Deux pétroliers ciblés dans le golfe d'Oman : Washington accuse Téhéran

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(Crédits : Tasnim News Agency)
Deux pétroliers ont été jeudi la cible d'attaques dans le golfe d'Oman, laissant craindre une nouvelle confrontation entre l'Iran et les Etats-Unis, qui ont imputé ces actes à Téhéran. La diplomatie iranienne accuse ce vendredi Washington de "sabotage diplomatique".

La situation reste confuse en mer d'Oman. Deux pétroliers, norvégien et japonais, ont été attaqués jeudi dans le golfe d'Oman, près du détroit d'Ormuz et des dizaines de marins ont du être évacués. Les Etats-Unis accusent aujourd'hui l'Iran d'être responsable de ces attaques, laissant craindre une nouvelle confrontation entre Washington et Téhéran, qui a rejeté les accusations américaines.

Dans la soirée de jeudi, l'armée américaine a diffusé une vidéo montrant, selon elle, une patrouille des Gardiens de la Révolution islamique (GRI), le corps d'élite de l'armée iranienne, retirant une mine-ventouse qui n'avait pas explosé sur une paroi de l'un des deux tankers attaqués. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a aussitôt réagi, fustigeant des accusations "sans fondement" et accusant Washington de "sabotage diplomatique".

« Bien sûr, accuser l'Iran d'être responsable de ces malheureux incidents est la méthode la plus simple et la plus commode pour Pompeo (le secrétaire d'Etat américain) et pour les autres responsables américains. Ces accusations sont alarmantes », déclare le porte-parole du ministère, Abbas Moussavi, dans ce communiqué.

Flambée du cours du Brut de 4,5%

Une personne au fait du dossier a assuré à Reuters qu'aucune torpille n'avait été utilisée contre les deux pétroliers en question. L'équipage de l'un des pétroliers visés a abandonné le navire après avoir repéré ce qui semblait être une mine-ventouse fixée au bâtiment, a dit d'autre part un responsable américain à Reuters, sous le sceau de l'anonymat.

Les incidents ont provoqué une forte hausse des cours du brut, qui ont terminé en nette hausse sur le marché new-yorkais Nymex.

Le contrat juin sur le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) a gagné 1,14 dollar, soit 2,23%, à 52,28 dollars le baril. Il a pris en séance jusqu'à 4,5% pour monter à 53,45 dollars. Au moment de la clôture du Nymex, le Brent prenait 1,37 dollar (+2,28%) à 61,34 dollars, après un pic à 62,64 dollars en séance.

Ne pas dresser de conclusions à la hâte

Un cinquième de la demande mondiale de pétrole transite par le détroit d'Ormuz, où quatre navires de commerce ont déjà été le 12 mai les cibles "d'actes de sabotage" que les Etats-Unis ont attribués à l'Iran. Washington a également accusé sans équivoque Téhéran d'être responsable de ces nouveaux incidents.

« Cette conclusion s'appuie sur des renseignements, sur les armes utilisées, sur le niveau de savoir-faire nécessaire pour mener à bien l'opération, sur les attaques iraniennes analogues et récentes contre la marine marchande, et sur le fait qu'aucune organisation à la solde d'une puissance, dans la région, ne dispose des ressources et de l'efficacité requises pour passer à l'acte avec un tel degré de complexité », a ajouté le chef du département d'Etat américain, Mike Pompeo, à la presse.

Des représentants de services de sécurité européens et américains, de même que des analystes, ont toutefois estimé qu'il ne fallait pas dresser de conclusions à la hâte, n'écartant pas l'hypothèse que l'Iran ne soit pas responsable des incidents.

L'Arabie saoudite a déclaré elle aussi penser, à l'instar de Mike Pompeo, que l'Iran était responsable des dernières attaques. "Nous n'avons pas de raison d'être en désaccord avec le secrétaire d'Etat. Nous sommes du même avis que lui", a estimé le chef de la diplomatie saoudienne, Adel al Djoubeïr. "L'Iran est coutumier de ce genre d'actes", a-t-il ajouté.

Climat tendu autour du nucléaire iranien

Les tensions entre l'Iran et les Etats-Unis ainsi que certains de leurs alliés, comme l'Arabie saoudite, se sont amplifiées depuis que le président américain Donald Trump a dénoncé l'an dernier l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien et rétabli des sanctions visant à réduire à néant les exportations de brut de l'Iran. Washington a aussi annoncé le mois dernier l'envoi de troupes supplémentaires au Moyen-Orient en disant craindre des attaques iraniennes contre ses intérêts ou ceux de ses alliés dans la région.

L'Iran, qui avait aussi démenti être responsable des attaques du 12 mai, a averti ces derniers mois qu'il pourrait bloquer le détroit d'Ormuz s'il ne pouvait commercialiser son pétrole du fait des sanctions américaines.

