Impasse politique et crise socio-économique pour l'Algérie post-Bouteflika

L'Algérie, dont l'ancien président Abdelaziz Bouteflika est décédé vendredi à 84 ans, connaît une crise politique, sociale et économique, avec un régime impopulaire confronté à la fois au soulèvement populaire du Hirak depuis février 2019 et à la chute de la rente pétrolière. Retour sur un régime en grande difficulté politique et économique.

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(Crédits : Reuters)

Il avait présidé aux destinées de l'Algérie pendant des décennies. L'ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika est décédé, vendredi 17 septembre au soir, à l'âge de 84 ans, des suites de sa maladie. Il restera le président algérien qui aura régné le plus longtemps (1999-2019). La nouvelle a été annoncée à la télévision nationale, où déroulait un bandeau "Décès de l'ancien président Abdelaziz Bouteflika", qui cite un communiqué de la présidence de la République.

Dépendance aux hydrocarbures

Socialiste jusqu'au début des années 1990, l'économie algérienne reste ancrée dans une tradition de forte intervention étatique. Le pays est très dépendant de la rente pétrolière -plus de 90% de ses recettes extérieures-, qui subventionne notamment carburants, gaz, électricité, eau, santé, logements et produits de base.

Pays membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), l'Algérie est le 3e producteur de brut d'Afrique et parmi les dix premiers producteurs mondiaux de gaz.

En plus de la crise pétrolière, l'économie subit les effets de la pandémie de Covid-19. Les conflits sociaux, alimentés par un taux de chômage élevé (15%) et une paupérisation de larges franges de la société, se multiplient. En juillet, le président Abdelmadjid Tebboune a réaffirmé exclure la contraction de prêts auprès du Fonds monétaire international (FMI) et des organismes financiers internationaux.

Un lourd passé colonial...

Colonisée par la France pendant 132 ans, après trois siècles de domination ottomane, l'Algérie proclame son indépendance le 5 juillet 1962 après une guerre de libération sanglante de près de huit ans. En septembre 1963, Ahmed Ben Bella, secrétaire général du Front de libération nationale (FLN), devient le premier président de l'Algérie indépendante.

En 1965, il est renversé par un coup d'Etat du colonel Houari Boumédiène, puis emprisonné. Boumédiène dirige le pays d'une main de fer jusqu'à son décès fin 1978. Chadli Bendjedid lui succède et est réélu en 1984 et 1988 lors de présidentielles où il est le seul candidat.

... et "décennie noire"

En octobre 1988, de violentes émeutes secouent Alger où l'état de siège est instauré. L'armée rétablit l'ordre en menant une répression meurtrière, et engage des réformes qui mettent fin au règne du FLN, parti unique. L'annulation en janvier 1992 du premier tour des premières législatives multipartites, remporté par le Front islamique du salut (FIS), déclenche une guerre civile, jalonnée de massacres, entre groupes islamistes et forces de sécurité.

Le 15 avril 1999, Abdelaziz Bouteflika, adoubé par l'armée, est élu président en pleine guerre civile.

Deux lois d'amnistie, en 1999 puis en 2005, largement adoptées par référendum, convainquent de nombreux islamistes de quitter le maquis et de déposer les armes. La "décennie noire" a fait officiellement 200.000 morts entre 1992 et 2002.

Hirak, une opposition muselée

En 2014, Bouteflika, candidat du FLN, est réélu pour un 4e mandat (81,49% des voix) malgré un accident vasculaire cérébral survenu en 2013 qui l'a laissé handicapé et aphasique.

Début 2019, sa candidature à un 5e mandat provoque la colère de la rue. Un mouvement ("Hirak" en arabe) de protestation d'ampleur inédite naît le 22 février et contraint Abdelaziz Bouteflika, lâché par l'armée et plusieurs de ses alliés, à démissionner le 2 avril.

En décembre, Abdelmadjid Tebboune, un apparatchik, ex-Premier ministre de Bouteflika, remporte la présidentielle --marquée par un taux d'abstention record--, mais il est aussitôt contesté par le Hirak qui continue d'exiger le démantèlement du "système" au pouvoir depuis l'indépendance.

Le 12 juin 2021, le FLN remporte les législatives anticipées, mais avec un taux de participation (23,03%) le plus bas de l'histoire du pays. Le Hirak et une partie de l'opposition avaient appelé au boycottage. Le régime multiplie les arrestations et les poursuites judiciaires visant opposants politiques, militants hirakistes, avocats et journalistes indépendants.

(avec AFP et Reuters)

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Commentaires 2
à écrit le 20/09/2021 à 3:18
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L'Algérie indépendante est une fiction française car en Algérie tout est resté français du nom aux frontières territoriales...

à écrit le 18/09/2021 à 14:35
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L'Algérie est un pays riche, riche de 45 millions d'habitants, mais qui vit au dessus de ses moyens. Le retour à la réalité sera dur pour ce pays

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