« Vous n'auriez pas des œufs ? » Accoudé au comptoir d'une baraque à frites, un étudiant s'adresse au cuistot. « C'est pour les lancer sur qui ? » lui rétorque ce dernier en souriant. Autour de la petite roulotte huileuse, des centaines d'élèves de l'université Columbia huent les policiers alignés devant les portes du campus. Il est 9 heures du soir ce mardi quand un énorme camion blindé s'arrête devant Hamilton Hall, dans le nord de l'île de Manhattan. Le bâtiment de l'école est occupé depuis la veille par des étudiants mobilisés en soutien à la Palestine. Sur le toit du fourgon : une escouade de policiers, bouclier à la main. Durant l'intervention : le périmètre est bouclé, la presse tenue à l'écart.
Quelques heures plus tard, la Toile s'emballe avec la diffusion de premières vidéos des arrestations. On voit un étudiant poussé sans ménagement, chutant le long des marches d'un escalier ; d'autres, non impliqués dans l'occupation, enfermés dans leurs dortoirs... Des « violences policières choquantes », selon les organisations à l'initiative du blocage. Le lendemain, la présidente de Columbia, Minouche Shafik, qui avait appelé les forces de l'ordre sur son campus pour la deuxième fois en deux semaines, salue leur « incroyable professionnalisme » tandis que Donald Trump s'empresse de commenter les images de cette mêlée disproportionnée : « C'était une belle chose à voir. » Joe Biden, candidat à sa réélection et soutien indéfectible de l'État d'Israël, ne fléchit pas : non, le mouvement étudiant ne lui fera pas changer d'avis, car « la dissidence ne doit jamais conduire au désordre ».