Régime des auto-entrepreneurs : un bilan mitigé

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La pérennité croît avec l’âge de l’auto-entrepreneur.
La pérennité croît avec l’âge de l’auto-entrepreneur. (Crédits : © Randall Hill / Reuters)
[Graphiques] Seulement cinq années après leur immatriculation, 23% des auto-entrepreneurs sont encore actifs sous ce régime selon une récente étude de l'Insee. A l'inverse, la proportion d'entrepreneurs individuels classiques encore actifs après cinq ans est bien supérieure (50%).

Le bilan du régime des auto-entrepreneurs français est en demi-teinte. D'après la dernière publication de l'Insee (*), l'instauration de ce régime (requalifié micro-entrepreneur en 2014) a permis la création d'un grand nombre d'entreprises en partie grâce à un régime fiscal avantageux. Rien qu'en 2010, 360.000 auto-entrepreneurs se sont immatriculés auprès de l'administration. D'après le document, ce régime représentait 58 % des créations de l'année et près de 80 % des nouvelles entreprises individuelles, il y a sept ans. Mais ce dynamisme entrepreneurial apparent a rapidement trouvé ses limites.

 > Lire aussi : Les créations d'entreprises à un niveau inédit depuis 2010

Une pérennité limitée

Les experts de l'institut notent que sur 100 auto-entrepreneurs immatriculés au premier semestre 2010, 38 n'ont jamais été actifs et leur radiation a été prononcée tandis que 62 ont effectivement démarré une activité économique. Parmi ces derniers, 39 ont cessé leur activité en tant qu'auto-entrepreneur et 23 sont toujours actifs sous ce régime cinq ans après.

(Lecture : 47,0 % des auto-entrepreneurs immatriculés en 2010 sont encore actifs un an après leur immatriculation.)

Pour les entreprises classiques, la pérennité à cinq ans est beaucoup plus élevée (60,4%), y compris pour les entreprises individuelles. L'auteur de l'étude n'apporte pas d'explication précise sur de telles différences. Mais en ce qui concerne le régime de la micro-entreprise, certains peuvent utiliser ce statut pour tester simplement la viabilité d'une activité économique, ce qui peut en partie expliquer de tels contrastes.

Plus de longévité dans la santé

La pérennité des auto-entrepreneurs dépend beaucoup du secteur d'activités dans lequel ils exercent. Dans les activités de services aux ménages, la part des auto-entrepreneurs encore actifs après cinq ans s'élève à 46% dans la santé humaine et l'action sociale. A l'inverse, la proportion d'actifs dans le secteur du commerce est bien plus faible (19%). De même que pour les activités de services aux entreprises, la proportion est inférieure à la moyenne (23%) comme dans les activités de services administratifs (21%) ou les activités financières ou d'assurance (9%).

La longévité augmente également avec l'âge. D'après les chiffres de l'organisme public, seulement "16% des auto-entrepreneurs âgés de moins de 30 ans lors de leur immatriculation en 2010 sont encore actifs sous ce régime contre 21% des 30-39 ans, 28% des 40-49 ans et 31% des 50 ans ou plus".

Par ailleurs, la proportion des femmes encore actives est supérieure à celle des hommes cinq ans après l'immatriculation (26 % contre 22% pour les hommes). L'Insee explique cet écart par le fait que "les auto-entrepreneuses sont surreprésentées dans les activités où la pérennité est la plus forte". C'est par exemple le cas dans le secteur de la santé et de l'action sociale ou de l'enseignement. En 2010, les parts des immatriculations féminines pour ces deux secteurs s'élevaient respectivement à 72% et 44%. En revanche, le niveau de diplôme et les moyens financiers engagés au moment de la création n'ont pas d'impact significatif sur la pérennité des auto-entrepreneurs. L'étude rappelle néanmoins que pour le cas des entrepreneurs individuels classiques, les chances de pérennité augmentent nettement avec les montants investis lors de la création.

Un chiffre d'affaires de 10.200 euros

Les résultats de l'étude indiquent que le chiffre d'affaires annuel moyen des auto-entrepreneurs encore actifs était de 10.200 euros à fin 2015, en baisse par rapport à 2012 de 400 euros. Là encore, il existe des disparités en fonction du type d'activités déclaré.

"Pour les auto-entrepreneurs exerçant en activité principale, le chiffre d'affaires de 2014 s'élève en moyenne à 12.800 euros [...]  Pour ceux exerçant en activité de complément, le chiffre d'affaires est en moyenne bien moins élevé (7.700 euros en 2014)."

