L'intérêt bien compris et durable de lutter contre les inégalités

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« Réduire les inégalités, un enjeu de développement durable. » C'est le titre sous lequel sont regroupés de nombreux articles de chercheurs et notamment d'économistes, qui constituent le millésime 2013 de « Regards sur la Terre », un ouvrage coordonné depuis 7 ans par l'AFD, en collaboration avec l'IDDRI et TERI.

De prime abord, la réduction des inégalités semble un objectif évident, on oserait même dire, inhérent, à l'aide au développement. Que nenni ! On découvre au fil des pages de l'édition 2013 de « Regards sur la Terre », un ouvrage coordonné depuis 7 ans par l'AFD (en collaboration avec l'IDDRI et TERI) qu'il n'en est rien. Historiquement, la lutte contre la pauvreté et le développement humain constituaient l'alpha et l'omega des politiques d'aide au développement. D'autant plus qu'on a longtemps cru qu'elles suffisaient à faire évoluer les choses dans le bon sens.

Le "grand retournement"

De fait, les progrès ont d'abord eu lieu concomitamment à la croissance et à la mondialisation. 500 millions de personnes sont sorties de la pauvreté et de nombreux indicateurs tels que l'accès la l'eau et à l'assainissement ou encore à une énergie moderne ont progressé au cours du XXème siècle.

Dans le même temps d'ailleurs, après des siècles de creusement des inégalités entre les différentes régions du monde, celles-ci ont commencé au contraire à se réduire et les revenus moyens à se rapprocher. Ce que certains économistes ont d'ailleurs qualifié de « grand retournement. » Prévalait alors l'idée, y compris, voire surtout, parmi les instances en charge du développement, que croissance et mondialisation étaient les garantes d'un développement harmonieux et durable.

Or voilà qu'un autre retournement, nettement moins positif celui-ci, s'est dessiné depuis une quinzaine d'années, avec « l'émergence des émergents ». Une longue tendance à la contraction des inégalités de revenus en Europe et aux Etats-Unis, et donc, en moyenne, dans le monde, s'est brusquement inversée pour laisser place au contraire à leur aggravation au sein d'un même pays.

Le rôle prépondérant de la Chine

C'est vrai, ce nouveau creusement des inégalités est essentiellement dû à la situation des pays émergents, dans lesquels elle ne se résume d'ailleurs pas à l'inégalité des revenus mais aussi à celle de l'accès aux ressources, à l'éducation, à la justice, etc. A cet égard, là comme ailleurs, il est intéressant d'observer le rôle prépondérant de la Chine. Du fait de son poids démographique, l'ancien Empire du Milieu est tout aussi « responsable » de la réduction des inégalités entre pays, qu'il l'est de leur aggravation au sein d'un même pays.

Mais en y regardant de plus près, on constate que l'écart entre les plus riches et les plus pauvres aux Etats-Unis, par exemple, est bien plus important aujourd'hui qu'il ne l'était dans les années 1920.
Et en Europe même, une faible croissance tend à renforcer les privilèges des héritiers et des rentiers au détriment des travailleurs, qui ont par ailleurs fort à faire avec l'émergence de millions d'ouvriers chinois ou indiens qui favorisent la délocalisation et tirent les salaires vers le bas.

Or donc, voici qu'un consensus se fait jour au sein des gouvernements comme des organisations internationales, pour analyser de façon plus élaborée l'impact des politiques de développement, en tenant compte non plus seulement de la croissance mais de la façon dont ses fruits sont distribués ici et là. C'est ainsi que sont apparues des « courbes d'incidence de la croissance », qui analysent précisément son impact sur différentes tranches de la population.

La relation de cause à effet entre inégalités et dégradation de l'environnement

Car cette aggravation des inégalités au sein d'un même pays, dont on aurait pu naïvement penser que c'était une cible naturelle de l'aide au développement, s'accompagne de certaines manifestations jugées négatives, voire dangereuses pour la poursuite de la...croissance, précisément.

Crise financière et printemps arabes, par exemple, en seraient des conséquences plus ou moins directes, et elles nourrissent des mouvements de contestation sociale tels que « Occupy » ou les Indignés, qui font de plus en plus de bruit. Tandis que la cohésion sociale redevient un objectif des gouvernements nationaux, économistes et spécialistes du développement durable rappellent dans plusieurs articles de l'ouvrage la relation de cause à effet entre inégalités et mauvaises allocations des investissements, mais aussi dégradation de l'environnement ou encore risques pour la santé publique.

