En proie à une inflation incontrôlable, la Russie augmente son taux à 19%
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La hausse des prix a atteint en août 9,05% sur un an en Russie, selon des chiffres officiels.
Valeriy Sharifulin
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La hausse des prix a atteint en août 9,05% sur un an en Russie, selon des chiffres officiels.
Valeriy Sharifulin
Alors que la Banque centrale européenne a effectué une deuxième baisse de ses taux directeurs jeudi, qui atteignent à présent une fourchette entre 3,5% et 3,90%, son homologue russe en est encore à les remonter. Ce vendredi, la Banque centrale russe (BCR) a annoncé relever son taux directeur d'un point de pourcentage, à 19%.
Pour rappel, le taux directeur avait déjà été relevé fin juillet de 16% à 18%, au moment où l'inflation atteignait sur ce mois-là 9,13%, son niveau le plus élevé depuis février 2023, bien au-dessus de l'objectif officiel de 4% affiché par les autorités.
La hausse des prix a atteint en août 9,05% sur un an, selon des chiffres officiels. La directrice de la BCR, Elvira Nabioullina, répète vouloir tout faire pour parvenir à une baisse durable de l'inflation. Cette dernière plombe le pouvoir d'achat des Russes, déjà touchés par les effets des sanctions occidentales.
L'institution monétaire a dit vendredi désormais s'attendre « probablement » à une inflation supérieure à « 6,5-7% » en fin d'année, alors que « le marché du travail reste tendu », touché par des pénuries de main-d'œuvre dans de nombreux secteurs à cause du départ au front ou à l'étranger de centaines de milliers d'hommes.
L'explosion des dépenses publiques, liées aux commandes dans le complexe militaro-industriel pour équiper l'armée en Ukraine, alimente depuis plusieurs mois un cycle de salaires et de dépenses des ménages à la hausse.
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Les autorités ont dépensé des milliards d'euros pour l'armée, les soldats, leurs familles et auprès des entreprises d'armements. Des investissements lourds qui ont toutefois permis jusque-là de limiter les effets des sanctions occidentales qui visaient à l'étrangler financièrement. Le budget de la Défense et de la sécurité dans son ensemble s'élève cette année à « environ 8,7% » du PIB, soit son niveau le plus haut depuis l'époque soviétique, d'après Vladimir Poutine. Mais les sanctions imposées sur les technologies occidentales ont également affecté la productivité et déréglé les chaînes d'approvisionnement.
De nombreux dirigeants d'entreprises se sont eux émus ces derniers mois du coût des emprunts bancaires, et donc, des investissements, freinant à leurs yeux la croissance notamment dans les secteurs déconnectés de l'armée.
Certains observateurs anticipent, à moyen terme, un scénario de stagflation (lorsque l'économie souffre d'une forte inflation et d'une croissance très faible). Les autorités russes évoquent, de leur côté, une hausse du PIB de 3,9% pour 2024, avant de décélérer légèrement en 2025 et 2026.
« La pénurie (de main-d'œuvre) peut conduire à une situation où la croissance économique ralentit, malgré tous les efforts déployés pour stimuler la demande, et où tous ces stimuli accélèrent l'inflation », a mis en garde en juillet la directrice de la BCR, Elvira Nabioullina.
La Banque centrale a déjà reconnu observer des « signes de ralentissement de l'activité ». Pour Maxime Bouev, de la Nouvelle Ecole d'Economie de Moscou, la Russie se retrouve coincée dans « un cercle vicieux d'inflation et de keynésianisme militaire : les mesures de relance sont destinées à la guerre, tandis que le reste de l'économie subit une hausse des prix ». « L'économie se dégrade, elle se 'dé-modernise' », déplore Vladislav Inozemtsev, cofondateur du Centre pour l'analyse et les stratégies en Europe, un centre de réflexion axé sur la Russie.
Pour ces experts interrogés, le système n'est pas viable sur le long terme, mais il ne provoque pas non plus de limitation des capacités militaires de la Russie. Sergueï Alexachenko, un ancien vice-ministre des Finances aujourd'hui en exil, pense qu'il faudra attendre encore une décennie avant que les effets des sanctions sur les exportations de technologies vers la Russie ne deviennent réellement « visibles ».
Entre-temps, Moscou anticipe un conflit long : le pays dispose d'environ 300 milliards de dollars de réserves qui n'ont pas été gelées par les Occidentaux, d'un faible ratio dette/PIB d'environ 15%, et le Kremlin a annoncé des hausses d'impôts pour récolter des recettes supplémentaires dans les prochaines années.
« Il y a encore beaucoup de place pour redistribuer les ressources. Ils n'arrêteront pas la guerre parce qu'ils manquent de matériel », juge Ruben Enikolopov. « Peut-être pas indéfiniment », tempère toutefois Vladislav Inozemtsev.
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Vladimir Poutine assure, lui, voir en les dépenses militaires « une grande ressource » pour le pays. Sans toutefois rassurer les observateurs qui doutent que les retombées de ces investissements soient suffisantes pour compenser des coûts exorbitants.
(Avec AFP)
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