Productivité en panne : l'ordonnance du meilleur jeune économiste français
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Antonin Bergeaud est professeur associé à HEC, en France.
AFP
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LA TRIBUNE- Comment se situent les niveaux de productivité en France et en Europe ?
ANTONIN BERGEAUD- En matière de productivité, la tendance est clairement en défaveur de l'Europe face aux États-Unis. Si on compare l'Europe et les États-Unis, la productivité du Vieux Continent décline nettement depuis le début des années 1990.
Ce qui pose des problématiques en matière de financement des efforts de Défense ou d'environnement. Une moindre productivité peut entraîner un appauvrissement relatif. La seule façon de relancer la richesse nationale pour investir est d'augmenter le temps de travail. Le débat sur les retraites est lié au financement. Quand il y avait plus de productivité, il y avait moins de problèmes de financement des retraites.
Quels sont les facteurs qui expliquent ce décrochage ?
L'Europe ne dépense pas assez en recherche et développement. Les entreprises font moins d'innovation et produisent moins de technologies de rupture que les États-Unis ou la Chine. La première conséquence est que les gains de productivité apportés par ces secteurs n'ont pas eu lieu en Europe. La seconde conséquence est qu'il y a un retard dans l'adoption de ces technologies. Une adoption lente peut engendrer de la réticence et du blocage. Pendant ce temps, les entreprises perdent des gains de productivité observés ailleurs.
Comment corriger ce décrochage ?
Il y a un vrai problème de financement. Il y a déjà beaucoup d'argent public dans l'innovation et du capital disponible pour les entreprises. Ce capital est surtout disponible au moment de la création de l'entreprise. Il existe plusieurs dispositifs d'accompagnement chez BPI France ou France 2030. Le problème se pose au moment du retrait des premiers investisseurs. Il y a beaucoup moins d'investisseurs pour aider les entreprises à grandir et devenir des ETI. C'est un vrai problème.
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Beaucoup d'entreprises partent aux États-Unis pour obtenir des financements plus facilement. En France, les fonds en capital-risque ne sont pas prêts à mettre autant de moyens. En Europe, les entreprises continuent d'aller voir les banques. Or, le financement par les banques ne fonctionne pas très bien sur l'innovation. C'est un besoin de financement à long terme avec beaucoup de risques. Dans le même temps, il y a énormément d'épargne en Europe. Une grande partie de cette épargne sert à financer les entreprises américaines.
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