Retraite : un bras de fer social où le temps joue contre le gouvernement

Marc Endeweld
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Reuters

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Les faits sont incontestables : les Français sont descendus massivement dans la rue jeudi. Même le ministère de l'Intérieur a reconnu qu'il y avait eu en régions plus de 1 million de manifestants. Il n'y a qu'à Paris que le chiffre de la préfecture de police (80.000) est apparu finalement bien éloigné du nombre réellement présent de la place de la République à Nation, en passant par Bastille. Devant l'affluence au départ de la manifestation, la préfecture a d'ailleurs dû accepter un itinéraire bis. De son côté, BFM TV a rapidement remplacé ses bandeaux de Breaking news pour mettre : « la place de la République noire de monde ».
Alors, forcément, du côté des syndicats, on a gonflé comme d'habitude un peu les chiffres. La CGT a revendiqué 400.000 manifestants à Paris et plus de 2 millions de manifestants dans toute la France. Mais chose suffisamment rare pour être soulignée : les huit autres syndicats, y compris la CGC, étaient d'accord avec ces estimations de la centrale syndicale de Montreuil. Même le chiffre de Laurent Berger, le consensuel patron de la CFDT, n'était pas éloigné : le responsable syndical a estimé qu'il y avait eu 1,8 million de Français dans la rue jeudi. Bref, au soir de cette démonstration de force, le front syndical apparaissait plus uni que jamais. Et comme l'a rappelé sur un plateau télé, Bernard Thibault, l'ancien patron de la CGT, l'un des leaders du mouvement social de 1995, « comme le disait Nicolas Sarkozy, "quand la CGT est d'accord avec la CGC, c'est qu'on a un problème" ».
Et ce n'est pas le seul souci pour le gouvernement. Pour la première fois depuis longtemps, la manifestation parisienne s'est déroulée sans trop de heurts avec les forces de l'ordre, empêchant les députés Renaissance et les ministres, dès le soir même, de dénoncer en mode automatique, les violences. Cette fois-ci, il était impossible pour l'exécutif de jouer d'un tel dérivatif de communication. Face à des Français de plus en plus circonspects, il a dû se résoudre à « faire de la pédagogie » sur son projet sur les retraites. Pas sûr pour autant qu'il lui suffira d'envoyer à la télévision le peu charismatique Olivier Dussopt, ministre du travail, pour combler le manque d'explications.
Marc Endeweld