Accord de Paris  : l'Europe échoue à convaincre la Chine de faire un pied de nez à Donald Trump

Le sommet UE-Chine de cette semaine à Bruxelles n'aura pas permis d'opposer un front commun contre Washington. En revanche, les deux blocs resserrent le dialogue sur la concurrence.
Florence Autret
La commissaire Margarethe Verstager et son homologue He Lifeng ont signé un MoU sur la politique de la concurrence. Donald Tusk, Li Keqiang, Jean-Claude Juncker, eux, n'ont pas réussi à finaliser le communiqué sur le climat et le commerce.
La commissaire Margarethe Verstager et son homologue He Lifeng ont signé un MoU sur la politique de la concurrence. Donald Tusk, Li Keqiang, Jean-Claude Juncker, eux, n'ont pas réussi à finaliser le communiqué sur le climat et le commerce. (Crédits : DR)

Quel beau symbole eût été une déclaration EU-Chine rappelant leur engagement pour la protection du climat, quelques heures à peine après que le président américain eut dénoncé la participation de son pays à l'accord de Paris ! C'est raté. La Chine a refusé de se prêter au jeu. Vendredi, après plus de cinq heures de réunion, au lieu des deux prévues, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le président du Conseil Donald Tusk et le premier ministre chinois Li se sont certes prêtés à une conférence de presse commune. Mais de déclaration commune, nenni.

Blocage sur le statut de l'économie chinoise

En cause : les différends commerciaux qui continuent de dominer les relations entre les deux puissances économiques. La partie chinoise a en effet cherché à faire inscrire dans le communiqué final la reconnaissance de son statut d'économie de marché que les Européens ont refusé jusqu'à présent de lui accorder.

« Je préfère les réunions longues aux courtes », car elles permettent de « couvrir tous les sujets », avait tenu tenu à souligner Jean-Claude Juncker lors de la conférence de presse finale vendredi, alors que les journalistes n'avaient pas encore été informés de l'absence de communiqué.

Le protocole attaché au traité d'adhésion de la Chine à l'Organisation mondiale du Commerce prévoyait en effet qu'à la fin de l'année dernière la Chine, sous réserve qu'elle remplisse certains critères, se voie accorder le statut d'économie de marché. Un changement qui rendrait plus difficile d'infliger des droits anti-dumping. Divisés sur le degré d'ouverture qu'il convient de laisser aux produits chinois, les Européens se contentent pour l'instant de temporiser. Pour pallier le flou juridique actuel, la Commission européenne a lancé une réforme générale de la méthodologie de calcul des droits antidumping de façon à pouvoir les relever significativement, indépendamment du statut de l'exportateur. Elle est en cours d'examen au Parlement européen et par les ministres des Vingt-Huit.

 « Malgré l'opportunité d'une déclaration forte sur le climat en réaction à la décision de Donald Trump de se retirer de l'Accord de Paris, la Chine a décidé de mettre en avant ses intérêts en demandant à ce que la Statut d'Économie de Marché (SEM) lui soit reconnu. L'Union européenne a pourtant été claire: la Chine n'aura pas le SEM car il n'a plus lieu d'être », a expliqué vendredi le député européen (LR) Franck Proust.

Bruxelles déplore également le manque de réciprocité dans l'accès au marché chinois. « Nous voudrions voir nos entreprises moins restreintes dans leurs activités en Chine », a dit Jean-Claude Juncker. Un sujet qui est au centre de l'accord d'investissement sino-européen en négociation depuis 2014.

« Dialogue » sur le contrôle des aides d'Etat

S'il n'y a pas eu de « grand bond en avant » dans les relations UE-Chine, ce sommet n'en marque pas moins une étape, ne serait-ce qu'en raison de la relative publicité assurée aux discussions. Outre les négociations commerciales, Bruxelles et Pékin vont engager un « dialogue » sur les aides d'Etat, à l'image de celui existant depuis vingt ans avec les Etats-Unis, a annoncé la commissaire Margrethe Vestager après la signature d'un « Memorandum of Understanding » avec son homologue. La Chine vient en effet de se doter d'une nouvelle législation de contrôle de la concurrence, la « Fair Competition Review », qu'elle aimerait voir considérer comme la preuve et le socle de sa transformation en économie de marché, à l'instar de ce que ce type de législation a représenté pour les grandes économies occidentales.

Donald Tusk a estimé quant à lui qu'il venait d'assister « au sommet UE-Chine le plus prometteur de notre histoire ». « Le résultat le plus important de cette rencontre est que nous devons trouver ce que nous avons en commun », au lieu de nous focaliser sur ce qui nous divise, a-t-il ajouté.

Florence Autret

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Commentaires 4
à écrit le 05/06/2017 à 13:34
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Je ne supporte plus de voir Juncker ou Tusk discuter à notre place de traités internationaux. Entre un financier porteur de paradis fiscaux et un Polonais cheval de Troie des USA, comment peut-on défendre nos intérêts avec ces gens là . Ils ont fait ...

le 05/06/2017 à 21:34
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S'ils étaient les chevaux de Troie des USA ils n'auraient pas autant condamné la position de Trump sur le climat. Par contre que Marine le Pen et le FN soient le cheval de Troie de Poutine, là les preuves ne manquent pas depuis les financements, les ...

à écrit le 05/06/2017 à 13:09
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Qu'en est il du principe de réciprocité ? Ils sont difficiles en négociation et semblent avoir une stratégie de conquête plus que de partenariat, l’Europe est une cible. Il serait temps de faire un bilan au niveau Européen. On parle d'une une c...

à écrit le 05/06/2017 à 12:20
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Je trouve que les Chinois la joue fine ! Toujours d'accord avec tout le monde (un peu comme Macron), ils ont l'air de laisser les Occidentaux s'entre-déchirer pendant qu'ils tirent les marrons du feu :-)

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