"Nous allons afficher la liste des députés qui ont voté la loi Santé chez les médecins"

Dans un entretien accordé à La Tribune, Eric Henry, le président du Syndicat des médecins libéraux (SML) revient sur le vote de la loi Santé et sur la vive opposition des médecins à ce texte. Il propose également une série de réformes pour transformer le système de santé français.
Fabien Piliu

6 mn

Nous ne pratiquerons pas le tiers payant ​imposé par la Ministre qui va complètement déstructurer le monde de la santé que nous connaissons.
"Nous ne pratiquerons pas le tiers payant ​imposé par la Ministre qui va complètement déstructurer le monde de la santé que nous connaissons". (Crédits : DR)

La Tribune - L'Assemblée nationale vient d'adopter le projet de loi Santé porté par Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales, en dépit de l'opposition de la  médecine libérale. Quelle est votre réaction ?

Le combat continue. Nous n'avons pas dit notre dernier mot.

De nouvelles journées sans médecin sont-elles envisageables ?

Les professionnels sont las. Mais la mobilisation reste vive. Pour continuer à mettre la pression sur les parlementaires, nous allons afficher la liste des députés qui ont voté ce texte dans tous les cabinets de médecins. Ainsi, nos patients, les citoyens, sauront qui sont les responsables des tracas administratifs supplémentaires que ce texte engendrera, mais aussi de la bascule de notre santé, de la solidarité dans le monde du business.

Pouvez-vous encore vous opposer au tiers-payant, la mesure phare de ce texte ?

Bien entendu. Nous ne pratiquerons pas le tiers payant ​imposé par la Ministre qui va
complètement déstructurer le monde de la santé que nous connaissons.

Pour quelles raisons ?

D'une part, ce dispositif complique un quotidien administratif déjà très chargé et les
praticiens n'ont pas envie de perdre près de cinq minutes par patient pour connaitre
le nom de leur caisse, de leur complémentaire, de vérifier leurs droit avec la déclaration du médecin traitant et l'acceptation du prélèvement bancaire par la caisse
sur leur compte. Les médecins ont mieux à faire : soigner leurs patients. D'autre part, il fait la part belle aux complémentaires qui vont tenter de prendre la main sur l'organisation de la santé de leurs adhérents leur faisant perdre leur liberté de choix de leurs soignants.

Ne craignez-vous pas les sanctions ?

Le texte n'en prévoit pas encore. Elles risquent par contre d'être bientôt programmées, compte tenu de l'opposition forte des médecins à ce dispositif.

Pour quelles raisons estimez-vous que le gouvernement est passé en force dans ce dossier ?

Le gouvernement avait promis la publication en octobre d'un rapport d'expert sur les
avantages et les conséquences du tiers-payant. Nous l'attendons toujours. Contrairement à ce qu'il nous avait promis, le texte est revenu au Parlement sans que ce rapport n'ait été dévoilé. Nous avions proposé de décaler à mars la présentation de ce texte à l'Assemblée nationale, ce qui était un moyen pour le gouvernement de sortir par le haut de cette crise. Mais il ne nous a pas entendu. En plus, en plein " état d'urgence" nous ne pouvions nous exprimer contre ce vote. C'est la raison pour laquelle nous considérons que ce gouvernement est passé en force.

Quelles sont vos propositions pour réformer le système de santé, chroniquement déficitaire ?

Il ne faut pas réformer le système, il faut le repenser intégralement et le faire évoluer pour répondre aux besoins de demain.

Comment ?

Prenons par exemple le sujet de la revalorisation des médecins généralistes qui est
depuis longtemps une source de conflits entre la Sécurité sociale et les professionnels. Relever d'une poignée d'euros la rémunération des médecins ne serait pas réellement satisfaisante, même si j'entends bien qu'elle serait la bienvenue pour un certain nombre de professionnels. Il faudrait plutôt repenser les actes des médecins et leurs tarifs en faisant la différence entre les pathologies et inventer des cotations différentes selon la difficulté de l'acte et le temps investi. En médecine générale, nous pourrions imaginer une tarification progressive, de 7 euros à 23 puis 40 euros en fonction de la nature des actes. On pourrait imaginer que les consultations courtes soient tarifées 7 euros lorsqu'elles sont faites par
téléphone ou par Internet dans une organisation libérale de territoire nouvelle. Cela permettrait l'introduction des nouvelles technologies dans la médecine pour répondre
à une demande de soin qui augmente, et appuyer le maintien à domicile de nos patients. Il s'agirait avant tout de rassurer des patients sans leur imposer un déplacement qui est parfois compliqué, de permettre aux professionnels de santé de se consacrer aux consultations complexes dans leur cabinet, et, in fine, de réaliser des économies sur le remboursement des consultations.

Pour les spécialités, il faut enfin créer une nouvelle tarification portant sur la classification commune des actes médicaux cliniques mais aussi des actes techniques qui n'a pas été réévaluée depuis sa création. Par ailleurs, il faut renforcer l'ambulatoire en France, qui se classe actuellement parmi les modèles des plus efficaces en rapport coût/efficacité. C'est en ce sens que nous souhaitons répondre aux besoins nouveaux, en repensant l'approche du système de soin traditionnel et, en accordant une confiance et des moyens aux
médecins libéraux qui sont le premier recours des français. La nouvelle convention doit aller dans ce sens. 

Comment lutter contre les déserts médicaux ?

