Trump menace de 200 % de droits de douane les vins et spiritueux français et européens
latribune.fr
La Fédération française des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) demande aux autorités françaises d'« intervenir en urgence » auprès de Bruxelles.
Eric Gaillard
Trump menace de 200 % de droits de douane les vins et spiritueux français et européens
Le président américain menace d'« imposer des droits de douane de 200% sur tous les vins, champagnes et produits alcoolisés venant de France et d'autre pays de l'UE », si les taxes douanières européennes « ne sont pas retirés immédiatement »
[Article publié le 13 mars 2025 à 8 h 11, mis à jour à 16 h 22]
La filière des vins et spiritueux retient son souffle. Et pour cause, ce jeudi, Donald Trump a menacé la France et l'Union européenne d'imposer des droits de douane à 200 % sur leurs champagnes, vins et autres alcools. Une menace, formulée sur son réseau social Truth et qu'il mettra à exécution si les nouveaux tarifs douaniers de l'UE de 50 % sur les alcools américains, notamment le bourbon et les vins californiens « ne sont pas retirés immédiatement ».
En effet, l'UE avait annoncé, la veille, qu'elle allait taxer fortement ces produits, dès le 1ᵉʳ avril, en réponse aux 25 % de droits de douane américains supplémentaires sur l'acier et l'aluminium.
Réagissant à l'annonce de Donald Trump, le ministre français du Commerce extérieur, Laurent Saint-Martin, a déclaré sur X que « la France rest[ait] déterminée à riposter avec la Commission européenne et nos partenaires ». « Donald Trump lance la surenchère dans la guerre commerciale qu'il a choisi de déclencher. Nous ne céderons pas aux menaces et protégerons toujours nos filières », a écrit le ministre sur le réseau social.
Les producteurs français et européens en colère
Mais du côté des exportateurs de vins et spiritueux français, on reproche à l'UE sa décision de s'en prendre à l'alcool américain. Car les États-Unis représentent le premier marché d'exportation pour les vins et spiritueux français. En 2024, les ventes françaises y ont progressé de 5 %, atteignant 3,8 milliards d'euros, notamment grâce au cognac et aux vins.
Nous en avons « assez d'être sacrifiés systématiquement », a réagi ce jeudi Nicolas Ozanam, le directeur général de leur fédération (FEVS). « Cela vient confirmer ce que l'on craignait : en avançant des dispositions de ce genre (sur le bourbon américain, NDLR), on se mettait dans la cible directe du président des États-Unis », a-t-il dit à l'AFP. « On en a assez d'être sacrifié systématiquement pour des sujets sans rapport avec les nôtres », a-t-il ajouté, demandant à ce « que la Commission européenne fasse preuve de réalisme ».
Newsletter
L’Alerte La Tribune
Alertes en temps réel sur les informations économiques majeures.
Mercredi, la Fédération française des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS) avait, de son côté, demandé aux autorités françaises d'« intervenir en urgence » auprès de Bruxelles pour qu'elle « ajuste » la liste des produits visés par les contre-mesures sur l'acier et l'aluminium, en retirant les vins et spiritueux américains. La FEVS exhorte ainsi l'UE et les États-Unis à « privilégier le dialogue bilatéral » pour préserver une relation commerciale essentielle.
Le lobby européen des spiritueux, Spirits Europe, a appelé ce jeudi les Etats-Unis et l'UE à « arrêter de se servir » du secteur « comme monnaie d'échange ».
Spirits Europe s'était dit « profondément déçu » et « extrêmement préoccupé » par la décision de l'UE, dénonçant des taxes imposées « dans le cadre d'une guerre sur l'acier et l'aluminium sans aucun lien avec notre secteur ». « S'ils sont appliqués dès le 1ᵉʳ avril, ces droits auront un impact terriblement dommageable sur les entreprises européennes produisant des spiritueux américains, sur les sociétés américaines fortement investies en Europe et sur toute la chaîne de valeur. Ils mettront en péril de nombreux emplois, y compris en zones agricoles », avait prévenu l'organisation dans un communiqué.
« Les secteurs américain et européen des spiritueux restent unis dans leur engagement à maintenir un commerce transatlantique libre de droits », avait encore déclaré Pauline Bastidon, directrice chargée du commerce pour Spirits Europe.
Pour rappel, un accord commercial de 1997 avait éliminé des barrières douanières, permettant une envolée des échanges de 450 % jusqu'en 2018, avant que l'administration Trump ne déclenche sa première guerre commerciale.
Un secteur déjà fragilisé par des mesures de rétorsion chinoises
Déjà fragilisé en 2024 par l'enquête anti-dumping chinoise visant les eaux-de-vie de vin européennes - dont le cognac et l'armagnac -, le secteur doit faire face à une baisse de 25 % des exportations vers la zone Chine/Hong Kong/Singapour.
« Cette annonce de Bruxelles, note Spirits Europe, intervient à un moment particulièrement difficile pour les spiritueux, dans un contexte de tensions géopolitiques et de ralentissement sur de nombreux marchés clés ».