ENTRETIEN. Ancien ministre du Budget, Thomas Cazenave livre son diagnostic au scalpel sur la taxe sur le patrimoine des plus fortunés adoptée à l'Assemblée nationale. Face aux inégalités criantes, le député du camp présidentiel met sur la table plusieurs propositions.
LA TRIBUNE - L'Assemblée nationale a adopté jeudi tard dans la nuit un impôt plancher de 2 % sur le patrimoine des ultrariches en France. Quel regard portez-vous sur l'issue du scrutin ?
THOMAS CAZENAVE - Ce scrutin illustre bien les débats sur la politique économique en France. Nous défendons, résultats à l'appui, que c'est bien une politique de stabilité fiscale pro-entreprise qui permet de créer des emplois et de lutter contre le chômage. La gauche considère que la France vit sur une île. On pourrait prendre des décisions de taxation qui n'auraient aucune conséquence sur notre attractivité et la croissance. Ce que nous contestons. La gauche défend une vision très éloignée des réalités économiques. Du côté du Rassemblement national (RN), l'abstention sur ce texte a montré qu'il n'avait aucune boussole en matière économique.
Vous avez récemment déclaré « qu'il n'y a pas de problème avec les riches en France, qui paient beaucoup d'impôts, mais il y a en effet un problème avec les ultrariches, dont plusieurs travaux montrent qu'ils ne paient pas assez d'impôts au regard de leurs revenus et de leur patrimoine ». Que voulez-vous dire ?
Je considère que certaines situations peuvent être choquantes. Des travaux d'économistes montrent qu'une fraction d'ultrariches peut échapper à une juste contribution. On ne peut pas éviter le débat. Il serait illusoire de faire croire aux Français qu'avec une telle taxe sur le patrimoine, on va récupérer 25 milliards d'euros. C'est oublier que le capital et ces profils sont extrêmement mobiles.
J'ai toujours défendu l'approche d'un impôt minimum à l'échelle internationale. C'est une piste qui peut aboutir car les pays de l'OCDE ont réussi à s'entendre sur l'impôt sur les multinationales. La proposition de Gabriel Zucman au G20 est bien une approche internationale. Si la France est toute seule à le faire, elle aura tous les inconvénients en matière de perte d'attractivité. Elle ne bénéficiera pas plus de justice, ni de recettes supplémentaires.
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.