Covid-19: quatre signaux faibles du monde d'après
Ivan Capecchi

Photo d'illustration
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Second pays le plus touché par la pandémie de Covid-19 après l'Italie, l'Espagne travaille sur une série de mesures pour en limiter l'impact économique. Dans ce cadre, le gouvernement a récemment affiché sa volonté d'instaurer « dès que possible » un revenu universel pour aider les familles. Surtout, le pouvoir espagnol envisage de maintenir ce dispositif à la fin de l'épidémie, de manière à ce qu'il « reste pour toujours, devienne un instrument structurel, un instrument permanent », a fait savoir Nadia Calvino, la ministre de l'Économie. Ce faisant, l'Espagne rendrait concret une proposition souvent évoquée, mais toujours reportée, à l'échelle européenne. En ce début d'année, la présidente de la Commission avait toutefois relancé l'idée d'un Smic européen, en ouvrant une consultation sur le sujet auprès des partenaires sociaux.
Le crise sanitaire en cours jette une lumière crue sur le niveau de congestion de nos sociétés. Les rues désertes, conséquence des mesures de confinement, rappellent à quel point elles sont embouteillées d'ordinaire. La tension du service hospitalier révèle son niveau de saturation. L'effondrement du trafic aéronautique évoque, lui, les vestiges du tourisme de masse.
Comment, dès lors, limiter l'encombrement du monde, une fois sorti de la crise ? Dans un article paru sur le site The Conversation et La Tribune, le professeur d'économie François Lévêque évoque plusieurs idées, dont la mise en place de taxes. « De façon générale, lorsque le coût de l'encombrement l'emporte marginalement sur le bénéfice du rassemblement, il convient de limiter l'usage du service encombré en imposant un tarif d'accès », développe François Lévêque.
Cette solution a toutefois des limites. Tenter d'enrayer le tourisme de masse comme l'a fait Venise en instaurant une taxe pour les visiteurs, peut être vu comme une décision « élitiste », pour reprendre les mots du professeur.
« L'analyse économique de l'encombrement, poursuit-il, va donc devoir se renouveler, être plus inventive dans l'approfondissement, la mise au point et l'expérimentation des solutions, en particulier autres que le prix. » Les nouvelles technologies et le numérique, qui permettent par exemple de « substituer en partie la présence physique par une présence électronique », peuvent constituer une piste de réflexion.
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....et un rapport à la ville repensé
. Selon eux, l'accélération du
« processus d'urbanisation du monde », couplée à nos envies de nature au sein même de villes saturées, sont des bombes à retardement.
« Plus les villes sont grandes, plus la nature recule, plus des espèces sauvages sont contraintes de vivre en milieu urbain, plus nos univers sont connectés, plus vite les vecteurs de propagation agissent », résument les deux auteurs. Et de prendre pour exemple le virus Ébola, qui a été maîtrisé, précisément,
« car il se propageait loin des villes ».
« Si Ébola atteignait une grande unité urbaine,écrivent Didier Sicard et Jean-Christophe Fromantin,
il est probable qu'il déclencherait une immense catastrophe sanitaire. »Pour le scientifique et l'homme politique, il est donc urgent de
« changer la relation qui nous lie à la nature ». Car, disent-ils,
« mettre la nature en ville est une promesse dangereuse ».
Et si, plutôt que de mettre un coup d'arrêt à la mondialisation, la crise sanitaire en cours signait son renouveau ? C'est la conviction de l'auteur américain Zachary Karabell, développée dans un article paru sur le site du Wall Street Journal. Selon lui, la fermeture des frontières, réclamée de longue date par les nationalistes, et à laquelle on assiste dans le but d'endiguer la propagation du virus, n'est qu'un trompe-l'oeil parmi d'autres. Loin de signer la mort de la mondialisation, la crise sanitaire marquerait au contraire l'ouverture d'une seconde phase. De nombreux signaux nous le montrent déjà. Parmi eux, la course internationale pour la recherche d'un traitement efficace montre que « le meilleur vaccin contre une future pandémie sera la coopération transnationale », argumente l'auteur. « La mondialisation est morte. Vive la mondialisation », conclut Zachary Karabell.
915 milliards d'euros pour le Japon, 2.200 milliards outre-Atlantique, 5.000 milliards de la part des pays membres du G20... Les Etats auraient-ils mis les aides aux entreprises aux enchères ? En cette période de pandémie, gouvernements et banques centrales rivalisent d'annonces chiffrées pour afficher leur détermination à enrayer la crise.
« Faut-il se résoudre à annoncer des politiques non-chiffrées? », interroge alors le professeur d'économie Charles Wyplosz, dans un article publié sur le site de l'agence Telos, qui regroupe universitaires et professionnels. Selon lui, « il est tout bonnement impossible de procéder de la manière habituelle », durant une période caractérisée par son incertitude et où les « chiffres se révèlent rapidement être dépassés » par la situation elle-même, qui demande des réajustements quasi quotidiens.
Partant de ce constat, Charles Wyplosz en appelle à l'humilité des dirigeants, et leur demande d'arrêter de « tout chiffrer en temps réel ». Plutôt que d'avoir l'oeil rivé sur la calculette, nos responsables feraient mieux de concentrer leurs efforts pour penser l'après car, de toute façon, « les coûts seront ce qu'ils seront » et la « facture [...] sera gigantesque ». De plus, explique le professeur, « penser dès maintenant à l'ajustement futur a l'avantage d'éclairer les décisions en cours face à l'épidémie. »
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