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ÉconomieInternational

Covid-19 : quatre signaux faibles à questionner pour le monde d'après

Ivan Capecchi

Publié le 25 avril 2020 à 16:39 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 22:38

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LE MONDE D'APRES. Tandis que tous les secteurs économiques sont ébranlés par la pandémie du coronavirus qui a stoppé net l'activité, des tendances s'affirment, d'autres voient le jour. La Tribune a résumé ces propositions de nouveaux modèles de société, d'organisation, financiers, industriels, environnementaux, ou de pensée. Deuxième revue de presse en France et dans le monde.

Le monde d'après aura un goût d'ancien monde

Le « monde d'après » sera-t-il vraiment différent de celui d'aujourd'hui ? A cette question, le professeur d'économie Dani Rodrik répond par la négative. Dans un article paru sur le site d'opinions et de débat Project Syndicate, il explique pourquoi il y a toutes les raisons de croire que le « Covid-19 pourrait bien ne rien changer ».

Selon cet universitaire turc qui enseigne à Harvard, cette crise, plutôt que « d'orienter le monde sur une trajectoire significativement nouvelle, intensifierait et consoliderait en réalité les tendances existantes ». En témoignent les réponses apportées pour tenter de juguler la pandémie qui, plutôt que d'annoncer un tournant dans la façon de voir le monde, reflètent en réalité les « caractéristiques dominantes du régime politique de chacun des États ». Il n'y a qu'à voir la réponse de la Chine, « typiquement chinoise », qui a appliqué une « censure des informations sur la prévalence du virus » ou encore « un degré élevé de contrôle social », avance le professeur, auteur notamment de « La mondialisation sur la sellette : plaidoyer pour une économie saine ».

Si les grandes tendances semblent donc se confirmer aujourd'hui, le seront-elles encore dans un avenir proche ? Dani Rodrik le pense. D'après lui, « il est possible que chacun observe dans la débâcle du Covid-19 une confirmation de sa propre vision du monde ». Il cite, par exemple, « ceux qui aspirent à davantage de gouvernance mondiale [et qui] affirmeront qu'un système de santé international plus solide aurait pu atténuer les coûts de la pandémie », tandis que les partisans d'un « État-nation plus fort pointeront du doigt les nombreux exemples dans lesquels l'OMS semble avoir mal organisé sa réponse à la crise ».

Autrement dit, en période de crise, chacun voit selon son propre prisme. Et pour résumer la pensée de cet expert en économie politique, alors que l'heure tourne, tout le monde semble pressé de retrouver l'ancien temps.

La pandémie fait courir un risque de dislocation sociale

C'est un scénario noir que dessine l'économiste spécialiste des inégalités et de la pauvreté Branko Milanovic. Dans un article paru sur le site du magazine spécialisé dans les relations internationales Foreign Affairs, repris par Courrier international, le professeur explique que « les conséquences de l'épidémie risquent de conduire à une désintégration sociale ».

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L'impact économique de cette pandémie, dont on ne connaît pas encore précisément l'ampleur, mais qui se fait déjà sentir dans de nombreux pays, pourrait inciter « ceux qui n'auront plus ni espoir, ni emploi, ni ressources », à se « retourner contre ceux qui sont mieux lotis ». À cet égard, l'économiste serbo-américain rappelle cette statistique : « Aux États-Unis, près de 30% de la population ne possède rien ou seulement des dettes. »

Si ces mêmes personnes tombent « dans le désespoir et la colère, alors il faudra peut-être s'habituer aux scènes de pillages observées après l'ouragan Katrina à la Nouvelle Orléans en 2005 ou à des évasions de prisonniers comme récemment en Italie », anticipe même Branko Milanovic. Plus encore, si les gouvernements font appel à « l'armée ou à des forces paramilitaires pour contenir des émeutes ou des atteintes aux biens, il est possible que les sociétés commencent à se déliter ».

Pour prévenir un tel risque, l'objectif de toute politique économique doit être de « maintenir des liens sociaux forts », selon cet expert qui a publié notamment « Inégalités mondiales. Le destin des classes moyennes, les ultra-riches et l'égalité des chances ».

Vers plus d'autosuffisance ?

