En Inde, la forêt est une mine d'or trompeuse

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La sauvegarde des forêts en Inde est un défi pleinement quotidien.
La sauvegarde des forêts en Inde est un défi pleinement quotidien. (Crédits : EPA/STR)
Le gouvernement indien a pour la première fois évalué la superficie forestière totale de l'Inde à 1.700 milliards de dollars. Une estimation économique savamment médiatisée qui en dit long sur une politique environnementale qui n'en a que le nom.

Il aura fallu attendre trois ans et une étude révélée par le gouvernement indien pour découvrir l'immense potentiel du parc forestier de l'Inde. Avec une valeur dépassant les PIB du Canada, de la Corée du Sud ou encore de la Russie, la forêt indienne semble bien être un atout majeur dans le développement économique du pays le plus peuplé au monde après la Chine.

Une ressource forestière inépuisable

L'Inde a une superficie forestière totale de 69,7 milliards d'ares, elle figure parmi les dix pays les plus boisés du monde. Depuis 1980, le gouvernement indien a autorisé l'utilisation de 1,29 million d'hectares à des fins d'exploitation industrielle. Le bois d'oeuvre est en effet une source importante de capital pour ce pays qui à travers le commerce du bois obtient des devises et échange des droits de concession contre des infrastructures matérielles. L'exploitation du capital forestier indien est donc un formidable atout pour se doter de capacités industrielles et agricoles.

Par ailleurs, les populations rurales indiennes ont développé un commerce florissant de produits forestiers "secondaires" : huiles, charbon de bois, résines, ou encore soie. Ces produits forestiers leur assurent un revenu monétaire non négligeable.

La politique industrielle et agricole pousse à la déforestation

Si officiellement la forêt indienne progresse (la surface au regard de l'ensemble du territoire serait passée de 19,4% à 21,2% entre 1991 et 2013), le bilan forestier tend en réalité à se dégrader, selon une étude de l'ambassade de France en Inde. Le gouvernement indien retient en effet une définition de la forêt très large qui intègre les plantations d'arbres à des fins agricoles (palmiers, manguiers etc). Les autorités indiennes surévalueraient donc le couvert forestier de l'ordre de 8,8 milliards d'ares.

En parallèle, l'Inde connaît un profond appauvrissement des forêts naturelles du fait de la croissance de la population qui recherche logiquement pour vivre des terres exploitables. Cette déforestation "urbaine" se trouve en fait statistiquement compensée par le développement rapide de forêts agricoles loin des centres urbains. L'Inde s'est donc engagée dans un chassé-croisé de déforestation et de reboisement qui n'indique rien de bon quant à l'équilibre écologique du pays.

Un reboisement très relatif

Cette stratégie dangereuse a d'ailleurs été relancée par un projet de loi en mai dernier du gouvernement de Narenda Modi (actuel Premier ministre de l'Inde). La loi prévoit d'augmenter la surface de la forêt par rapport à la surface totale du pays de 21,34%, actuellement à 33%. Le plan, très ambitieux, est chiffré à 6,2 milliards de dollars et serait financé grâce aux impôts que chaque société doit verser à l'Etat dès lors qu'elle entreprend une activité industrielle qui touche la forêt.

Mais les experts indiens sont très sceptiques quant à l'utilisation concrète de ces fonds. L'opération de reboisement aura-t-elle pour conséquence d'expulser des populations? A-t-elle pour objectif de servir l'industrie du pays? Ramamurthi, un scientifique membre de l'ONG Environs Trust affirme "qu'il est difficile de savoir comment le gouvernement développera ces nouvelles forêts".

A défaut de mettre en oeuvre une véritable politique environnementale de reboisement, le gouvernement indien joue donc pour l'instant avec les mots. Mais jusqu'à quand ?

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a écrit le 14/08/2016 à 13:40 :
"qui intègre les plantations d'arbres à des fins agricoles (palmiers, manguiers etc)"
En quoi ces arbres sont ils différents des autres? Sont ils en plastique, n'absorbent ils pas du CO2, n'utilisent ils pas la photosynthèse?
Réponse de le 14/08/2016 à 15:48 :
Il suffit d'aller en Indonésie ou même en France dans des plantations à croissance rapide pour la papeterie etc pour voir l'impact de l'absence de biodiversité de la flore et de la faune y compris sur les sols, l'eau et en cas de maladie épidémique. On appauvrit la nature et l'impact est considérable sur l'ensemble dont sols et eaux. Même en Suède les exploitations intensives de bois ont un impact défavorable. Ce n'est donc pas seulement un problème de CO2 et les forêts originelles captent d'ailleurs plus de CO2 grâce aux diverses accumulations, plus actions de la faune et flore dans les sols.
a écrit le 12/08/2016 à 18:01 :
Les indiens devraient d'autant plus se préoccuper de leurs forêts que la qualité des eaux est plus que déplorable. Affaire aussi de croyances religieuses à faire évoluer.
a écrit le 12/08/2016 à 17:40 :
"69,7 milliards d'ares" ça fait donc 697 millions d'hectares, plus habituel comme unité.
Réponse de le 13/08/2016 à 4:47 :
Pas quand on reprend des communiquées de tel ou tel organisme américain.
Cet article a tout l'air d'être une mauvaise traduction d'un rapport américain.
Après, j'apprécierais que l'on cesse de critiquer les pays étrangers pour les paille dans leurs yeux et que l'on s'occupe des poutres dans l’œil de la république bananière française.
Pour rappel puisque l'on veux parler de biais statistique dans la comptabilisation des forêts indienne comment es-ce en France? Vous voulez comparer avec la qualité de nos statistiques du chomage ou de la délinquance?
On parles des biais entre inflation (Sous évaluée grâces au changements de méthode) et croissance (Négative avec les anciens calculs d'inflation?
Amusons nous l'heure est à la critique.
a écrit le 12/08/2016 à 15:06 :
Quand on sait que dans les comptes offshore il y a 30000 milliards de dollars 1700 milliards c'est au final très peu, on ne peut donc que craindre le pire, puisque les néolibéraux ne nous ont habitués qu'à cela jusqu'à ce jour.

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