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Sommet des BRICS en octobre : un enjeu de taille pour la paix entre Ukraine et Russie

Sébastien Boussois

Publié le 10 septembre 2024 à 05:53

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J. Brouckaert / LT

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OPINION. La désoccidentalisation est en marche : nul doute qu'on le veuille ou non qu'un autre monde est en train de tenter de se structurer pour espérer prendre la relève d'un Occident affaibli. Rien n'est moins sûr quant à leur capacité à tous s'entendre pour bâtir un monde qui séduise le reste de la planète et qui soit « soutenable » pour ses partenaires comme ses alliés. Par Sébastien Boussois, Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (*)

Le prochain sommet des BRICS+ qui se tiendra en octobre à Moscou, dans la région de Kazan, devrait donner de nouvelles tendances pour enraciner ce bloc très divers dans la nouvelle géopolitique mondiale et pour que l'on compte durablement dessus... ou pas. Déjà à l'approche de cette grand-messe alternative, de nouveaux États ont demandé à rejoindre le groupe, et les échanges économiques comme le système de paiement alternatif (pour contourner le dollar), se renforcent chaque jour un peu plus. L'organisation a le vent en poupe.

Depuis le 1er janvier dernier, Moscou s'est vu confier la présidence des BRICS+, en amont de ce sommet. L'association comprend désormais depuis le 1er janvier dernier, dix pays, dont l'Égypte, l'Éthiopie, l'Iran, l'Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis qui ont rejoint de plein droit l'organisation. D'autres pays ont manifesté récemment leur intérêt : la Turquie (également membre de l'OTAN), le Venezuela, ou encore la Malaise.

Dans le contexte international extrêmement tendu, la Russie est ultra-mobilisée pour préparer ce sommet crucial des BRICS+. Si la Chine, l'Inde, le Brésil et d'autres aspirent à davantage de stabilité, marquer un coup, et faire entrer les BRICS+ dans la cour des grands - c'est à dire à la fois acter l'inefficacité de l'ONU et proposer un système alternatif et non-aligné de gouvernance plurilatérale -, ils auront une occasion unique à ce sommet de le faire. Car pour Moscou, son succès représentera un enjeu majeur, et si ses partenaires mettent vraiment la pression pour des négociations de paix avec l'Ukraine, ce sera à la fois difficile pour Poutine d'y résister et inespéré pour les élites de son régime qui voudraient enrayer la spirale de la militarisation du pays, de la vassalisation envers Pékin, et qui songent à un retour progressif au commerce international avec l'Ouest.

En tout cas, si Vladimir Poutine dépasse ses limites psychologiques actuelles, son idéologie et sa propagande, le sommet des BRICS+ de Kazan peut lui offrir assurément une sortie par le haut de ce conflit qui dure déjà depuis deux ans et demi. D'autant que l'Ukraine ne pourra pas se permettre de refuser un plan de paix qui serait jugé acceptable par les USA et d'autres et qu'il aura d'ici là sûrement quelque chose à négocier et mettre dans la balance depuis son incursion en territoire russe et le contrôle sur une partie du territoire russe.

Soyons clairs : beaucoup de pays membres, pour diverses raisons avant tout économiques, voudraient que cette guerre cesse. Les BRICS+ aspirent au fond à arracher un accord à la barbe des Occidentaux pour démontrer que le monde est capable d'un autre ordre que celui occidental, pas forcément anti-occidental, mais en tout cas sans la domination occidentale. L'Occident montre ses limites depuis des décennies à rétablir la paix. Quant à la Chine de Xi Jinping, qui avait peut-être cru à une victoire rapide de Poutine et à un effondrement de l'image de la puissance occidentale, elle se crispe depuis plusieurs mois (en plus d'un ralentissement net de sa croissance) et a peur d'être entraînée par la Russie dans une défaite, ou ce qu'on appelle plutôt désormais dans les conflits d'aujourd'hui :une non-victoire.

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C'est aussi un danger personnel pour Xi Jinping. On ne provoque pas impunément encore les États-Unis sans conséquences. Le Président chinois a des limites dans son soutien à son allié russe. Il avait déjà eu affaire à un vent de révolte des princes rouges, ces fils de hauts dirigeants du PCC, qui lui reprochaient encore l'année dernière d'avoir provoqué et "réveillé" les USA dix ans trop tôt. La Chine n'est pas actuellement dans la position la plus puissante pour prendre le relai. S'il est pris en défaut pour son "amitié sans limites" pour Poutine, ce n'est pas seulement son bilan qui sera en jeu, mais peut-être aussi son pouvoir, sa liberté, sa vie. Au total, cela fait pas mal de raisons pour que divers acteurs internationaux s'activent dans l'urgence et profitent de ce monde nouveau qui émerge pour peser; pour le régime russe, ce serait un moyen de sauver la face et de préserver un rôle clé au sein des BRICS en expansion que de consentir à la médiation des membres de ce groupement, plutôt que de laisser les Occidentaux essayer de reprendre la main péniblement sur le dossier. C'est l'occasion rêvée en réalité.

Même si Washington n'en sera pas l'auteur, ce plan proposé par les BRICS+ serait bon pour le bilan de Joe Biden, dont le soutien aura permis aux Ukrainiens de tenir et aidé à ralentir Moscou dans ses projets. En deux mots : si le Kremlin ne le rejette pas, il y a fort à espérer que les USA ne le saboteront pas.

______

(*) Sébastien Boussois, Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l'IHECS (Bruxelles), associé au CNAM Paris (Equipe Sécurité Défense), à l'Institut d'Etudes de Géopolitique Appliquée (IEGA Paris), au NORDIC CENTER FOR CONFLICT TRANSFORMATION (NCCT Stockholm) et à l'Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse).

Sébastien Boussois

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