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Sondage exclusif : le bilan sévère des deux ans de Macron à l'Élysée

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 10 mai 2019 à 03:01 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:38

Emmanuel Macron

Emmanuel Macron

Reuters

Le Quotidien Numérique

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Photo d'illustration de l'article
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Touché par la crise des « gilets jaunes », mais pas encore coulé ! Pour ce bilan des deux ans à l’Élysée, notre sondage exclusif BVA révèle un Emmanuel Macron très affaibli, mais aussi l’espoir d’un rebond.

«Je veux réussir, furieusement, passionnément ce mandat »... Tout en balayant la question « indécente » de la journaliste Laurence Ferrari (« Serez-vous candidat en 2022 ? ») lors de sa première conférence de presse en deux ans à l'Élysée, Emmanuel Macron a donné le 25 avril le ton pour la suite de son quinquennat. Victime, comme tous les présidents de la République qui l'ont précédé, de la « malédiction des deux ans », le chef de l'État veut se refaire une santé « furieusement, passionnément ». Sa réélection ? Il « s'en fiche ». Mais il ne s'interdit pas de regarder au-delà de 2022, promettant même un « agenda 2025 » pour viser le retour au plein emploi avec un taux de chômage ramené de 8,8% à 7%... en 2022. Un objectif audacieux, à la manière de François Hollande (« l'inversion de la courbe »), mais payant électoralement si jamais il était atteint. Comme pour conjurer le mauvais sort, Macron garde donc le cap : il veut poursuivre les réformes initiées en 2017, appliquer jusqu'au bout son programme et, pour cela, renouer le lien qui s'est rompu avec une majorité de Français.

Notre sondage exclusif BVA, réalisé pour le bilan de ses deux ans à l'Élysée, le montre : le pari est loin d'être gagné. Le chef de l'État, qui vient de célébrer dans la discrétion le deuxième anniversaire de son élection mardi 7 mai 2017, entame l'an II de son mandat très affaibli. Même si sa cote semble s'être stabilisée depuis l'ouverture du Grand débat le 15 janvier, il n'est soutenu que par 3 Français sur 10 qui conservent une bonne opinion de lui et a passé la quasi-totalité de la séquence allant de mai 2018 à mai 2019 sur un tobog­gan vertigineux : de l'affaire Benalla à la crise des « gilets jaunes », c'est un véritable cauchemar qu'a vécu Emmanuel Macron. Au regard de la violence de la crise sociale inédite que la France vit depuis l'automne, son niveau de popularité résiste étonnamment, si on le compare à celui de son prédécesseur François Hollande qui avait 10 points de moins d'opinions favorables au terme de ses deux ans.

[Popularité comparée des présidents de la République depuis 1981. Cliquez sur l'infographie pour l'agrandir plein écran. Crédit BVA]

L'analyse détaillée de cette chute révèle un double mouvement : Emmanuel Macron a commencé par perdre le soutien des sympathisants socialistes au cours de la première année (passé de 88 % en mai 2017 à 31 % en avril 2018), conséquence sans doute inévitable de réformes jugées « libérales » comme la suppression de l'ISF, la "flat tax", l'assouplissement du code du travail. La deuxième année du quinquennat a, elle, été marquée par des pertes significatives du soutien des sympathisants LR (- 18 points à 32 %) d'avril 2018 à avril 2019. Un recul sans doute lié aux couacs à répétition au sommet de l'État qui ont abîmé son image présidentielle et à une détérioration de la confiance dans sa capacité à réformer le pays et à maintenir l'ordre républicain. En deux ans, Emmanuel Macron a donc vu fondre à la fois le « en même temps » et le « et de droite et de gauche » qui constituaient son capital politique de départ et son originalité politique.

