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En proie à une inflation incontrôlable, la Russie augmente son taux à 19%

latribune.fr

Publié le 13 septembre 2024 à 12:37 - Mis à jour le 13 septembre 2024 à 12:37

La hausse des prix a atteint en août 9,05% sur un an en Russie, selon des chiffres officiels.

La hausse des prix a atteint en août 9,05% sur un an en Russie, selon des chiffres officiels.

Valeriy Sharifulin

Le Quotidien Numérique

20 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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La Banque centrale russe (BCR) a annoncé, ce vendredi, passer son taux directeur de 18 à 19%. Une politique monétaire bien plus restrictive que celles de l'Europe et des Etats-Unis menée par l'institution, pour tenter de juguler une inflation à 9%, au plus haut depuis février 2023.

Alors que la Banque centrale européenne a effectué une deuxième baisse de ses taux directeurs jeudi, qui atteignent à présent une fourchette entre 3,5% et 3,90%, son homologue russe en est encore à les remonter. Ce vendredi, la Banque centrale russe (BCR) a annoncé relever son taux directeur d'un point de pourcentage, à 19%.

Pour rappel, le taux directeur avait déjà été relevé fin juillet de 16% à 18%, au moment où l'inflation atteignait sur ce mois-là 9,13%, son niveau le plus élevé depuis février 2023, bien au-dessus de l'objectif officiel de 4% affiché par les autorités.

Mais «les pressions inflationnistes actuelles restent élevées», a indiqué la BCR dans un communiqué, jugeant ainsi «nécessaire (un) nouveau resserrement de la politique monétaire».

La hausse des prix a atteint en août 9,05% sur un an, selon des chiffres officiels. La directrice de la BCR, Elvira Nabioullina, répète vouloir tout faire pour parvenir à une baisse durable de l'inflation. Cette dernière plombe le pouvoir d'achat des Russes, déjà touchés par les effets des sanctions occidentales.

A LIRE AUSSI

La guerre s'installe en Russie

L'institution monétaire a dit vendredi désormais s'attendre « probablement » à une inflation supérieure à « 6,5-7% » en fin d'année, alors que « le marché du travail reste tendu », touché par des pénuries de main-d'œuvre dans de nombreux secteurs à cause du départ au front ou à l'étranger de centaines de milliers d'hommes.

Une économie orientée vers l'effort de guerre

L'explosion des dépenses publiques, liées aux commandes dans le complexe militaro-industriel pour équiper l'armée en Ukraine, alimente depuis plusieurs mois un cycle de salaires et de dépenses des ménages à la hausse.

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Les autorités ont dépensé des milliards d'euros pour l'armée, les soldats, leurs familles et auprès des entreprises d'armements. Des investissements lourds qui ont toutefois permis jusque-là de limiter les effets des sanctions occidentales qui visaient à l'étrangler financièrement. Le budget de la Défense et de la sécurité dans son ensemble s'élève cette année à « environ 8,7% » du PIB, soit son niveau le plus haut depuis l'époque soviétique, d'après Vladimir Poutine. Mais les sanctions imposées sur les technologies occidentales ont également affecté la productivité et déréglé les chaînes d'approvisionnement.

A LIRE AUSSI

Pourquoi l'application des sanctions européennes contre la Russie est aussi difficile

De nombreux dirigeants d'entreprises se sont eux émus ces derniers mois du coût des emprunts bancaires, et donc, des investissements, freinant à leurs yeux la croissance notamment dans les secteurs déconnectés de l'armée.

Vers une stagflation ?

Certains observateurs anticipent, à moyen terme, un scénario de stagflation (lorsque l'économie souffre d'une forte inflation et d'une croissance très faible). Les autorités russes évoquent, de leur côté, une hausse du PIB de 3,9% pour 2024, avant de décélérer légèrement en 2025 et 2026.

« La pénurie (de main-d'œuvre) peut conduire à une situation où la croissance économique ralentit, malgré tous les efforts déployés pour stimuler la demande, et où tous ces stimuli accélèrent l'inflation », a mis en garde en juillet la directrice de la BCR, Elvira Nabioullina.

«Il s'agit essentiellement d'un scénario de stagflation, qui ne peut être arrêté qu'au prix d'une profonde récession», a-t-elle prévenu.

La Banque centrale a déjà reconnu observer des « signes de ralentissement de l'activité ». Pour Maxime Bouev, de la Nouvelle Ecole d'Economie de Moscou, la Russie se retrouve coincée dans « un cercle vicieux d'inflation et de keynésianisme militaire : les mesures de relance sont destinées à la guerre, tandis que le reste de l'économie subit une hausse des prix ». « L'économie se dégrade, elle se 'dé-modernise' », déplore Vladislav Inozemtsev, cofondateur du Centre pour l'analyse et les stratégies en Europe, un centre de réflexion axé sur la Russie.

«(Les autorités) adoptent des modèles, des normes et des approches soviétiques. Les avancées technologiques sont inexistantes... et le développement est très limité», observe-t-il.

Prêt pour un conflit long

Pour ces experts interrogés, le système n'est pas viable sur le long terme, mais il ne provoque pas non plus de limitation des capacités militaires de la Russie. Sergueï Alexachenko, un ancien vice-ministre des Finances aujourd'hui en exil, pense qu'il faudra attendre encore une décennie avant que les effets des sanctions sur les exportations de technologies vers la Russie ne deviennent réellement « visibles ».

Entre-temps, Moscou anticipe un conflit long : le pays dispose d'environ 300 milliards de dollars de réserves qui n'ont pas été gelées par les Occidentaux, d'un faible ratio dette/PIB d'environ 15%, et le Kremlin a annoncé des hausses d'impôts pour récolter des recettes supplémentaires dans les prochaines années.

« Il y a encore beaucoup de place pour redistribuer les ressources. Ils n'arrêteront pas la guerre parce qu'ils manquent de matériel », juge Ruben Enikolopov. « Peut-être pas indéfiniment », tempère toutefois Vladislav Inozemtsev.

«Mais pendant plusieurs années, la Russie a certainement l'argent et les ressources nécessaires pour continuer à combattre avec la même intensité qu'aujourd'hui».

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  • La Russie menacée par un risque de stagflation
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Vladimir Poutine assure, lui, voir en les dépenses militaires « une grande ressource » pour le pays. Sans toutefois rassurer les observateurs qui doutent que les retombées de ces investissements soient suffisantes pour compenser des coûts exorbitants.

(Avec AFP)

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