Un croisade nouvelle

Il semble donc de plus en plus largement acquis, du moins au sein de certains cercles des pays développés, qu'il faille tenter de réduire ces inégalités « internes ». Mais cela ne risque pas d'aller sans mal.
D'abord parce que c'est une croisade nouvelle, pour laquelle, historiquement, peu d'outils ont été développés. Ainsi des outils statistiques permettant de mesurer les inégalités mais aussi l'impact sur ces inégalités de telle ou telle politique, capables de s'adapter à chaque contexte local et de suivre, quasiment en temps réel, les évolutions constatées dans chaque région, commencent tout juste à faire leur apparition.

Autre exigence de la lutte contre les inégalités dans les pays émergents, la collaboration entre toutes sortes d'acteurs aux intérêts parfois divergents et en tout état de cause peu habitués à travailler ensemble. Sans parler des freins que représentent la corruption, les conflits d'intérêts ou le manque d'expérience, si ce n'est de compétences locales pour coordonner ces travaux.

Mais les contributeurs à l'ouvrage, à commencer par Tancrède Voiturier (IDDR et CIRAD) et Raphaël Jozan (AFD) qui en ont rédigé la note introductive, misent notamment sur les prochains ODD (Objectifs de développement durable) qui doivent prendre en 2015 le relais des OMD (Objectifs millénaires pour le développement) fixés en 2000. Visant des objectifs universels mais déclinés pays par pays, ils devraient en effet favoriser plus « naturellement » la guerre aux inégalités...A condition de faire vite pour les élaborer, 2015, c'est demain.

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Commentaires
a écrit le 19/04/2013 à 17:17 :
je ne comprends ce que peut bien vouloir dire "un intérêt durable" ????????? et pourquoi pas un intérêt juste et social ??? le socialisme vide les mots de leur sens ... "l'ignorance, c'est la force... la liberté, c'est l'esclavage !!! " (1984)
a écrit le 19/04/2013 à 17:06 :
Un agent économique ne devient riche que grace à sa faculté à servir plus efficacement le consommateur par rapport à ses concurrents. Par nature, ce sont les riches qui créent le plus de croissance et luttent le plus contre la pauvreté .... Aucun pays n'a eu de croissance et n'a fait diminuer la pauvreté en faisant disparaitre les riches (cad les acteurs économiques les plus efficients)... c'est du bon sens économique, que l'on appelle ultra libéralisme en France de nos jours... La réalité finit tjrs par rattraper les fous qui la nient...
a écrit le 19/04/2013 à 16:52 :
"ceux qui sont contre les inégalités sont contre l'économie de marché non entravée, et donc pour une économie socialiste. Les inégalités sont indissolubles de la spécialisation du travail qui est seule capable d'améliorer continuement le sort des gens" L'action Humaine. Vouloir lutter contre les inégalités c'est vouloir la misère pour tout le monde ...
a écrit le 08/04/2013 à 10:06 :
D'ou cette crise mondiale, qui permettra de niveller, par le très bas, ainsi ceux qui nivelleront seront de haut-niveau de génération en génération et de droit divin...
a écrit le 07/04/2013 à 16:10 :
Les pays en développement rapide tels la Chine, ont de fortes inégalités internes. C'est même le moteur essentiel de leur croissance, par l' ESPÉRANCE d'une vie meilleure qu'elles suscitent ! Evidemment, ce n'est pas moral, mais efficace... De deux maux, il faut savoir choisir le moindre...
Réponse de le 07/04/2013 à 20:20 :
En quoi déverser des tonnes de poissons sur les pauvres est-il plus moral que de leur apprendre à pécher ?
a écrit le 06/04/2013 à 20:25 :
"Reduire les inégalités? on en est loin, hélas ! utopie, utopie......
Réponse de le 07/04/2013 à 20:23 :
C'est même sans fin : le social est un tonneau des danaïdes !
a écrit le 06/04/2013 à 19:53 :
La dimension démographique du problème est-elle enfin évoquée ?

La pauvreté ? comme la richesse ? est une composante de la société, structurelle et mécanique, aussi relative qu'incontournable ; et les inégalités de toutes sortes en résultent. En prendre conscience serait le premier pas à faire pour atténuer cette pauvreté et ces inégalités, voire les maîtriser, à défaut de pouvoir les éradiquer. La preuve a en effet été largement administrée, depuis plus 20 siècles, que les raisonnements, les doctrines ainsi que les méthodes appliqués pour les combattre n'ont fait que les augmenter et les exacerber.

