La Russie menacée par un risque de stagflation
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Après deux ans et demi de conflit, l'économie russe commence à montrer des signes inquiétants.
Mikhail Metzel
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Après deux ans et demi de conflit, l'économie russe commence à montrer des signes inquiétants.
Mikhail Metzel
Après deux ans et demi de conflit, l'économie russe commence à montrer des signes inquiétants. À tel point que la Banque centrale russe (BCR) évoque désormais l'apparition possible d'un problème tout aussi dangereux pour l'économie nationale : la stagflation. Une situation où l'économie souffre simultanément d'une forte inflation et d'une croissance faible, voire nulle.
« La pénurie (de main-d'oeuvre) peut conduire à une situation où la croissance économique ralentit, malgré tous les efforts déployés pour stimuler la demande, et où tous ces stimuli accélèrent l'inflation », a mis en garde en juillet sa directrice, Elvira Nabioullina.
L'inflation galopante, à plus de 9% en août, est l'une des conséquences directes de la réorganisation de l'économie russe, devenue en deux ans et demi ultra-dépendante du complexe militaro-industriel. En effet, depuis que le président Vladimir Poutine a ordonné à ses troupes d'attaquer l'Ukraine en février 2022, les dépenses fédérales ont explosé de près de 50%, alimentant un cycle de salaires et de dépenses des ménages à la hausse.
Les autorités ont dépensé des milliards d'euros pour l'armée, les soldats, leurs familles et auprès des entreprises d'armements, des investissements lourds qui ont toutefois permis jusque-là à Moscou de limiter les effets des sanctions occidentales qui visaient à l'étrangler financièrement. Le budget de la Défense et de la sécurité dans son ensemble s'élève cette année à « environ 8,7% » du PIB, soit son niveau le plus haut depuis l'époque soviétique, d'après Vladimir Poutine. Mais les sanctions imposées sur les technologies occidentales ont également affecté la productivité et déréglé les chaînes d'approvisionnement.
Et l'exode de travailleurs qualifiés et non-qualifiés, qui ont fui à l'étranger ou rejoint l'armée et ses rémunérations attrayantes, a laissé vacants des millions de postes non pourvus. Conséquence : le chômage, à 2,4% en juillet, est à son plus bas historique.
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« À long terme, ces facteurs démographiques et ces questions technologiques se traduiront par une croissance très faible », prédit auprès de l'AFP Ruben Enikolopov, un professeur russe à l'École d'économie de Barcelone.
La Banque centrale a déjà reconnu voir des « signes de ralentissement de l'activité ». Or, le taux directeur est déjà à 18%, au grand dam des patrons d'entreprises, qui se plaignent du coût croissant des prêts bancaires, freinant davantage la croissance dans des secteurs déconnectés de l'armée.
Pour Maxime Bouev, de la Nouvelle Ecole d'Economie de Moscou, la Russie se retrouve coincée dans « un cercle vicieux d'inflation et de keynésianisme militaire : les mesures de relance sont destinées à la guerre, tandis que le reste de l'économie subit une hausse des prix ».
« L'économie se dégrade, elle se 'dé-modernise' », déplore Vladislav Inozemtsev, cofondateur du Centre pour l'analyse et les stratégies en Europe, un centre de réflexion axé sur la Russie.
Pour ces experts interrogés, ce système n'est pas viable sur le long terme, mais il ne provoque pas non plus de limitation des capacités militaires de la Russie. Sergueï Alexachenko, un ancien vice-ministre des Finances aujourd'hui en exil, pense qu'il faudra attendre encore une décennie avant que les effets des sanctions sur les exportations de technologies vers la Russie ne deviennent réellement « visibles ».
Entre-temps, Moscou anticipe un conflit long : le pays dispose d'environ 300 milliards de dollars de réserves qui n'ont pas été gelées par les Occidentaux, d'un faible ratio dette/PIB d'environ 15%, et le Kremlin a annoncé des hausses d'impôts pour récolter des recettes supplémentaires dans les prochaines années.
« Il y a encore beaucoup de place pour redistribuer les ressources. Ils n'arrêteront pas la guerre parce qu'ils manquent de matériel », juge Ruben Enikolopov. « Peut-être pas indéfiniment », tempère toutefois Vladislav Inozemtsev. « Mais pendant plusieurs années, la Russie a certainement l'argent et les ressources nécessaires pour continuer à combattre avec la même intensité qu'aujourd'hui ».
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Vladimir Poutine assure, lui, voir en les dépenses militaires « une grande ressource » pour le pays. Sans toutefois rassurer les observateurs qui doutent que les retombées de ces investissements soient suffisantes pour compenser des coûts exorbitants.
(Avec AFP)
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