Je ne crois pas à l'efficacité des maisons de santé, aux centres pluridisplinaires que
le gouvernement a mis en place. Je crois d'avantage à la mobilité médicale qu'il faut
valoriser, et à la coordination entre professionnels de santé. Si personne ne veut s'installer dans des zones déficitaires, il faut alors inciter les "médecins volants" à aller y travailler. Il faut aussi créer sur ces territoires des associations libérales de proximité qui relient les généralistes, les spécialistes et les autres professionnels de santé qui irriguent les territoires pour assurer la permanence des soins de nuit et la continuité des soins de jour. Faisons confiance aux acteurs libéraux, les expériences qu'ils ont montées, comme à Belle île en mer en 2012, prouvent leur capacité à réorganiser les territoires.

Les autorités régionales de santé (ARS) sont-elles efficaces ?

Elles devraient nous faciliter la vie. Pour l'instant, elles tentent de nous diriger sans avoir la connaissance du terrain. Quand les agents des ARS terminent leur journée à 16H00 ou 17h00 nous restons encore de longues heures dans nos cabinets. C'est encore nous les élus syndiqués des régions (URPS) qui le soir allons à la rencontre des médecins en difficulté.

La campagne avant les élections aux Unions régionales des professionnels de
santé (URPS) a été très agressive. Existe-t-il une union syndicale ?

Au SML depuis un an, nous avons appelé à cette union et elle existe en médical comme en interprofessionnel. Les résultats des élections des médecins sont maintenant  connues et au SML, nous veillerons à ce que toutes les parties soient représentées dans tous les bureaux régionaux des URPS. Quant à l'agressivité de la campagne, elle a été plutôt bon enfant. Nous nous connaissons tous et l'ambiance est très rugby. Tous amis avant le match mais une fois le ballon lâché chacun joue sa partie. Le match des élections étant terminé, nous refaisons le pack contre la loi.

Fabien Piliu

6 mn

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Commentaires 17
à écrit le 04/12/2015 à 18:27
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Excellente idée a proposer aux pharmaciens qui ont assez de vitrine pour exposer à la vindicte populaire les députés qui détruisent la sécurité sociale et instaurent une médecine a l'américaine par les assurances privées.

à écrit le 04/12/2015 à 15:54
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Il faut afficher la liste des médecins contre le tiers payant et afficher leurs revenus, cela sera plus simple. Les français pourront mieux apprécier...

le 05/12/2015 à 10:15
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Et pourquoi pas afficher le salaire/revenu des patients qui demandent le Tiers payant?

à écrit le 04/12/2015 à 14:42
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Ben en voilà des notables qui ne veulent pas de progrès au motif que leurs habitudes seraient changées et qu'ils seraient un peu plus fliqués. Déjà que les 2/3 ne sont pas bons comme les médicaments qu'ils nous prescrivent et qu' apparemment ils n'on...

le 05/12/2015 à 10:22
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Pour vous le mieux est d'aller téléconsulter sur une pateforme de mutuelle. Vous aurez un bon médecin et tout sera pris en charge y compris le médicament générique fabriqué en Indes qui vous sera prescrit (vous savez celui de couleur blanche avec un ...

à écrit le 04/12/2015 à 13:51
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Les médecins seront obligés d'adopter la réforme ou ne pourront plus exercer. La véritable question est la modernisation de la santé. Sur ce point il faut accepter de dire des choses "lourdes" si l'on veut être franc : la privatisation de la sécurité...

le 06/12/2015 à 18:32
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Vous confondez médecine et commerce : le médecin a pour devoir principal de répondre à un besoin de soins dans des délais compatibles avec votre pathologie. Le commerce international ne fait pas partie de ses préoccupations. Le pointage du tiers paya...

à écrit le 04/12/2015 à 13:40
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Les médecins ne sont pas les seuls en France à avoir fait des études secondaires poussées. Leurs revenus sont assurés par la sécu et s'échelonnent selon l'Insee de 82000 euros par an pour un généraliste à 189770 euros pour certains spécialistes. Les ...

le 06/12/2015 à 11:19
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Alors vous voulez des médecins payés au smic et formés en 2 ans d'études : c'est bien ça? si je comprends votre propos : allez jusqu'au bout de votre pensée ou alors réfléchissez 5 minutes avant d'écrire des considérations inutiles.

le 06/12/2015 à 13:09
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L'important c'est dans trouver un bon ( c'est comme un garagiste , un boulanger ou un banquier ...). Après je ne regarderais pas sa feuille d'impôt pour m'avoir soigné , guéri ou sauver ... Ceux travaillant dans les universités dites de recherche n'...

le 06/12/2015 à 16:26
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Ah les revenus des médecins : 5000 ou 6000 euros par mois pour 60 heures de travail par semaine, cela fait un revenu de 20 euros de l'heure pour un médecin : vous pensez que c'est trop, et avec cela, il faut encore payer les impots qui ne se privent ...

à écrit le 04/12/2015 à 12:42
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Et nous la liste des médecins qui grugent la sécurité sociale

le 06/12/2015 à 11:14
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Si vous détestez à ce point les médecins, n'y allez surtout pas, vous n'en avez pas besoin : laissez leur temps de consultation aux vrais malades qui apprécient la qualité des soins de leur médecin quand ils sont dans la détresse de leur maladie. Si...

à écrit le 04/12/2015 à 11:56
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les assurés sociaux cotisants à l'assurance maladie et aux complémentaires seront heureux d'apprendre que l'hôpital public facturera à l'assuré un forfait de 45 euro pour hospitalisation en chambre particulière, alors que les bénéficiaires de l'AME e...

le 04/12/2015 à 14:05
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Les chambres particulières vont devenir la norme puisque les chambres doubles seront interdites. Toutefois la réforme des hôpitaux ne permet pas encore, selon les cas, cette possibilité. C'est pour une période intermédiaire et encore une fois selon l...

à écrit le 04/12/2015 à 11:23
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On appelle ça, la transparence de l'ordonnance !

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