Afghanistan : après l'Allemagne, le FMI coupe le robinet des aides

L'Afghanistan, un des pays les plus pauvres du monde, est étroitement dépendant de l'aide internationale qui représente 43% de son PIB et 50% de ses recettes fiscales. Parmi les pays donateurs, un certain nombre de pays occidentaux montrent leur méfiance et leur réticence à l'égard du nouveau pouvoir. Au FMI, qui compte 190 pays membres, on reste divisé sur la conduite à tenir.

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Chaque année, ce sont environ 7 milliards de dollars d'aide internationale bilatérales qui sont nécessaires au fonctionnement du pays.
Chaque année, ce sont environ 7 milliards de dollars d'aide internationale bilatérales qui sont nécessaires au fonctionnement du pays. (Crédits : Johannes Christo)

Avec le retour au pouvoir des taliban en Afghanistan, certains pays ont montré des signes d'ouverture tels que la Chine, la Russie, la Turquie et l'Iran, mais malgré les assurances de modération et d'amnistie générale des nouveaux dirigeants, dans un certain nombre de pays occidentaux, c'est surtout la méfiance qui prévaut. Les États-Unis, l'Allemagne, le Royaume-Uni, le Canada et la France notamment, ont montré leurs réticences et attendent de juger "sur les actes".

D'ores et déjà, le gouvernement allemand a annoncé le 17 août la suspension des aides au développement qu'elle versait habituellement à ce pays, l'un des plus pauvres de la planète. Chaque année, l'Allemagne verse environ 430 millions d'euros.

En attendant un consensus, le FMI suspend ses versements à venir

Hier mercredi, c'était au tour du Fonds monétaire international (FMI) d'annoncer qu'il suspendait également les aides en faveur de l'Afghanistan en raison de l'incertitude entourant le statut des dirigeants à Kaboul après la prise de contrôle du pays par les talibans, une décision qui reflète l'état d'esprit de la communauté internationale, dixit l'institution qui compte 190 pays membres, qui sont actuellement divisés sur le sujet de la conduite à tenir vis-à-vis du nouveau pouvoir en Afghanistan.

"Il y a actuellement un manque de clarté au sein de la communauté internationale concernant la reconnaissance d'un gouvernement en Afghanistan, en conséquence de quoi le pays ne peut pas accéder aux DTS (droits de tirage spéciaux, Ndlr) ou à d'autres ressources du FMI", a indiqué une porte-parole à l'AFP.

  • Facilité élargie de crédit (FEC): 105,6 millions de dollars pas versés

Dans le cadre d'un programme approuvé le 6 novembre 2020, le FMI devait verser une dernière tranche d'aide à Kaboul d'un montant total de 370 millions de dollars. Ce programme s'étalant sur 42 mois (trois ans et demi) avait donné lieu à un décaissement immédiat de 115 millions de dollars. Une seconde tranche d'aide d'un montant de 149,4 millions de dollars avait été versée début juin, à l'issue d'un premier examen de l'avancée du programme.

Il restait quelque 105,6 millions de dollars à verser dans le cadre de ce plan d'aide, accordé au titre de la facilité élargie de crédit dont l'objectif était de soutenir l'économie durement affectée par la pandémie de Covid-19.

Selon la nomenclature du FMI, la "facilité élargie de crédit" (FEC) est l'outil principal du Fonds en termes d'aide à moyen terme pour les pays à faible revenu affrontant des problèmes prolongés de balance des paiements. Un financement au titre de la FEC est assorti d'un taux d'intérêt nul, d'un délai de remboursement de cinq ans et demi et d'une échéance finale de dix ans.

  • Droits de tirages spéciaux (DTS): 340 millions de dollars en suspens

L'Afghanistan était censé recevoir également le 23 août prochain environ 340 millions de dollars de la part du FMI au titre de l'émission de nouveaux droits de tirages spéciaux (DTS) a indiqué le président de la Banque centrale afghane, Ajmal Ahmadi, qui a fui le pays dimanche: "Je ne sais pas si cette allocation se poursuivra", avait-il alors indiqué dans un tweet.