Le propriétaire du Kokuka Courageous a indiqué jeudi que le navire avait été attaqué à deux reprises en l'espace de trois heures et qu'un incendie s'était déclaré dans la salle des machines. Son armateur, Bernhard Schulte Shipmanagement, a publié un communiqué indiquant que les 21 membres d'équipage avaient quitté le bâtiment à bord d'un canot de sauvetage avant d'être repêchés par le Costal Ace, un navire néerlandais, qui les a remis à la marine américaine.

Une guerre avec l'Iran « n'est pas dans notre intérêt stratégique »

L'équipage du Front Altair était constitué de onze Russes, onze Philippins et un Géorgien. Ils ont été récupérés par un cargo, le Hyundai Dubai, avant d'être transbordés sur un navireiranien qui les a débarqués au port de Bandar Abbas.

CPC, son armateur taiwanais, dit penser que le pétrolier, qui transportait 75.000 tonnes de naphte, a été touché par une torpille vers 04h00 GMT.

S'exprimant lors d'une réunion du Conseil de sécurité de l'Onu consacrée à la coopération entre les Nations unies et la Ligue arabe, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a déclaré que le monde ne pouvait pas se permettre « une confrontation majeure dans la région du Golfe ». A la demande des Etats-Unis, le Conseil de sécurité a discuté à huis clos de la question de la sécurité maritime dans la région. Washington et Téhéran ont tous les deux déclaré à plusieurs reprises vouloir éviter un conflit.

Dans un communiqué diffusé jeudi soir, le Commandement central américain a déclaré que les Etats-Unis n'avaient « aucun intérêt à engager un nouveau conflit au Moyen-Orient. Nous défendrons nos intérêts, mais une guerre avec l'Iran n'est pas dans notre intérêt stratégique, ni dans le meilleur intérêt de la communauté internationale ».

Le président iranien Hassan Rohani a déclaré mercredi que son pays n'initierait « jamais une guerre », mais répondrait avec la plus grande fermeté à toute agression.

En visite à Téhéran, le Premier ministre japonais Shinzo Abe a remis un message de Donald Trump au guide suprême de la Révolution islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, lequel a dit ne pas vouloir renouveler "l'amère expérience" de négociations avec les Etats-Unis.

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Commentaires
a écrit le 15/06/2019 à 0:24 :
Les iraniens n'ont aucun intérêt à attaquer un pétrolier, l'oncle Sam est déjà suffisamment menaçant avec l'Iran, et surtout est très,très susceptible dés qu'il s'agit de pétrole. Les russes et les chinois sont militairement suffisamment puissants pour pouvoir se permettre un incident isolé de ce type, les usa ne déclencheraient pas un affrontement armé à la légère avec ces pays. Mais l'Iran, c'est autre-chose, les USA sont capables de neutraliser les capacités de l'armée iranienne en deux semaines de bombardements intensifs. Alors je vois mal l'Iran offrir aux USA un prétexte pour une intervention militaire sur un plateau.
Ce n'est pas crédible.
a écrit le 14/06/2019 à 18:46 :
Un bateau de patrouille Iranien qui vient déminer un pétrolier, en plein jour et sous les caméra US.

On se demande alors pourquoi les images sont floutées.

Etant donné le passé américain en matière de mensonge éhonté, le besoin désespéré de l'extrême droite israélienne de garder le pouvoir, les postures arabes (hors Katar), on se dit qu'une guerre contre l'Iran les arrangerait beaucoup et qu'ils ont le profil de manipulateurs patentés.

Et cela inclut le lobby militaire et pétrolier qui a pris le contrôle de moumoute blonde et qui adorerait refaire le coup de l'Irak, avec ses contrats mirifiques sur les fournitures militaires et de mercenaires. Jusqu'à Trump lui-même, qui en bon président républicain se doit de déclencher SA guerre.
a écrit le 14/06/2019 à 15:43 :
"Washington et ses nervis occidentaux, notamment français, vous en sortiront d'autres"