Contrairement à l'auteur américain Zachary Karabell, qui pense que la crise sanitaire débouchera probablement sur une seconde phase de mondialisation, Branko Milanovic estime pour sa part que, si cette même crise venait à durer, elle pourrait signer la fin de la mondialisation. « Plus la crise dure, plus les obstacles à la libre circulation des biens, des personnes et des capitaux s'installeront et plus la situation finira par sembler normale », analyse le professeur, toujours dans son article publié sur le site de Foreign Affairs. Dans le même mouvement, « la peur d'une nouvelle épidémie pourrait inciter les États à miser sur l'autosuffisance ». Car, comme le résume Branko Milanovic, « moins vous êtes dépendant des autres, plus vous êtes protégé ».

La relance sera verte ou ne sera pas

La « lutte contre le changement climatique » doit être « au cœur du moteur économique » et le « temps de la mise en œuvre est venu ». À l'initiative de Pascal Canfin, président de la commission environnement au Parlement européen, un collectif de 180 personnalités politiques, chefs d'entreprise et dirigeants d'ONG ont lancé un appel pour une relance verte européenne, dans une tribune publiée le 14 avril par plusieurs journaux européens.

Après la blessure de la crise viendra le temps de la reconstruction,affirment les signataires. Avec lui, nous aurons l'opportunité de repenser nos sociétés. Il nous faudra développer un modèle de prospérité nouveau, compatible avec nos besoins et nos priorités. »

Et le moment est particulièrement propice à de tels changements car, comme le notent les auteurs de cette lettre ouverte, « le coût de la transition s'est massivement réduit », notamment dans le domaine des énergies renouvelables. Nous ne sommes plus, rappellent-ils, en 2009, où « l'énergie éolienne coûtait trois fois plus cher qu'aujourd'hui, le solaire sept fois plus ». « Le Covid-19, concluent les signataires, ne va pas chasser la crise climatique. Ces deux batailles, ne les opposons pas, mais gagnons-les ensemble. C'est cela qui nous rendra plus forts. »

Trois pistes pour rendre les systèmes de santé dans le monde plus résilients

Comment renforcer nos systèmes de santé, afin de mieux appréhender les crises futures ? C'est la question à laquelle tente de répondre Francesca Colombo, la chef de la division santé de l'OCDE, dans un article publié sur le site de l'organisation. La spécialiste propose trois pistes.

L'une consiste à « renforcer la coordination entre les pays ». L'idée, ici, est « d'accélérer le développement de diagnostics, de traitements et de vaccins ». Plusieurs options sont envisageables pour atteindre cet objectif. D'une part, maintenir l'effort de financement en matière de recherche et développement, observé notamment en France, où Emmanuel Macron a annoncé augmenter le budget qui lui est alloué de 5 milliards d'euros sur 10 ans. Deuxièmement, élaborer des « procédures accélérées », afin d'encourager une « mise sur le marché rapide » de nouveaux traitements et vaccins. Enfin, s'assurer que des engagements soient pris « pour garantir que ces produits soient disponibles à des prix abordables ».

Seconde piste de réflexion : « avoir des systèmes de santé adaptables ». « Le manque de toute capacité excédentaire peut rendre les pays vulnérables à une augmentation inattendue de la demande », fait remarquer Francesca Colombo. Tout l'enjeu réside donc dans l'aptitude, pour les pays, à mobiliser rapidement des « capacités de réserve », telles qu'une « armée de réserve de professionnels de la santé », des « équipements de protection individuelle », ou encore « le maintien de lits de soins qui pourraient être rapidement transformés en lits de soins aigus ».

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  • Covid-19: quatre signaux faibles du monde d'après

Dernière piste : le recours aux dossiers médicaux électroniques (DME), qui permettent « d'extraire des données de routine pour la surveillance des maladies en temps réel, les essais cliniques et la gestion du système de santé ». Seulement voilà : si certains pays, comme la Finlande, l'Estonie, Israël, le Danemark ou encore le Canada sont « bien préparés sur le plan technique et opérationnel à générer des informations à partir des DME », d'autres doivent encore travailler pour « lever les obstacles techniques et de gouvernance des données qui empêchent l'utilisation efficace de ces données ». Fin 2019, en France, plus de 8 millions de dossiers médicaux partagés (DMP) avaient été ouverts, représentant seulement près de 12% de la population, rappellent les chiffres de l'Assurance maladie. L'objectif étant d'en compter 40 millions d'ici 2022.

Ivan Capecchi

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