Pour rappel, les DTS ne sont pas une monnaie et n'ont pas d'existence matérielle. Leur valeur repose sur un panier de cinq grandes monnaies internationales: le dollar, l'euro, la livre, le renminbi ou yuan, et le yen. Et une fois émis, les DTS peuvent être utilisés soit en monnaie de réserve qui permet de stabiliser la valeur de la monnaie intérieure, soit convertis dans des monnaies plus fortes afin de financer des investissements.

L'Afghanistan, pour qui l'aide internationale est vitale, est un des pays les plus pauvres du monde. Chaque année, ce sont environ 7 milliards de dollars d'aide internationale bilatérales qui sont nécessaires au fonctionnement du pays. Selon une note de la Coface, en 2020, l'ensemble des dons internationaux représentent 43% du PIB afghan (19,81 milliards de dollars) et 50% des recettes fiscales.

Lire: 20 ans d'aide française à l'Afghanistan : grands discours, petite contribution

L'avenir des aides de la Banque mondiale encore flou

L'autre institution de Washington, la Banque mondiale mène une vingtaine de projets de développement en cours en Afghanistan et a fourni 5,3 milliards de dollars depuis 2002, principalement sous forme de subventions. L'avenir de ces programmes n'était pas clair mercredi alors que la Banque s'efforce d'extraire son personnel du pays.

Une note interne adressée au personnel de la Banque mondiale obtenue par l'AFP indique que "la direction travaille 24 heures sur 24 pour organiser une évacuation urgente de notre personnel et des membres de leur famille".

Western Union coupe temporairement les virements

Pendant ce temps, le spécialiste des mandats Western Union a annoncé qu'il coupait temporairement les virements vers l'Afghanistan, une autre source d'argent vitale pour la population. "L'une de nos priorités est la sécurité et le bien-être de nos clients et de nos partenaires qui sont en première ligne", a justifié la banque dans un tweet.

"En raison de la situation actuelle en Afghanistan et des contraintes pesant sur nos agents, nous avons suspendu temporairement d'autres transactions vers le pays", ajoute-t-elle, reconnaissant que cela est préjudiciable pour la population afghane.

Selon la Banque mondiale, ces transferts se sont élevés à près de 789 millions de dollars l'an passé. Une manne vitale pour les Afghans qui comptent sur les transferts d'argent envoyées par des membres de leurs familles vivant à l'étranger.

(avec AFP)

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Commentaires 6
à écrit le 21/08/2021 à 8:56
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l’Afghanistan ne peut pas avoir un vrai état , car toutes les richesses ont été dépouillés. Le temps est le temps des récoltes et non des aides pour un pays criblée de dettes et dépouillés de ses richesses personnelles.

à écrit le 20/08/2021 à 2:56
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Ils n'ont qu'une idée ,nous faire la peau , nous les mécréants .Qui va nous faire croire que l'on arme ces gens là ,pour nous faire ensuite la guerre ! Pourquoi les musulmans immensément riche du golfe n'investissent pas chez leur frère de religion ...

à écrit le 19/08/2021 à 23:50
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Le prix de la corruption qu'ils n'ont plus besoin de payer vu que le pouvoir ne sera plus à leur botte.

à écrit le 19/08/2021 à 22:31
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"L'Afghanistan, un des pays les plus pauvres du monde", obligé de cultiver de la drogue pour vivre un peu mieux, il ne faut être sorti de l'ENA pour comprendre ça.

à écrit le 19/08/2021 à 17:12
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Je n'ai jamais compris pourquoi les pays occidentaux "aidaient" les pays soi-disant pauvres comme l'Afghanistan ? Pour que la population de ces derniers augmente plus vite ? Et bien c'est réussi, depuis 1990, la population a été multipliée par 3,5. E...

à écrit le 19/08/2021 à 14:32
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Logique de transfert d'allocation financière, le pression migratoire illégale va coûter chère à l'occident... terre d'accueil des frères musulmans. Il faut bien financer la construction de nouveaux logements sociaux dans les ghettos pour "recev...

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