Les pénuries de composants pèsent encore sur l'industrie française

Les difficultés d'approvisionnement ont encore ralenti l'activité dans l'industrie française selon le dernier indice PMI Markit. Résultat, la croissance économique se tasse en France. Et ce coup de frein concerne toute l'Europe.
Grégoire Normand

5 mn

Dans l'industrie automobile, la situation est particulièrement critique.
Dans l'industrie automobile, la situation est particulièrement critique. (Crédits : Reuters)

Les rouages du commerce mondial sont encore grippés par les conséquences de la crise sanitaire. Le dernier indice PMI qui constitue un indicateur avancé très observé dans les milieux économiques et financier, a marqué le pas au mois de septembre à 55,1 contre 56,9 en août. Il s'agit d'un plus bas de cinq mois. L'activité est en expansion lorsqu'elle est au dessus de 50 et en repli en deça de ce seuil. Après un fort rebond au mois de juin au moment de la levée des mesures de restriction, la croissance dans le secteur privé se tasse. Les pénuries de composants et de matières premières pèsent clairement sur la reprise. "De nombreuses entreprises éprouvent en effet des difficultés à se procurer composants essentiels et autres matières premières dans des délais raisonnables tandis que la hausse des prix compromet la viabilité économique de certains projets et entraîne ainsi un recul de la demande" a expliqué l'économiste de Markit, Joe Hayes, dans un communiqué.

D'après les derniers indicateurs, il semble que le pic de la reprise soit déjà passé et il faut donc s'attendre à un atterrissage de l'économie française pour la fin de l'année.

De son côté, le gouvernement reste optimiste pour 2021 et 2022. Lors de la présentation du budget 2022, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a déclaré : "Je maintiens notre prévision de croissance à 6% en 2021 et 4% en 2022. Il n'est pas question de modifier le chiffre de croissance pour 2021. Nous retrouverons notre niveau d'activité d'avant-crise en décembre 2021." Il a cependant attiré l'attention sur "plusieurs points de vigilance : l'inflation et la grande divergence entre les pays développées et les pays les plus pauvres. C'est la principale menace qui pèse sur l'économie mondiale".

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L'industrie en difficulté, les services tirent leur épingle du jeu

La crise sanitaire a complètement bouleversé les chaînes d'approvisionnement du commerce mondial depuis près de deux ans. Après le blocage de nombreux ports de commerce et de liaisons de fret aérien, la reprise économique a entraîné des frictions importantes entre l'offre et la demande. Résultat, l'indice PMI de la production manufacturière a reculé en septembre à 51,2 contre 54 en août, soit un plus bas de 8 mois. Selon les chefs d'entreprise interrogés, "les pénuries de matières premières, de composants clés, de transports et la fermeture des ports en Europe et en Asie, conjuguées à la forte demande, ont contribué à l'allongement des délais de livraison en septembre" expliquent les économistes.

La reprise économique, d'abord en Chine puis aux Etats-Unis, a contribué à ces pénuries sur toute la planète. Ces difficultés ont entraîné une hausse du prix des matières premières, de l'énergie et du fret de marchandises. En outre, la forte dépendance de l'économie européenne aux énergies fossiles et aux pays fournisseurs de composants principalement basés en Asie a accru les phénomènes de goulets d'étranglement sur les routes du commerce mondial. En France, l'industrie automobile paie au prix fort les obstacles à l'approvisionnement. "Dans le secteur de l'automobile, ces pénuries se traduisent directement dans la production de véhicules. Dans ce secteur, la conjoncture sanitaire n'est plus le déterminant de la conjoncture économique. Les prix de production ont augmenté de 8%. Il y a un effet de base important. Ils étaient très bas il y a un an" avait expliqué Julien Pouget, économiste à l'Insee, lors d'un récent point presse. Pour l'industrie française, ces difficultés à rallonge pourraient encore faire des dégâts alors que le poids de l'industrie dans le PIB est en chute constante depuis des décennies.

Du côté des services, les indicateurs sont plus favorables. Après une année 2020 chaotique marquée par de nombreuses fermetures et de restrictions, le tertiaire retrouve des couleurs cet été. Même si l'indice PMI s'est replié en septembre à 56 contre 56,3 en août, il demeure à un niveau relativement élevé. Compte tenu du poids des services dans l'économie tricolore, le tertiaire est clairement le moteur de la croissance du secteur privé actuellement. Il reste que de nombreuses branches restent empêtrées dans une crise à rallonge comme le tourisme international. En France, la région parisienne, principal point d'atterrissage des touristes extérieurs à l'Union européenne risque de souffrir pendant encore un moment.

Le climat des affaires se détériore dans l'industrie

Après avoir atteint un pic à 114 au moment de la réouverture de l'économie, le climat des affaires stagne autour de 110 depuis cet été. En septembre, il a légèrement regagner du terrain et reste à un niveau relativement élevé. Les résultats de l'Insee montrent cependant des évolutions contrastés. Si dans les services, l'optimisme des chefs d'entreprises (110) reste bien supérieur à sa moyenne de long terme (100) avec des perspectives favorables, c'est loin d'être le cas chez les industriels. Le climat des affaires chez les dirigeants d'industrie a perdu 4 points en septembre par rapport à août alors que l'indicateur avait augmenté sans cesse depuis juin.

Enfin, le climat de l'emploi se détériore lentement pour passer de 107 à 106 entre août et septembre. "Cette dégradation est notamment due à la baisse du solde d'opinion sur l'évolution passée de l'emploi dans les services hors agences d'intérim" ajoute l'Insee.

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Grégoire Normand

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Commentaires 4
à écrit le 23/09/2021 à 20:31
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Tout rmest question d'offre et de demande... la on a une très grosse demande pourtant aucun speculateur mise dessus. Est vraiment rentable à long terme ou serait ce une commande comme les sous marin australien...

à écrit le 23/09/2021 à 14:23
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Les constructeurs vont donc être moins exigeant sur la qualité des composants. Des pannes en série à prévoir. Pas le moment d'acheter.

le 23/09/2021 à 16:58
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En plus de l'obsolescence programmée.

à écrit le 23/09/2021 à 14:11
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