Il y a quelques semaines, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a indiqué que le chiffre d'affaires des micro-entrepreneurs serait doublé en 2018, comme l'avait promis le président Emmanuel Macron lors de sa campagne électorale. A l'heure qu'il est, l'entrepreneur doit passer du régime de la micro-entreprise - plus simple au niveau fiscal et social -  à celui d'entrepreneur classique au-delà d'un certain chiffre d'affaires. Ce seuil varie en fonction du type d'activités exercées : de 33.100 euros pour les activités de service à 82.800 euros pour les activités d'achat/vente de marchandises. Mais cette réforme, qui doit être présentée dans le prochain projet de loi Finances, suscite déjà des réserves de la part de syndicats de patrons comme la CPME qui a dénoncé "une concurrence déloyale et inacceptable par rapport aux autres formes sociétales, et en particulier les artisans".

> Lire aussiAuto-entrepreneur : la CPME évoque une concurrence "déloyale " en cas de règles moins strictes

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(*) Les résultats de l'enquête sont basés sur un échantillon composé de 40.000 auto-entrepreneurs inscrits au premier semestre 2010. Ils ont été enquêtés à trois reprises en 2010, 2013 et 2015.

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Commentaires
a écrit le 21/09/2017 à 23:36 :
Il manque un chiffre à votre analyse; combien de ces auto-entrepreneurs ayant quitté le statut ont en fait migré sur un autre?
En fait je suis dans ce cas j,ai du changer de statut après quelques mois d’activité et suis maintenant en libéral et ce depuis 6 ans!!!
a écrit le 21/09/2017 à 17:38 :
Un peu surpris des conclusions de cet article. La façon dont je vois les choses est que ce regime est par nature transitoire :
- Soit l’entreprise marche bien elle dépasse le plafond de chiffre d’affaire et doit sortir de ce régime ;
- Soit l’entreprise est un échec on la ferme, d’où radiation.

Du coup ne restent dans ce régime que les entreprises qui ne recherchent pas à croitre fortement, par exemple parce qu’elles sont destinées à une activité accessoire.
Du coup pourquoi s’intéresser au taux de survie de ces entreprises dès lors que ça ne signifie rien ?
a écrit le 21/09/2017 à 13:45 :
Les francais contemporains ne semblent pas posseder l’idee que s’est possible de tout simplement travailler por soi meme, pour sa proper compte sans vouloir ou pouvoir creer le prochain Apple.

Avant l’autoentrpreneur il etait tout simplement illegale dans ce pays devenu crypto-communiste de saisir une opportunite quand il se presentait pour gagner un peu d’argent, monter une petite activite mi-temps ou les weekends seulement – une vaste gamme de petits boulots ou echanges qu’on peut faire pour un ami, un voisin, vos collaborateurs. Dans l’Union Sovietique la plupart des legumes etaient cultives par des petits agriculteurs “prives” independants – en toute illegalite mais accepte car sinon, aucunes legaumes sur les assiettes. Ici c’etait egalement illegal de saisir une opportunite quand il se presentait – non, ca serait travail au noir – avant l’autoentrepreneuriat – sauf si on payait d’abord pour la privilege de “entreprendre” avec cotisations minimum de plusieurs milles – pour votre protection bien sur. Et travailler pour soi meme est toujours reprime avec “radiation” si on n’a pas de “chiffre d’affaires”.

L’oppression de la liberte de tout simplement travailler pour soi meme, entreprise vraiment prive, dans ce pays est incroyable et continue.

Les autres pays ne possedent pas ce constipation mentale. Si on gagne des revenus prives intermittents ou ponctuels, on declare le resultat sur la declaration en fin d’annee et c’est tout. Si on travaille pour soi meme plus regulierement la principe est exactement la meme. Pas de difficulte. Aucun besoin d’une “regime” et “immatriculation” et “radiation si on ne gagne pas” – pas de “bilan mitige” car sa revele un attitude inapproprie – mitige a propos quoi? De n’avoir pas cree Apple quand on ne veut que la liberte de pouvoir vendre mes pommes et tomates pendant la saison sauf les laisser pourrir comme toute la richesse et creativite humaine potentielle de la France?
Réponse de le 21/09/2017 à 17:45 :
Pourquoi vous ne partez pas à l'étranger. La FRANCE n'a pas besoin de gens comme vous qui ne savaient même pas ce qui ne comprennent rien à la réalité et passent leur temps à se délecter avec des mots dont ils ne comprennent même pas le sens.

Un peu de courage, partez et ne revenez plus.
a écrit le 21/09/2017 à 9:06 :
Seul 20% des AE vont devenir des entreprise viables les 80% restants ce sont en majorité des "emplois précaires de survie" type le service à la personne et de l'autre un cache sexe pour légaliser le "black" confère le nombre d'AE chez les gens du voyage!
a écrit le 21/09/2017 à 8:54 :
C'est la piste privilégiée pour les étrangers pour avoir accès à l'Assurance Sociale. Au moins 2 ans sans payer aucune contribution, et après à priori €1 de chiffre d'affaires suffit pour proroger la situation.

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