La BCE entérine son cycle de baisse des taux directeurs

Maxime Heuze

Après avoir effectué une première baisse de 0,25 point de pourcentage de ces taux directeurs en juin, la Banque centrale européenne a réitéré ce jeudi.
Wolfgang Rattay

Maxime Heuze

Après avoir effectué une première baisse de 0,25 point de pourcentage de ces taux directeurs en juin, la Banque centrale européenne a réitéré ce jeudi.
Wolfgang Rattay
[Article publié le jeudi 12 septembre 2024 à 14h26, mis à jour à 20h] Et de deux ! Après avoir effectué une première baisse de 0,25 point de pourcentage de ces taux directeurs en juin, la Banque centrale européenne a réitéré ce jeudi. Avec cette nouvelle baisse de 0,25 point de pourcentage, le taux de dépôt passera à 3,5% le 18 septembre tandis que le taux de refinancement et le taux de facilité de prêt marginal s'établissent respectivement à 3,65% et 3,90%.
L'annonce n'a pas provoqué beaucoup de remous sur les marchés. Le taux d'emprunt à 10 ans de la France n'a en effet quasiment pas réagi à l'annonce, baissant de 0,35% vers 20 heures, tandis que le CAC 40 a clôturé en hausse de 0,52% à 7.435 points, quand l'indice européen Eurostoxx 50 grimpait de 1,06%. Pourtant, cette nouvelle détente devrait se répercuter sur les rendements obligataires et ceux des crédits. La baisse des taux a « déjà été largement intégrée dans les cours des obligations et des actions », expliquait déjà en juin Alexandre Baradez, responsable des analyses de marchés chez IG France.
Cette action de la BCE était tout de même attendue. Elle est la conséquence directe du ralentissement de l'inflation (2,2% en août), au plus bas depuis 3 ans et à quelques points de la cible de 2% de l'institution.
Dans le même temps, un autre facteur a poussé la gardienne de l'euro à desserrer ses conditions monétaires : la croissance européenne. Dans la zone euro, cette dernière a été révisée légèrement en baisse à 0,2%, pour le deuxième trimestre 2024, selon Eurostat.
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Et sur l'ensemble de l'année, « les services du FMI prévoient que l'économie croîtra de 0,8 % en 2024, pour atteindre 1,3 % en 2025 et 1,5 % en 2026. Il s'agit d'une légère révision à la baisse par rapport aux projections de juin, principalement en raison d'une contribution plus faible de la demande intérieure au cours des prochains trimestres », explique la banque centrale dans son communiqué. A titre de comparaison, le Fonds monétaire international prévoit une croissance de 2,6% aux Etats-Unis et 5% en Chine cette année.
En conséquence, « nous déciderons réunion par réunion et notre trajectoire, dont la direction est assez évidente, n'est pas prédéterminée, ni en termes de séquence, ni en termes de volume », a déclaré Christine Lagarde ce jeudi devant la presse.
Dans ce contexte, les gouverneurs ont annoncé ce jeudi qu'il « convient désormais de franchir une nouvelle étape dans la modération du degré de restriction de la politique monétaire. »
Un point de vue qui n'est pas isolé. « Il faut absolument que la BCE baisse à chaque réunion ses taux de 0,25 point de pourcentage pour que la croissance reparte en Europe », met en garde le stratégique de la Banque Richelieu Alexandre Hezez qui anticipe trois baisses avant la fin de l'année.
Ce pari d'un desserrement rapide des taux directeurs est partagé par la plupart des analystes « qui anticipent une baisse entre 2% et 2,5% d'ici la fin 2025 ce qui amènerait les taux européens autour de 2% », rappelle l'économiste de Mirabaud. Pourtant rien n'est encore joué.
D'autant que les gouverneurs ne sont pas tous alignés. Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE rangée parmi les « faucons » a récemment appelé à un assouplissement « progressif et prudent ». Pour rappel, ces derniers prônent une approche restrictive de la politique monétaire. Elle a rappelé que « l'inflation intérieure » c'est-à-dire celle des biens et services produits localement, « reste élevée à 4,4% » en zone euro, en grande partie à cause des prix élevés dans les services. Chez les « colombes », adeptes d'une approche plus souple, Piero Cipollone, autre membre du directoire, a souligné le « risque » d'être trop restrictif, alors que l'économie chancelle et que l'investissement patine, dans un entretien au Monde.
« Une révision à la baisse de la croissance ou de l'inflation augmenterait la probabilité d'une accélération des baisses de taux, tandis qu'une révision à la hausse pousserait les faucons à demander moins de réductions supplémentaires », analyse Carsten Brzeski, chez ING. Dans ce dernier scénario, le coup pourrait être dur à avaler pour les investisseurs.
Une remontée des taux des rendements obligataires qui pourrait freiner la baisse des taux de crédits entamée ces derniers mois... et donc la reprise des investissements des entreprises et des particuliers.
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La Fed devrait, elle aussi, baisser ses taux
De l'autre côté de l'Atlantique, la banque centrale américaine (Fed) devrait elle aussi baisser ses taux lors de sa prochaine réunion, mi-septembre. Il s'agirait alors d'une première baisse pour la gardienne du dollar mais probablement pas de la dernière selon une déclaration de l'un des gouverneurs de l'institut de politique monétaire. « Je pense qu'il est important d'entamer le processus de réduction des taux lors de notre prochaine réunion », les 17 et 18 septembre, a souligné vendredi Christopher Waller lors d'un discours à l'Université de Notre Dame, dans l'Indiana. Et « je ne pense pas que cette première baisse sera la dernière », a-t-il souligné, jugeant « probable qu'une série de baisses sera appropriée », bien que le rythme soit « difficile (à) déterminer ».
Le président de la Fed, Jerome Powell, avait signalé fin août l'intention des responsables de l'institution de lancer le mouvement, jugeant que « le temps est venu ». L'institut, pour juguler la forte inflation et la ramener à l'objectif de 2%, a progressivement relevé ses taux ces dernières années à leur plus haut niveau depuis 20 ans, dans la fourchette de 5,25 à 5,50%. Mais elle veille désormais à ne pas peser trop fort sur l'activité économique, ce qui pourrait causer d'importants dommages sur l'emploi.
Maxime Heuze