REPORTAGE. Deux mois après la vague de violences qui a bouleversé le pays après l'évasion d'un chef de gang et la prise en otage de journalistes devant les caméras de télévision, le pays andin retrouve un calme relatif. A Socio Vivienda, un quartier populaire du nord-ouest de Guayaquil abandonné par les pouvoir publics et d'où sont originaires une partie du commando de la télévision, l'atmosphère reste tendue malgré le travail social mené par les acteurs locaux.Vêtu de sa longue soutane noire, le père Lenin Arvalado s'avance prudemment entre les murs de parpaings dégradés. L'homme d'Église évite les fils à linge tendus entre les baraques et salue au passage les parents des enfants qui forment sa jeune escorte. « Ces enfants, ce sont en quelque sorte nos ambassadeurs, ironise le prêtre. Ils vivent ici, à Socio Vivienda 2. Il ne nous arrivera rien avec eux. » Le père Lenin reste pourtant sur ses gardes. « Là-bas, vous avez les jeunes des bandes qui traînent en motos, précise-t-il en désignant le coin de la rue. Il ne faut mieux pas s'y aventurer sans raison quand vous n'êtes pas d'ici. »
Relégués à la bordure nord-ouest de Guayaquil, la grande métropole équatorienne, Socio Vivienda et ses 30.000 âmes ont concentré l'attention du pays andin ces dernières semaines. Surtout son deuxième secteur, Socio Vivienda 2. Selon les autorités, la majorité des membres du commando qui a pris en otage le personnel de la chaîne TC Television le 9 janvier venait de ces maisons basses aux façades délabrées. Ce jour-là, devant les caméras qui continuaient de tourner, les assaillants ont exhibé armes et grenades tandis que certains formaient avec leurs doigts les signes distinctifs des bandes criminelles qui gangrènent le pays. Avant de se faire arrêter par les forces de l'ordre.
La veille, le pays s'était embrasé. L'évasion d'Adolfo Macias, alias « Fito », chef des Choneros, l'un des gangs les plus puissants du pays, et l'intervention des soldats dans les prisons, avaient déclenché une vague de violences sans précédent à Guayaquil. « Nous avons dû suspendre toutes nos activités pendant plusieurs jours », se souvient Eduardo Baidat, responsable d'un centre d'activités communautaire qui accueille 120 enfants du quartier.
Effet « cucaracha »
Deux mois plus tard, la tension est retombée mais les habitants restent marqués par la violence des évènements. « Les militaires sont intervenus et nous avons retrouvé un peu de calme », observe Pedro, un habitant du quartier. Pourtant, le père de famille, qui s'est installé à Socio Vivienda en 2012, ne reconnaît plus son quartier : « C'est une zone où habitent des familles modestes et il y a toujours eu un peu de trafic de drogues. Mais depuis la pandémie, les bandes criminelles ont pris le contrôle. »
William Gazeau, envoyé spécial à Guayaquil (Équateur)