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ÉconomieFrance

"Marseille en Grand", les annonces de Macron pour sauver la deuxième ville de France

latribune.fr

Publié le 03 septembre 2021 à 07:44 - Mis à jour le 03 septembre 2021 à 20:00

Macron, Marseille

Le président de la République Emmanuel Macron lors de son discours jeudi 2 septembre au Palais du Pharo à Marseille.

Reuters

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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En visite de trois jours à Marseille, le président de la République a d'ores et déjà annoncé plusieurs investissements majeurs pour soulager la deuxième ville de France des maux qui la minent depuis des dizaines d'années. Bilan et détail des nombreuses mesures dévoilées (sécurité, santé, insalubrité, scolarité, culture, environnement, transports, emploi...) et des engagements demandés en retour aux édiles.

Après la gestion de crises internationales, le président de la République amorce la rentrée en opérant un retour spectaculaire sur la scène politique intérieure, à quelque sept mois de la prochaine élection présidentielle.

Arrivé mercredi pour une visite de trois jours à Marseille, le président de la République française Emmanuel Macron a dévoilé un plan d'urgence de plusieurs milliards d'euros pour aider à réduire la criminalité, le trafic de drogue et la pauvreté qui rongent la deuxième ville de France, offrant au passage des indices sur les thèmes de campagne dans sa candidature probable à sa réélection. Au cours de sa visite, le président s'est mêlé à la foule dans les "quartiers nord", l'une des zones les plus pauvres d'Europe, a visité des écoles en ruine et a promis d'envoyer plus de policiers pour lutter contre la criminalité et le trafic de drogue.

Macron cible la corruption et l'administration "pléthorique"

Le président s'était refusé dans un premier temps à donner des chiffres, mais un de ses conseillers à l'Élysée a apporté quelques précisions. Ainsi, le train de mesures baptisé "Marseille en grand" comportera 1,5 milliard d'euros dédiés à la sécurité, aux transports, au logement et à la culture, et environ 1,2 milliard d'euros pour la seule rénovation des écoles de la deuxième ville de France.

Mais le dirigeant français a averti les politiciens locaux qu'ils devraient lutter contre la corruption et réformer l'administration pléthorique de la ville pour obtenir cet argent, et qu'il reviendrait à deux reprises (en octobre et en février prochains) pour vérifier qu'ils respectent bien cet échange donnant-donnant.

"Je ne viens pas faire de promesses, maisje prends des engagements et je vous demande de prendre des engagements de réformes en retour", a déclaré Macron dans un discours prononcé depuis le palais du Pharo.
Macron, Marseille
Photo d'illustration (Crédits : Reuters)

Dans son long discours devant le palais du Pharo, interrompu par une averse (photo ci-dessus, ©Reuters) puis par une coupure du son, Emmanuel Macron a adopté un ton parfois tranchant pour critiquer les problèmes de gouvernance de la Métropole, dirigée par la LR Martine Vassal, ainsi que les dysfonctionnements des services de la mairie, dirigée par la gauche, touchés par l'absentéisme et les grèves.

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"On ne va pas se substituer à un système qui n'arrive pas à se financer, car on a construit une mécanique qui n'avance plus, par des petits arrangements (...), la deuxième ville de France ne peut pas supporter cette situation", a-t-il lancé.

"Marseille en grand", un sauvetage de grande envergure

  • SÉCURITÉ

Après deux mois marqués par une hausse des règlements de compte meurtriers, même si leur nombre reste moins élevé que dans les années 1980 ou 2010, le président a déclaré que 150 millions d'euros seront alloués au renforcement de la sécurité, notamment dans la lutte contre le trafic de drogue qui gangrène -et endeuille régulièrement - de nombreux quartiers pauvres de la cité phocéenne. Les effectifs seront ainsi renforcés de 200 policiers supplémentaires qui arriveront en 2022 (et non plus en 2023), en plus des 100 policiers arrivés cette année.