Notre sondage BVA donne des éclaircissements sur les causes de ce retournement de l'opinion. Le jugement des Français est sévère : en avril 2019, les deux tiers (65 %) se disent « plutôt mécontents » de son action (contre 57% il y a un an) et la « note » BVA attribuée à Emmanuel Macron sur sa politique s'enfonce nettement en dessous de la moyenne, passant de 8/20 à 7,1/20. Les décrochages les plus importants sont observés chez les moins de 35 ans, les communes rurales et les villes moyennes, les employés et les ouvriers. Même une partie de ses électeurs du premier tour de la présidentielle se disent mécontents : 30% contre 60% seulement de satisfaits.

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Maintenir le cap des réformes

De fait, quel que soit le domaine testé, une majorité de Français considère que l'action menée est « plutôt un échec ». Si des succès sont reconnus dans « la lutte contre le terrorisme » et « le rôle de la France à l'international », le jugement est sans appel sur tous les autres sujets avec une large majorité pour qui Emmanuel Macron a échoué : croissance économique (58 %), éducation (56 %), sécurité (58%), emploi (61%), fiscalité (67%), pouvoir d'achat (73%), environnement (66%), lutte contre le réchauffement (68%) ou immigration (65%) ! Les Français, interrogés après la conférence de presse du 25 avril, ne tiennent aucun compte des mesures prises en faveur du pouvoir d'achat depuis le 10 décembre, dont l'addition chiffre pourtant à plus de 17 milliards d'euros d'après les calculs du gouvernement. Le chef de l'État semble rencontrer une grande difficulté à regagner la confiance des Français sur le bien-fondé de sa politique. Ce qui est très paradoxal dans la mesure où ses annonces sont toutes plébiscitées, avec une note de satisfaction autour de 7 sur 10. Mais le sentiment est tenace chez une majorité de Français que la politique menée reste injuste et que les mesures concédées ne suffisent pas à faire oublier l'image de « président des riches » tout comme les « petites phrases » qui ont donné du chef de l'État l'image d'un homme dur et éloigné du quotidien vécu par la majorité des Français qui se sont sentis méprisés.

[Bilan des deux d'E. Macron par domaine: éducation, pouvoir d'achat, sécurité... Cliquez sur l'infographie pour l'agrandir plein écran. Crédit : BVA]

Surtout, Emmanuel Macron ne parvient pas à convaincre que sa politique va profiter à tout le monde. Seuls 16%, essentiellement les catégories les plus aisées, ont le sentiment de « bénéficier personnellement » de sa politique. 77%, soit les trois quarts des Français, ont une opinion contraire avec, sans surprise, un score encore plus élevé chez les retraités (82%), hausse de la CSG et désindexation obligent. Quant au principe du « premier de cordée », il est rejeté par 46% des Français et encore plus massivement par les opposant LFI et RN. Seuls 25% souhaitent qu'il continue de s'y référer, signe que la métaphore n'a pas été comprise par l'opinion. (Voir infographie p. 19 du rapport intégral, en pdf)

Emmanuel Macron, lors de sa conférence de presse, a tenté de contrer ce sentiment négatif à l'égard de sa politique : « Est-ce qu'on a fait fausse route ? Je crois tout le contraire. Les mesures n'ont pas été suffisamment rapides, humaines, radicales, mais je crois profondément qu'elles ont été justes. » Emmanuel Macron s'est dit prêt à changer de méthode et le gouvernement a commencé à le montrer lundi avec sa « conférence sociale », rebaptisée mobilisation nationale autour des partenaires sociaux, des associations et des ONG environnementales. Mais le chef de l'État n'a pas l'intention de changer une politique dont il est convaincu qu'elle va finir par donner des résultats tangibles.

Mener une politique plus juste

Les personnes qui critiquent la manière dont il exerce la fonction présidentielle, 65 % des sondés, insistent sur la nécessité de contraindre plus fortement les Français les plus aisés et de mener une politique sociale plus juste. Le chef de l'État a répondu en partie en réservant aux classes moyennes la baisse à venir de 5 milliards d'euros de l'impôt sur le revenu et en concédant une évaluation des effets positifs sur l'investissement de la réforme de l'ISF. Mais, face à des sondés qui se montrent pessimistes concernant l'avenir (52% estiment que la situation de la France ne se sera pas améliorée à la fin du quinquennat), on mesure bien que, pour la majorité, il y a une cristallisation de l'opinion à l'encontre de la personne d'Emmanuel Macron dans une France fracturée et polarisée comme jamais avec la montée des oppositions populistes.