ET du coup vous êtes quoi vous en fait ? :-)
a écrit le 14/06/2019 à 15:36 :
Un peu de recul journalistique serait bienvenu.... Manque plus que Powell avec sa petite fiole à l'ONU est nous serons en plein remake mortel
a écrit le 14/06/2019 à 14:45 :
... Washington et ses nervis occidentaux, notamment français, vous en sortiront d'autres. Il est tout de même curieux de constater que c'est depuis que les ricains sillonnent la mer d'Oman que des actes terroristes y sont perpétrés. Bah ! Faut pas s'en étonner de la part du premier état terroriste du monde qui n'en est certes pas à son coup d'essai. Les Iraniens, qui sont maîtres chez eux (contrairement à certains états européens qui sont les pitoyables nervis des usa) n'ont jamais agressés d'Occidentaux. Contrairement aux ricains qui ont l'habitude de fomenter des révoltes, des conflits et de commettre des actes terroristes partout dans le monde. Le vrai danger pour le monde, ce ne sont ni les Iraniens, ni les Russes, ni les Chinois. ce sont les usa et leurs serviles exécuteurs de basses oeuvres, fussent-ils franchouillards.
Réponse de le 14/06/2019 à 15:43 :
"Washington et ses nervis occidentaux, notamment français, vous en sortiront d'autres" ET du coup vous êtes quoi vous en fait ? :-)
a écrit le 14/06/2019 à 14:36 :
Pompeo a raison, il faut au pays attaquant ces nanvires une solide compétence, ; les Usa répondent très bien à ce casde figure . Et eux, ils ont un motif : porter la guerre .
a écrit le 14/06/2019 à 13:10 :
Plus c'est gros, plus ça passe. Avec la complicité ou l'absence de curiosité de certains médias. Comment croire les versions "officielles"? Après les "incidents du golfe du Tonkin (Aout 1964) qui n'ont jamais eu lieu, mais qui ont servi d'excuses au USA pour attaquer le Nord Vietnam. Après les "armes de destruction massives" soit disant détenues par l'Irak. Armes qui n'existaient pas, ce qui n'a pas empêché les américains et certains "alliés" de détruire l'Irak.
Comment peut ont croire aux "mines ventouses"? L'attaque de l'Iran, c'est la suite logique du plan américain. Cette fois, cela passera par un premier conflit entre l'Iran et l'allié indéfectible* des USA, l’Arabie Saoudite. La cavalerie américaine arrivera en renfort pour sauver les bons "pionniers" saoudiens. Scénario écrit au millimètre.
*Pour ceux que cela intéresse, reportez-vous au pacte dit "du Quincy" (février 1945). C'est à cette occasion que les américains ont redessiné la carte économique et politique de la région, en s'appuyant sur l'Arabie Saoudite, au détriment des français, mais surtout des britanniques.
a écrit le 14/06/2019 à 13:08 :
Cela ressemble ( très ) étrangement aux fameux incidents "du Golfe-du-Tonkin" en 1964, orchestrés par la CIA. Les Américains devraient se souvenir que 11 ans plus tard, leurs hélicoptères évacuaient les personnels du toit de l'ambassade US à Saïgon avant l'arrivée des VietCongs !
a écrit le 14/06/2019 à 12:24 :
Pratiquement tous les médias font état de deux pétroliers alors qu'il n'y en a qu'un seul, le Front Altair, un tanker propriété du groupe norvégien Frontline, le second navire est un méthanier, le Kokuka courageous.
a écrit le 14/06/2019 à 10:56 :
Je n’aimerais pas que les États-Unis aient préparé un autre incident comme celui de nombreuses années dans le golfe du Tonkin, qui a abouti à la guerre du Vietnam
a écrit le 14/06/2019 à 10:41 :
C'est comme les pseudos "armes de destruction massive en Iraq".
.
Les médias devraient chercher la vérité au lieu de relayer la propagande.
.
a écrit le 14/06/2019 à 10:14 :
...On sait ce que valent les renseignements de l'armée américaine depuis les explications de Colin Powell qui ont conduit à la guerre d'Irak. Les mêmes manipulations produisant les mêmes effets, la guerre en Iran est sur de bons rails, mais l'Iran n'est pas l'Irak. Les conséquences en seront décuplées. Un futur Vietnam pour les US, une récession mondiale colossale et la possibilité de dégâts incommensurables.
a écrit le 14/06/2019 à 9:36 :
L'avantage avec ces régimes théologiques brutaux, dictatures avérées symboles de pouvoir rigides qui n'évoluent jamais, c'est qu'ils tombent tout seuls dans les pièges qu'ils conçoivent eux-mêmes car bien trop sûr d'eux pour de bien trop mauvaises raisons.

Ne rigolons pas, nous autres européens bardés de dirigeants politiques et économiques complètement aliénés par leurs cupidités nous nous y dirigeons...

Faut voir comment les anglais et les italiens manipulent l'UE, avec le petit doigt seulement...
Réponse de le 14/06/2019 à 10:22 :
...qui veut noyer son chien l'accuse de la rage...les US savent bien faire....mentir.
Remember Colin Powell!
Quoiqu'on pense de l'Iran et de son régime politique, c'est un pays souverain.
L'ingérence des US est comme d'habitude l'expression de leur impérialisme.
Réponse de le 14/06/2019 à 12:55 :
"Quoiqu'on pense de l'Iran et de son régime politique, c'est un pays souverain"

Exactement et c'est bien pour cela qu'il a endormi aussi facilement l'Union Européenne totalement dénuée de pouvoir politique et donc de souveraineté.

Ensuite je me rends compte cher ami que depuis que Trump est au pouvoir nous connaissons beaucoup moins d'attentats.
Réponse de le 14/06/2019 à 17:06 :
"Faut voir comment les anglais et les italiens manipulent l'UE, avec le petit doigt seulement..."

Ah bon et comment, n' est ce pas l' amérique qui marque sont protectorat sur l' UE qui file comme un toutou ...?

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