Jerome Powell, le président de la Fed, va-t-il être le nouveau Paul Volcker qui, pour en finir avec la stagflation des années 1970 et une hausse des prix qui avait atteint 14% en 1980, n'avait pas hésité à augmenter les taux jusqu'à 20% pour la maîtriser et la ramener à 3% en 1983.
La Fed, qui réunit son conseil ces mardi et mercredi, devrait en effet annoncer une nouvelle hausse des taux, la troisième cette année. Celle-ci pourrait même atteindre 75 points de base. Vendredi, la publication de l'indice des prix du mois de mai aux Etats-Unis s'est affichée à 8,6%, bien supérieur aux attentes, battant un nouveau record de 40 ans outre-Atlantique. L'économie mondiale, et en particulier celle des pays développés, a pénétré dans une zone inconnue depuis les années 1970. « Le risque de stagflation augmente », alertait la semaine dernière la Banque mondiale dans son rapport annuel sur « Les perspectives économiques mondiales », tout en révisant à la hausse ses prévisions d'inflation et à la baisse celles de croissance, deux tendances qui caractérisent ce phénomène. L'institution internationale prévoit désormais une hausse du PIB mondiale de 2,9 % en 2022, contre 4,1 % estimés en janvier.
Quant à l'inflation, les estimations se sont envolées. La part des pays dont l'inflation est supérieure à l'objectif est passée à 90 % dans les économies développées et à 75 % dans les économies émergentes et en développement, constate-t-elle.
De son côté, jeudi, la Banque centrale européenne (BCE) a, elle aussi, dû se rendre à l'évidence. Après avoir longtemps tergiversé, sa présidente, Christine Lagarde a reconnu comme ses homologues aux Etats-Unis, Jerome Powell et sa prédécesseure Janet Yellen, devenue aujourd'hui secrétaire au Trésor, que l'inflation, non seulement n'était pas « transitoire », mais allait durer plus longtemps que prévu. Et la BCE, comme la Fed, la Banque d'Angleterre et d'autres banques centrales des pays de l'OCDE, enclenchera en juillet un cycle de hausse des taux, avec son premier relèvement depuis 11 ans. En zone euro, l'inflation a atteint en mai 8,1%, un record historique depuis la création de la monnaie unique. Selon les nouvelles projections de la BCE, elle est estimée à 6,8% en 2022 et à 3,5% en 2023. Dans un scénario plus pessimiste, qui prend en compte l'hypothèse d'un conflit prolongé en Ukraine, elle serait même à 8% cette année et 6,4% en 2023, un taux largement supérieur au taux cible de 2% de la BCE.