Pourtant, Emmanuel Macron a sans doute raison de ne pas désespérer, car une proportion non négligeable de Français « attend de voir » et n'a pas - encore - basculée dans l'opposition radicale de certains « gilets jaunes ». Si 41% sont des opposants farouches qu'il sera sans doute impossible à reconquérir (les catégories populaires et les sympathisants LFI et RN), et si le socle des « soutiens » inconditionnels du président s'est réduit à 13%, il faut relever que 39% des Français sont prêts à accorder à leur jeune président tout juste quarantenaire un peu de temps pour faire ses preuves. Ces 39 % d'attentistes sont salariés du secteur privé et habitants des grandes villes à 45 %, BAC +5 à 49% et... sympathisants LR à 46%. On voit bien là l'enjeu des élections européennes, qui sont l'occasion pour la droite républicaine de reconstituer ses forces, mais qui peuvent aussi être, pour Emmanuel Macron, le moment d'une relance de son quinquennat, si son parti arrive devant le Rassemblement national, avec qui LREM est au coude-à-coude.

L'une des principales chances de rebond d'Emmanuel Macron est l'absence pour l'heure de réelle alternative. Les divisions de la gauche incapable de se rassembler et l'affaiblissement de la droite sans leader incontesté et qui a perdu le soutien du centre continuent de donner au président Macron une prime dont les prochains mois diront si oui ou non il demeure en capacité de tenir sa promesse fondamentale : transformer la France pour la renforcer en Europe et dans le monde.

Si les Français reconnaissent à Emmanuel Macron son dynamisme (60%), ses convictions (57%), son autorité (45%), les qualificatifs dans lesquels il performe le moins sont ceux sur lesquels il devra agir : compétent (36%, soit -24 points sur un an), sympathique (34%), sincère (28%), proche des gens (20%) et rassembleur (17%, soit -12 points sur un an). Consacrer une attention plus forte aux territoires, notamment les zones rurales (79%) et les villes moyennes (71%) plutôt qu'aux métropoles ; s'occuper du quotidien des Français les plus modestes ; passer de la mobilisation des premiers de cordée à la réparation des souffrances du corps social : voilà le programme qui attend le président pour réussir son Acte II. Le résultat des élections européennes du 26 avril devrait constituer une nouvelle étape dans l'affirmation de ce tournant politique en marche.

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Lisez notre SONDAGE EXCLUSIF BVA-La Tribune-RTL-Orange (rapport intégral en .pdf)

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MÉTHODOLOGIE

Ce bilan des deux ans de mandat du quinquennat d'Emmanuel Macron est constitué de deux volets :

1. Analyse dynamique de la popularité d'Emmanuel Macron

Analyse de l'ensemble des données issues des vagues mensuelles de l'Observatoire de la politique nationale - BVA pour Orange, RTL et La Tribune - réalisées entre mai 2017 et avril 2019. Baromètre mensuel réalisé sur Internet auprès d'un échantillon de 1 000 Français âgés de 18 ans et plus.

2. Deux ans de mandat présidentiel: bilan et attentes

Sondage réalisé sur Internet auprès de 1 002 Français âgés de 18 ans et plus, du 30 avril au 2 mai 2019. La représentativité de l'échantillon est assurée par la méthode des quotas appliqués aux variables suivantes : sexe, âge, profession de la personne de référence du foyer et de l'interviewé, région et catégorie d'agglomération.

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Cet article est publié dans LA TRIBUNE HEBDO n°291 (avec son cahier Territoires) ce vendredi 10 mai 2019 en kiosque (édition papier) et sur notre site web (édition numérique).

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Philippe Mabille

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