Municipales : les communes "PERDANTES" de la dynamique démographique

Mulhouse, Limoges et Paris sont les communes qui ont enregistré les plus fortes baisses démographiques en variation. Viennent ensuite Metz et Caen. Le Havre a également perdu près de 2.000 habitants entre 2013 et 2017.
Le Havre perd 2.000 habitants. Et si c’était une bonne nouvelle ?
Le Havre perd 2.000 habitants. Et si c’était une bonne nouvelle ? (Crédits : DR)

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CAEN

Le défi du logement

« Couple avec enfants cherche grand appartement en centre-ville. » Cette petite annonce reste difficile à satisfaire à Caen, dont la démographie glisse sur une pente inquiétante depuis une trentaine d'années, jusqu'à approcher le seuil fatidique des 100.000 résidents qui lui vaudrait une baisse de ses dotations.

En cause, la périurbanisation aggravée, ici, par l'inadaptation du parc immobilier hérité de la reconstruction de l'après-guerre. Surfaces exiguës, standards démodés, isolation défaillante... Ces appartements souvent dépourvus d'ascenseur bâtis après les bombardements massifs de 1944 peinent à trouver preneurs.

Début 2019, 6.000 logements demeuraient inoccupés, soit près d'un sur dix. Faute
d'une offre adaptée, la cité de Guillaume le Conquérant a vu partir beaucoup de seniors vers la Côte fleurie et de familles vers les villes voisines, tandis que les étudiants ont investi le centre-ville.

Ces départs ont surtout profité aux localités de sa première couronne. C'est le cas d'Hérouville-Saint-Clair, par exemple. Cet ancien village, reconverti en ville nouvelle dans les années 1960, dispute désormais à Lisieux le statut de deuxième ville du département.

Vers des lendemains plus chantants

En réaction, les élus caennais ont lancé en 2010 la reconquête
des 300 hectares de la presqu'île, ancienne place forte industrielle et portuaire
située sur les rives de l'Orne : l'un des plus importants projets de reconversion urbaine de France avec celui du bassin minier de Lens ou de la zone EuroSudOuest de Toulouse.

À cheval sur trois communes, le site est pensé pour accueillir 4.000 nouveaux logements dont l'essentiel sur l'emprise de la cité de Guillaume le Conquérant. Plusieurs grands équipements dont une médiathèque et une salle de spectacle y sont déjà sortis de terre. En parallèle, la municipalité rénove le centre historique. Des efforts qui semblent porter leurs fruits : entre 2016 et 2017, Caen n'a eu à déplorer qu'une cinquantaine de départs. Peut-être un coup d'arrêt au déclin démographique.

LE HAVRE

2 000 habitants perdus, et si c'était une bonne nouvelle ?

C'est l'histoire de la bouteille à moitié vide ou à moitié pleine. Pour le « horsain », l'étranger dans la langue d'ici, le recul démographique qu'encaisse la ville chère au
Premier ministre dit une perte d'attractivité. Localement, en revanche, ce énième reflux peut apparaître comme un signal, sinon positif, au moins encourageant tant la chute est incomparablement moindre que dans la seconde moitié du XXe siècle.

Une hémorragie ralentie

Comme beaucoup de grands bassins manufacturiers, la cité portuaire a ployé sous les grandes vagues de désindustrialisation qu'elle n'est pas parvenue à amortir par des créations tertiaires. Résultat, Le Havre a perdu près de 50.000 habitants entre la première crise pétrolière et aujourd'hui. Depuis quelques années cependant, l'hémorragie ralentit à défaut d'être endiguée.

Si les quartiers populaires perdent des résidents, le centre ancien embelli, où des centaines de logements ont été construits, regagne du crédit auprès de la classe moyenne et attire touristes et croisiéristes, témoins d'une amélioration de son image. Sur le plan économique, la ville rêve d'un rebond dans l'industrie décarbonée qui s'incarne dans la construction de l'usine d'éoliennes de Siemens Gamesa. À la clé, la création de 2.000 emplois directs et indirects et la promesse de l'émergence d'une nouvelle filière qui a le vent dans le dos.