En occident comme ailleurs, dans les pays développés comme dans les autres, la société des hommes est, a toujours été et sera jusqu?à sa fin, irrévocablement faite d?inégalités. L?exception y domine la masse ; le pouvoir y domine le peuple, la force la faiblesse, l?intelligence la sottise, le savoir l?ignorance , la richesse la pauvreté etc. ; dans tous leurs aspects. Et plus les richesses augmentent ? qu?elles soient d?ordre matériel ou immatériel ?, plus s?accroît l?écart entre le sommet d'une pyramide sociale, qui n?a pas d?autres limites que l'ambition humaine et les capacités de la planète et, à l?opposé, une base où règnent la pauvreté absolue et l'indignité, dernier état de notre condition.

Il existe des chiffres et un mécanisme vieux comme le monde, dont il faudrait pourtant avoir clairement conscience avant de tenter sincèrement quoi que ce soit d?utile pour secourir durablement les plus nécessiteux d?entre nous, qu'il s'agisse de nations, de régions, comme d'individus.

À l?aube de notre ère, la Terre était peuplée d?environ 250 millions d?êtres humains. Elle en compte plus de 7 milliards aujourd?hui, dont 1,2 à 1,4 milliard vivent dans un état de pauvreté profonde. L?homme et le progrès dont il est porteur ont ainsi créé, en 20 siècles, 5 fois plus de miséreux qu?il n?y avait d?individus de toutes conditions sur terre au début de leur entreprise. Et la population augmente, quotidiennement, de 220 à 250 000 âmes qui viennent dans leur grande majorité surpeupler la base d?une société dans laquelle le "descenseur social" prend le pas sur l?ascenseur du même nom démontrant, s'il en était besoin, que la pauvreté est plus facile à partager que la richesse.

En dépit du véritable escamotage du fait démographique par la plupart de ceux qui se penchent sur le cas des pauvres, la pyramide sociale, pour aussi schématique qu?elle soit, met pourtant en évidence le fait que les pauvres des uns sont les riches des autres, dans une relativité universelle que non seulement les uns et les autres ignorent, mais qu?ils contribuent à masquer avec un égoïsme comparable à celui des riches du sommet qu?ils ne font qu?imiter et jalouser dans leur impuissance. Tous ceux qui confondent richesse avec confort et bonheur avec richesse, démontrent ainsi que le sort d?un milliard et demi de pauvres réels et profonds leur importe peu, comparé aux enjeux de leur propre lutte, se limitant à arracher à leurs riches ce qu?ils leur envient, avec une rapacité au moins égale à la leur. En dépit de leurs généreux principes, ils méprisent ainsi ceux dont ils sont eux-mêmes les riches et se prétendent les défenseurs. Ils négligent, dans un égoïsme médian qui vaut n'importe quel autre, que tout ce qu'ils parviennent à obtenir pour améliorer leur propre confort est autant de moins pour plus pauvres qu'eux et, in fine, pour ces pauvres authentiques qu'ils contribuent ainsi à priver de leur pain.

Aucune résignation dans ce qui précède, mais bien au contraire un appel à regarder la pauvreté pour ce qu?elle est réellement, à une échelle planétaire qui concerne dorénavant chacun d?entre nous, du plus humble au plus riche. L?histoire nous enseigne qu?une révolution chasse l?autre ... jusqu?à celle d?après, aucune n?ayant jamais changé durablement quoi que ce soit à un ordre établi dont il serait temps de prendre conscience et de tenir compte avec l?intelligence dont l?homme est censé être doté.

Visiter attentivement à ce sujet : http://claudec-abominablepyramidesociale.blogspot.com
Réponse de le 07/04/2013 à 20:22 :
L'égalité n'est pas un but en soi ! Car cela conduit à encourager l'inaction et la fainéantise. Il vaut mieux que les gens aient envie de participer à leur propre développement !
Réponse de le 19/04/2013 à 16:54 :
@ Claudec : gloubi boulga socialisant et relativiste non seulement trop long mais vide de sens et se contentant d'énumérer des lieux communs marxistes démontrés faux depuis leur naissance...
Réponse de le 20/04/2013 à 21:41 :
@ francisco
Que le propos vous dérange, vous n' êtes pas le seul.
Quant à ce qu'il énumère des lieux communs, je serais curieux que vous m'indiquiez les sociologues, économistes, ou autres experts des questions de pauvreté et d'inégalités traitant de la relation entre pauvreté (et inégalités) et démographie, ou plus simplement, traitant de la structure pyramidale de la société.
Pour ce qui est de la référence au marxisme et au socialisme, le texte est en effet trop long pour vous, car vous ne m'avez manifestement pas lu.

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