En outre, malgré l'opposition de gauche, 500 caméras de vidéosurveillance seront déployées dans les quartiers prioritaires. Le renouvellement de l'équipement des policiers sera également pris en compte: 220 véhicules en 2022, avec 8 millions d'euros en matériel. Sans oublier un nouvel hôtel de police, à la place de l'ancien "Evêché", pour 150 millions d'euros.

En outre, les deux compagnies de CRS déployées depuis mars dans la ville pour aider aux opérations de pilonnage des points de vente de stupéfiants, seront pérennisées.

Le maire Benoît Payan avait souligné la situation dramatique de la ville dans son discours inaugural:

"Marseille est touchée en son coeur par les trafics d'armes, les assassinats, les quartiers abandonnés, qui se referment dans la peur et l'économie informelle", avait averti en introduction Benoît Payan. "Il faut répondre à l'urgence" et "recoudre une ville fracturée".
  • LOGEMENT / INSALUBRITÉ

Pour rappel, dès 2015, un rapport gouvernemental dénombrait 40.000 taudis à Marseille, soit 100.000 personnes concernées sur 860.000 habitants. Après l'effondrement de deux immeubles insalubres de la rue d'Aubagne en novembre 2018 qui avait fait huit morts, le chef de l'État, confirmant les engagements pris au lendemain de ce drame, a annoncé un plan de rénovation urbaine.

Emmanuel Macron a répété qu'un grand plan a été engagé depuis juillet 2019 entre l'Etat et les collectivités avec une stratégie à 15 ans pour 1.000 hectares du centre-ville, soit 200.000 habitants. Insistant pour que les chantiers s'engagent "immédiatement" et que la gouvernance de ces dossiers s'améliore, le chef de l'Etat a annoncé le lancement d'une opération d'intérêt national pour la ville, une procédure qui permettra à l'Etat de copiloter ce gigantesque chantier et d'accélérer les procédures.

De même le président de la République a évoqué un doublement de la participation de l'Etat dans ce dossier du logement indigne. Initialement ce plan avait été annoncé à 600 millions d'euros, dont la moitié pour l'Etat.

  • TRANSPORTS

"On ne peut pas avoir la deuxième ville de France aussi embouteillée", s'est emporté Emmanuel Macron, qui déclare urgent de relier le Nord au Sud de la cité phocéenne. Dans cette ville qui compte seulement deux lignes de métro pour 870.000 habitants, le président s'est engagé à mobiliser 1 milliard d'euros dont 250 millions en subventions pour rénover l'offre de transports marseillais en soutenant notamment l'automatisation du métro, la création de quatre nouvelles lignes de tramways et de cinq lignes de bus à haut niveau de service.

"Le port de Marseille mérite des investissements massifs", a aussi affirmé le président, qui pense électrification des quais, mais aussi rénovations de la gare de fret Miramas et de la desserte ferroviaire du Mole Graveleau (à Fos) lesquelles participent grandement de l'écosystème logistique du port euroméditerranéen de Marseille Fos. Pour mémoire, la part modale ferroviaire représente aujourd'hui 15% du transport des marchandises conteneurisés, et le port de Marseille Fos (GPMM) ambitionne de tripler en quatre ans les volumes transportés.

  • SANTÉ

Le président Macron a annoncé, outre un allègement de dette de 233 millions d'euros de l'AP-HM (l'hôpital public marseillais), un investissement de 169 millions d'euros (soit 50% du total prévu) pour moderniser les hôpitaux, dont celui de la Timone (avec une nouvelle maternité d'ici 2027) et de l'hôpital Nord. De plus, 50 millions d'euros supplémentaires seront alloués au pôle mère-enfant.

