ancrées dans les pratiques de recrutement des entreprises françaises.

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(*) Selon la définition adoptée par le Haut Conseil à l'Intégration, un immigré est une personne née étrangère à l'étranger et résidant en France. Les personnes nées françaises à l'étranger et vivant en France ne sont donc pas comptabilisées.

(**) L'enquête Trajectoires et Origines (TeO), réalisée en 2008 parl'Inedetl'Insee, vise à décrire e tanalyser les conditions de vie et les trajectoires sociales des individus en fonction de leurs origines sociales et de leur lien à la migration. L'enquête TeOa été réalisée auprès d'environ 21000 personnes nées entre 1948 et 1990, vivant dans un ménage ordinaire en France métropolitaine en 2008. Pour les individus fils ou filles d'immigré ou d'une personne née dans un DOM, le champ de l'enquête est limité aux personnes nées après 1958.

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> Pour aller plus loin, lire l'opinion de Marie-Anne Valfort, membre associé à PSE-Ecole d'économie de Paris et maître de conférences à l'Université Paris 1 Panthéon-SorbonneMusulmans : la réalité des discriminations au travail

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Commentaires
a écrit le 23/06/2018 à 22:12 :
Ben ça s'zpplque aussi de façon encore plus injuste à la population métissée originaire des Dom Tom ou strictement aucune justification se pose: français, niveau d'études permis santé sauf un racisme puant rt grave.
a écrit le 23/06/2018 à 22:11 :
Ben ça s'zpplque aussi de façon encore plus injuste à la population métissée originaire des Dom Tom ou strictement aucune justification se pose: français, niveau d'études permis santé sauf un racisme puant rt grave.
a écrit le 13/07/2017 à 8:15 :
"Est-il arrivé qu'on vous refuse injustement un emploi ?" ? Mais combien de personnes trouvent-elles que les emplois qu'on leur a refusés l'ont été "justement" ?! Recruter est par essence un exercice discriminant puisqu'il ne peut "en rester qu'un" à la fin, quelles que soient les qualités de chacun.
a écrit le 12/07/2017 à 22:23 :
La seule conclusion qu'on puisse en tirer, c'est que contrairement à ce qu'on ne cesse de nous seriner, l'économie française n'a aucun besoin d'immigrés sinon leur accès à l'emploi
ne poserait aucun problème et il n'y aurait pas de surchômage des immigrés.
Réponse de le 17/07/2017 à 0:43 :
Toi t'as rien compris . Relis l'article 50 fois jusqu'à que tu comprennes. Mais on a des doutes .
a écrit le 12/07/2017 à 16:36 :
5% ? C'est finalement très peu
tous les employeurs ne sont pas maso
a écrit le 12/07/2017 à 16:23 :
On peut rappeler qu'il existe une liste ( ci-dessous ,que l'on trouve sur le net) de certaines professions qui connaissent des difficultés de recrutement et qui sont ouvertes aux travailleurs étrangers non européens.

Ce sont les professions qui, à cause des problèmes de recrutements qu'elles rencontrent, sont ouverts à tous les étrangers, et pas seulement aux ressortissants de l'Union européenne (UE), de l'Espace économique européen (EEE) ou de la Suisse. Contrairement aux candidatures dans les autres métiers, les travailleurs étrangers qui sollicitent auprès de l'administration une autorisation de travail pour l'une de ces professions ne peuvent se voir opposer à leur demande l'absence de recherche préalable de candidats déjà présents en France ou encore la situation de l'emploi.

