Le pétrole, vrai moteur de la « révolution chaviste »

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Allez Commandante. Les employés du secteur pétrolier déterminés  indique la banderole en faveur d'Hugo Chavez sur un site de la compagnie pétrolière publique PDVSA.Copyright Reuters
"Allez Commandante. Les employés du secteur pétrolier déterminés " indique la banderole en faveur d'Hugo Chavez sur un site de la compagnie pétrolière publique PDVSA.Copyright Reuters
Hugo Chavez a accédé au pouvoir démocratiquement en 1998 car le gouvernement précédent ne bénéficiait plus de la rente pétrolière avec le cours du baril tombé à presque 10 dollars. Durant ses 14 années de pouvoir, le chantre du "socialisme bolivarien" aura financé sa révolution grâce à une manne pétrolière assise sur des cours qui seront passés de 20 dollars à 100 dollars, frôlant même les 150 dollars. Mais il aura négligé le développement de la compagnie publique PDVSA.

Lorsque, durant les années 1990, Hugo Chavez, qui vient de mourir d'un cancer à 58 ans, tente ses coups d'Etat avortés, le Venezuela est encore un pays où l'écart de richesse entre le peuple et les élites reste criant. Après avoir purgé plusieurs années de prison, il va délaisser ses habits d'officier parachutiste putchiste pour emprunter la voie démocratique. Il fonde son parti pour défendre ses idées et se présente aux élections.

Un an pour que le prix du baril revienne à 20 dollars

S'il est élu en 1998, il le doit aussi au mécontentement vroissant de la population. Le gouvernement de l'époque n'arrive pas relancer l'économie. Et pour cause, le premier exportateur de pétrole de l'Amérique latine est pénalisé par l'écroulement du prix du baril de pétrole. L'Opep, dont le Venezuela est membre, a mal jugé le marché. L'organsisation a décidé d'augmenter sa production alors que la demande stagne, conséquence le baril va chuter jusqu'à 10 dollars. Pour revenir à un niveau correct, 20 dollars, les membres de l'Opep vont devoir restreindre leur part de marché pour soutenir les prix. Et il leur faudra pas moins de un an.

Hugo Chavez a donc profité de cette déprime pétrolière pour séduire un électorat avec des promesses de justice sociale et de redistribution de la rente. Mais pour consolider son pouvoir, il va bénéficier d'un autre phénomène économique.

L'aide indirecte de la Chine

La Chine, en pleine révolution industrielle et urbaine, et à des besoins immenses de matières premières en général et de pétrole en particulier pour tenir un rythme de croissance annuel qui tourne autout de 10%. Avec la rapide augmentation structurelle de la demande pétrolière mondiale, et une offre dont le développement rapide est limité par la nécessité d'investir très fortement, les prix s'envolent. Ils vont grimper régulièrement à des niveaux inédits puisqu'ils frôleront les 150 dollars pour un baril en 2007 avant que la crise financière ne les fasse chuter. Mais depuis, le prix du baril de brut fluctue toujours entre 80 et 100 dollars .

Pour Hugo Chavez, c'est une aubaine. La rente pétrolière explose et va lui permettre de pouvoir payer ses programmes sociaux et de tenir nombre de ses promesses. Selon un rapport de l'Opep publié en 2012, les revenus tirés du pétrole exporté s'élevaient à 92,6 milliards de dollars. Soit 94 % de la valeur totale des exportations, 50% des recettes du budget de l'Etat et quelque 30% du PIB. Le pétrole est le sang du corps étatique "bolivarien".

20.000 employés licenciés

Dans ce contexte, PDVSA, la compagnie pétrolière publique du Venezuela, est un enjeu vital.  Ce sera d'ailleurs le dernier bastion de l'opposition à tomber, ce qui donnera lieu à des tentatives de coup d'Etat contre Hugo Chavez. Au début de 2003, le pays est au bord de l'insurrection. Chavez va imposer un coup de force contre l'encadrement. Cela se soldera par le licenciement de 20.000 employés qui refusaient la mainmise du gouvernement sur le groupe. Ceux qui s'alignent seront récompensés, puisque depuis, les salaires des 110.000 employés de la société publique ont pratiquement doublé.

Le problème de la rente est qu'elle ne favorise pas l'investissement. Le Venezuela qui produisait plus de 3 millions de barils par jour (mbj) en 2001 n' a extrait que 2,5 mbj en 2012, selon le dernier rapport de l'Agence international de l'énergie (AIE). Le pays n'a même pas réussi à profiter d'une situation idéale conjugant  hausse des cours et gains des parts de marché. Et ses capacités maximales de production sont, selon l'AIE, limitées à 2,63 mbj.

Investissements insuffisants dans le secteur pétrolier

Ce qui signifie que durant le règne de Chavez, le développement de la PDVSA, notamment pour se préparer à l'exploitation de certains bruts lourds de l'Orénoque, n'a pas été à la hauteur de l'enjeu industriel. Ce retard est d'autant plus dommageable que le pays possède désormais les premières réserves mondiales prouvées (c'est-à-dire exploitables aux conditions économiques et techniques du moment), devant l'Arabie Saoudite, à 296,5 milliards de barils, soit 18% au niveau mondial.

L'après-Chavez devrait donc voir resurgir le débat sur le statut de la compagnie publique, qui est dans une situation financière critique. Sa dette a été quasiment décuplée depuis 2006 pour atteindre 34 millards de dollars. Et la société devrait consacrer dans les cinq prochaines années entre 4 et 7 milliards de dollars annuellement à honorer des échéances de remboursement. Comme si la révolution bolivarienne de Hugo Chavez s'était faite à crédit.

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Commentaires
a écrit le 07/03/2013 à 17:54 :
En 2013, dans un pays gorgé de pétrole, nul besoin d'être un grand économiste pour satisfaire le peuple!.
Si Chavez n'avait pas eu son or noir, que serait-il advenu du Venezuela?, il aurait rejoint le club du tiers monde je suppose?.
a écrit le 07/03/2013 à 16:39 :
Quand le pétrole va moins bien sortir, quand il va manquer (dans le futur), ils vont se débrouiller comment ?? "On verra à ce moment là" ?
a écrit le 07/03/2013 à 13:50 :
Si je comprends bien l'auteur : "Le problème de la rente est qu'elle ne favorise pas l'investissement", et évidemment, je ne peux que lui donner raison; pour favoriser l'investissement et donc la croissance, supprimons la rente.

Lorsqu'une entreprise favorise son dividende, elle le fait nécessairement au détriment de ses investissements. Les dividendes sont donc bien une forme de rente.

Je proposerai dans la droite ligne de l'auteur de supprimer toutes rentes sur le capital*, en ce y compris les dividendes. Les limiter seraient évidemment une solution avec un effet de levier par trop limité.

*: je me permets de préciser. On aurait pu aussi préciser de quel investissement on parle. Évidemment, investir dans le social ne peut être considéré comme un investissement [Non, non surtout pas, quel blasphème à notre sainte science économique. Seul l'homo ?conomicus est vrai ! La paix sociale à quoi cela sert ? Tout comme l'éducation ! Non, je ne vois vraiment pas]

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