Par Nathalie Jourdan, Région Normandie

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METZ

 La ville ne s'est pas remise du départ des militaires

À deux reprises en une décennie, Metz a été frappée. Après les restructurations militaires annoncées en 2008, la ville a perdu en 2016 son statut de capitale régionale au profit de Strasbourg. La population de la préfecture de la Moselle (116.429 habitants) recule de 1,8 %.

« On ne s'en sort pas si mal parce que cette baisse de
la population, 2 200 habitants, est inférieure à l'effet du départ des militaires », tempère Thierry Jean, adjoint au maire sortant en
charge de l'économie.

La restructuration des cinq sites de défense a représenté une perte sèche de 5.000
emplois. La montée en puissance des institutions culturelles (Centre Pompidou) et
les 14 projets visés par le contrat de redynamisation des sites de défense (CRSD) conclu en 2016 pour 32 millions d'euros n'ont pas permis de retrouver le dynamisme d'antan.

La proximité du Luxembourg, qui draine 80.000 salariés lorrains vers son marché de l'emploi nettement plus dynamique, a eu un impact bénéfique sur l'économie messine. Notamment dans le commerce. L'agglomération, dont les élus se sont réjouis d'avoir gagné en visibilité en devenant métropole, reste moins attrayante que d'autres plus au sud.

« Metz souffre d'une image complètement décalée par rapport à sa réalité », regrette Thierry Jean.

L'arrivée imminente d'une plateforme logistique d'Amazon, qui créera a minima 800 emplois sur le site de l'ancienne base aérienne de Frescaty, atteste d'un dynamisme économique préservé. Mais des tensions apparaissent avec les riverains, focalisés sur les nuisances.

« Les habitants des villages de la grande couronne ont parfois quitté Metz en croyant trouver de meilleures conditions de vie. Une fois installés, ils constatent une réalité différente », observe Thierry
Jean.

Les oppositions locales restent à convaincre, en l'absence de consensus sur les enjeux territoriaux du développement durable.

MULHOUSE

La fin d'une splendeur industrielle

Mulhouse fait pâle figure. Lanterne rouge parmi les villes françaises de plus de 100.000 habitants avec population en recul de 2,3 %, la sous-préfecture du Haut-Rhin n'a pas pu profiter de la vague de métropolisations qui permet à d'autres villes du Grand Est, comme Strasbourg et Nancy, de tirer leur épingle du jeu.

L'absence de directions régionales des services d'État (la préfecture et la cour d'appel sont à Colmar) n'explique pas à elle seule ce déclin. Avec son tramway et ses friches industrielles et militaires reconverties, la ville a pourtant soigné son urbanisme et son image. Mais elle ne l'a pas assez fait savoir.

Résultat : les populations de classes moyenne et supérieure venues travailler dans le sud de l'Alsace s'établissent plus volontiers dans des communes périphériques, en direction de Bâle, ou vers le Piémont Vosgien. L'EuroAirport, principal aéroport du Grand Est, draine 6.400 emplois sur sa plateforme tertiaire à Saint-Louis, à 30 kilomètres au sud. Mais le lien ferroviaire direct promis depuis une décennie, qui faciliterait les déplacements des salariés mulhousiens, tarde à être aménagé.

« Il faut aider des PME locales à fort potentiel à devenir des ETI, comme Rector Lesage, Solinest ou Waterair », propose Luc Gaillet, président de la SIM, un think tank établi dans la ville en 1826, au temps de sa splendeur économique.

Un tel relais de croissance serait salvateur. PSA, principal employeur privé dans le secteur, se trouve au creux de la vague avec 5.000 salariés à Mulhouse. En 2009, le constructeur comptait 9.000 emplois et il n'a pas cessé de réduire la voilure.

Pour éviter aux Mulhousiens de trop se tourner vers Bâle, très attractive avec
30.000 employés alsaciens dans le tertiaire, la pharmacie et autres industries, les futurs élus tenteront sûrement de renforcer des liens établis timidement avec Strasbourg.
Mais il n'est pas acquis que les fruits du partage avec la capitale régionale, située à 120 kilomètres au nord, génèrent une augmentation de sa population.

Olivier Mirguet, Région Grand-Est

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