La liste des métiers sous tension, définie par les ministères du Travail et de l'Intérieur, est passée de 30 en 2008 à 14 professions en août 2011. Elle comprend désormais les métiers suivants :
- cadre de l'audit et du contrôle comptable
- conception et dessin de produits électriques et électroniques
- conduite d'équipement de fabrication de l'ameublement et du bois
- conduite d'équipement de production chimique et pharmaceutique
- conduites d'équipement de transformation du verre
- conception et dessin de produits mécaniques
- dessin BTP
- ingénieur production et exploitation des systèmes d'informations
- inspection de conformité
- intervention technique en méthodes et industrialisation
- intervention technique en ameublement et bois
- marchandisage
- pilotage d'unité élémentaire de production mécanique
- téléconseil et télévente
Réponse de le 12/07/2017 à 22:18 :
La plupart de ces fonctions nécessitent une certaine qualification pour ne pas dire une qualification certaine, et la dernière une parfaite maîtrise du français...
Réponse de le 12/07/2017 à 22:41 :
Ah vous voulez dire que les étrangers sont incapables de faire des étudeset de parler français correctement ? Vous prenez vraiment les étrangers pour des incapables ? C'est à cause des gens comme vous (pour rester poli) que les Français sont si mal vus dans le monde.
Réponse de le 14/07/2017 à 14:15 :
Non, je veux dire que la majorité des primo-arrivants n'ont pas les formatons nécessaires pour occuper rapidement ces emplois.
Réponse de le 15/07/2017 à 0:36 :
Et alors ? Pourquoi les employeurs ne proposent pas de formation pour ces métiers là aux gens, qu'ils soient étrangers ou français ? Ah oui, certains patrons français veulent le beurre et l'argent du beurre, c'est ça ? Ils veulent si possible un étranger qui ne se plaint pas, qui n'est pas syndiqué, qui est formé à l'étranger déjà donc pas besoin de le former chez nous, et en plus, avec un bas salaire. Vous voulez pas cent balles et un mars aussi ?
a écrit le 12/07/2017 à 15:12 :
90% des cv qu'on reçoit sont d'origines maghrébines.. 30% sont du Maghreb ...
a écrit le 12/07/2017 à 15:02 :
Il y a aussi des facteurs socio-culturels. Max Weber a montré il y a un siècle, que les protestants réussissaient mieux que les catholiques au sein d'une même population ethniquement homogène. Les protestants se démènent, prennent des initiatives pour plaire à Dieu alors que les catholiques font plutôt des prières ou font brûler des cierges.
a écrit le 12/07/2017 à 14:53 :
je croyais que l'on avait pas le droit d'utiliser ou de récolter des données ethniques ????? On a le droit de les utiliser uniquement pour ca nous arrange c'est cela ?
Réponse de le 12/07/2017 à 17:11 :
L'Etat n'a pas le droit de faire de statistiques ethniques, et les personnes privées non plus. Les chercheurs ont le droit, en revanche, mais c'est une dérogation, supposée exceptionnelle.

Cela dit, des statistiques en fonction du lieu de naissance ne sont pas ethniques, mais géographiques, et donc interdites pour personne. Ce qui serait ethnique c'est un recensement par nationalité ou par religion.
a écrit le 12/07/2017 à 14:50 :
quand comprendra t on que des choses élémentaires sont nécessaires à l intégration des personnes étrangères..Francisation des prénoms..votre religion ne doit pas vous mettre à l écart par une pratique rigoriste et prosélytiste...et tous les ans des quotas d immigrés par métiers comme dans les pays comme Australie et Canada ...

pour les migrants syrien...retour dans leur pays après la fin du conflit avec un retour sur la reconstruction aux pays qui ont reçus des migrants...et oui ces personnes coûtent de l argent..

voilà je suis issu de l immigration ..et ma vision est celle-la

merci
a écrit le 12/07/2017 à 14:41 :
prénom francais
a écrit le 12/07/2017 à 14:36 :
Le travail c'est en priorité pour les Français de souche s'il en reste et bien c'est aux immigrés les pls anciens et intégrés qu'il faut le proposer,quant aux autres nous ne les retenons pas qu'ils ailleurs voir si l'herbe est plus verte.
Réponse de le 12/07/2017 à 15:29 :
Tout à fait d'accord. Nous avons 6 millions de chômeurs français alors entre les immigrés qui ne maîtrisent pas la langue et ceux qui nous imposent leur religion dans toutes nos entreprises, nous ne les retenons pas.
a écrit le 12/07/2017 à 14:13 :
Intérressant.

La chercheuse a-t-elle pensé à mesurer l'effet discriminatoire produit par un attentat du type de Saint-Quentin-Fallavier, où la tête de l'employeur a finie accrochée au grillage de l'enceinte du site ?
Réponse de le 12/07/2017 à 20:12 :
Ce que l'étude ne dit pas mais on le soupçonne : ceux qui ce sentent discriminés l'ont été plusieurs fois sans ce remettre en cause ...

Un entretient d'embauche sert à savoir si vous pouvez représenter l'entreprise ( pour un poste pratiquement toutes les candidatures se valent ).
Néanmoins basquettes , cheveux pas coupés ou coupe non conventionelle , , , tenu vestimentaire laissant à désirer montre le reflet d'individualité non conforme au monde du travail ...

Pourtant à défaut de vouloir représenter l'entreprise , il faut que l'entreprise accepte les particularités du postulant !

À ce jeu si les personnes d'origine émigré se sentent refoulé il faut peut être quels se remettent en cause plutôt que de jouer les calimerots .

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