  • ÉCOLES

Une société pilotée par l'État sera créée d'ici à la fin de l'année pour la réhabilitation et la reconstruction des écoles identifiées comme les plus délabrées, sur les 174 établissements retenus. Le montant des financements reste à préciser. Le chef de l'Etat a cependant précisé que les opérations engagées par l'Agence nationale de la rénovation urbaine (ANRU) et le plan de relance ont d'ores et déjà permis le financement de la rénovation d'une quinzaine d'écoles. Parmi elles, l'école Bouge, dans le 13e arrondissement, où il a fait la rentrée scolaire dans la matinée, qui sera intégralement reconstruite, "avec 90% de financement d'Etat", pour une réouverture à la rentrée 2024.

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Macron, Marseille
Photo d'illustration (Crédits : Reuters)

[Le président français Emmanuel Macron discute avec des enfants après son discours au Palais du Pharo à Marseille, France, le 2 septembre 2021. Crédit: Pool/ Reuters]

Le chef de l'Etat a également annoncé que 50 écoles marseillaises allait servir de "laboratoire" pédagogique pour "l'école du futur". Ce projet comprend le renforcement de l'autonomie des chefs d'établissements dans les quartiers défavorisés. Les équipes pourront repenser les projets d'apprentissage, les rythmes scolaires, les récréations, la durée des cours, la façon dont sont enseignés les programmes. Certaines de ces écoles devront être opérationnelles pour la rentrée 2022.

Enfin, 10 "micro-lycées" (classes d'une vingtaine d'élèves, intégrées aux lycées existants) et 10 micro-collèges, dédiés aux élèves en grande difficulté, ouvriront à la rentrée 2022.

  • EMPLOI

Pour faciliter l'embauche des jeunes, trois carrefours de l'entrepreneuriat seront créés à Marseille, ainsi qu'un "capital jeunes créateurs" pour les jeunes porteurs de projets et une "plateforme commune" pour structurer l'offre à destination des jeunes les plus éloignés de l'emploi.

Enfin, le "Service militaire volontaire" sera proposé pour les jeunes en plus grande difficulté, avec l'acquisition de savoirs par un encadrement militaire, sur un modèle déjà expérimenté en Outre-mer. Les 100 premiers jeunes seront concernés à l'automne.

  • CULTURE

Emmanuel Macron veut faire de Marseille un grand centre de production cinématographique, annonçant la création de "grands studios" et d'un nouveau site pour offrir aux producteurs de films toutes les infrastructures nécessaires aux tournages, l'implantation d'une école "Ciné Fabrique", comme celle de Lyon et la création d'une antenne marseillaise de la Cinémathèque française.

  • ENVIRONNEMENT

Après un dîner jeudi avec le chef du gouvernement italien Mario Draghi, Emmanuel Macron consacrera la journée de vendredi à l'environnement, avec une sortie en mer dans le Parc national des Calanques et l'ouverture du Congrès mondial de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui se tient à Marseille jusqu'au 11 septembre. Le chef de l'État a annoncé la création d'Odysséo, réseau de recherche international, d'innovation des pays du bassin méditerranéen, dédié à la protection de l'environnement. Le premier lieu emblématique ouvrira en 2026. Il sera notamment porté par l'ancienne ministre de la Culture Françoise Nyssen.

Réactions contrastées

Le maire actuel, Benoît Payant approuve sans réserve ce plan qui y voit une opportunité "historique" :

"Marseille est de retour", a-t-il déclaré aux journalistes après le discours de Macron.

À contrario, le plan d'investissement massif de Macron a été critiqué par les rivaux politiques comme un gadget électoral opportuniste, sinon un pot-de-vin pour acheter les votes en prévision de la prochaine élection présidentielle:

"Tout le monde a compris qu'il fait campagne", a déclaré aux journalistes Jean-Luc Melenchon, rival politique de gauche et député marseillais.

Cependant, la population, malgré son accueil chaleureux du chef de l'Etat, reste sceptique quant au résultat de cette visite, échaudés par l'échec des nombreux plans précédents.

(avec AFP et Reuters)

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