La banque mondiale s’attend à «une période prolongée de croissance faible et d’inflation élevée»

Conséquences de l'invasion de l'Ukraine par la Russie et des dégâts causés par la pandémie de Covid-19, l’institution de Washington dresse des perspectives économiques sombres. Dans un rapport publié mardi, les économistes de la Banque mondiale révisent à la baisse leur prévision de croissance mondiale pour 2022 et alertent sur la récession qui menace de nombreux pays.

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« L'économie mondiale devrait connaître sa plus forte décélération suivant une reprise (...) en plus de 80 ans », souligne mardi la Banque mondiale, dans son rapport sur les perspectives économiques mondiales.
« L'économie mondiale devrait connaître sa plus forte décélération suivant une reprise (...) en plus de 80 ans », souligne mardi la Banque mondiale, dans son rapport sur les perspectives économiques mondiales. (Crédits : YURI GRIPAS)

Les perspectives économiques mondiales sont sombres. La Banque mondiale a annoncé mardi avoir réduit sa prévision de croissance mondiale pour cette année de 1,2 point de pourcentage, à 2,9%. Le déclenchement du conflit en Ukraine a amplifié le ralentissement de l'économie mondiale, qui entre désormais dans ce qui pourrait être «une période prolongée de croissance faible et d'inflation élevée», explique l'institution internationale dans la nouvelle édition de ses Perspectives économiques mondiales. Pour 2023 et 2024, les économistes de la Banque mondiale tablent sur une croissance mondiale sans grand changement par rapport à celle de cette année et sur une inflation certes plus faible mais encore supérieure aux objectifs dans de nombreux pays.

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Les causes de cette faible croissance de l'activité économique sont multiples. Cette dernière souffre à la fois de la guerre, des récents confinements en Chine, des tensions dans les chaînes d'approvisionnement et du risque de « stagflation », une situation combinant croissance faible et inflation forte que le monde n'a plus connue depuis les années 1970, selon le président de la Banque mondiale, David Malpass.

« Le risque de stagflation est aujourd'hui considérable », a-t-il écrit dans l'introduction du rapport. « Une croissance contenue va probablement perdurer jusqu'à la fin de la décennie en raison de la faiblesse des investissements dans la majeure partie du monde. »

« Avec une inflation qui évolue actuellement à son plus haut niveau depuis plusieurs décennies dans de nombreux pays et une offre qui devrait croître lentement, il y a un risque de voir l'inflation rester plus élevée plus longtemps », a-t-il ajouté.

Similitudes et différences avec les années 70'

Au total, la croissance mondiale devrait diminuer de 2,7 points de pourcentage sur la période 2021-2024, soit plus de deux fois la décélération subie entre 1976 et 1979, précise-t-il. Le rapport de la Banque mondiale rappelle aussi que les hausses de taux d'intérêt décidées à la fin des années 1970 pour juguler l'inflation avaient été à l'origine de la récession mondiale de 1982 et d'une série de crises financières dans des pays émergents et en développement.

Si la situation actuelle présente des similitudes avec celle de l'époque, elle offre aussi des différences importantes, parmi lesquelles la vigueur du dollar américain et des prix pétroliers relativement plus faibles, ainsi que des bilans globalement plus solides des grandes institutions financières.

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Pour réduire les risques, ajoute la Banque mondiale, les autorités politiques et économiques doivent coordonner l'aide à l'Ukraine, contrer la hausse des prix des hydrocarbures et des produits alimentaires, amplifier l'allègement des dettes publiques, renforcer la lutte contre le COVID-19 et accélérer la transition vers une économie "bas carbone", poursuit David Malpass. Le directeur de la Banque mondiale exhorte aussi à éviter les restrictions commerciales, et recommande en même temps de modifier les politiques budgétaires, monétaires, climatiques et d'endettement (...) «pour remédier à l'affectation inappropriée des capitaux» et lutter contre les inégalités.

Les pays émergents et en développement davantage touchés

Dans les pays avancés, la croissance devrait fortement décélérer, à 2,6% cette année et 2,2% en 2023 après 5,1% en 2021, à commencer par un ralentissement chez les deux grandes puissances mondiales : les Etats-Unis (+2,5%), en baisse de 1,2 point de pourcentage, et la Chine (+4,3%) à -0,8 point. Pour la zone euro, la révision est encore plus forte : -1,7 point à 2,5%.

Les prévisions de croissance 2022 ont été revues en baisse pour près de 70% des économies émergentes et en développement. Elle ne devrait pas dépasser 3,4% en 2022 après 6,6% l'an dernier et une moyenne annuelle de 4,8% sur la période 2011-2019. En outre, l'Ukraine devrait voir son activité chuter de 45,1% cette année, la Russie de 8,9%, précise la Banque mondiale.

A contrario, les pays exportateurs de matières premières s'en sortent bien. La croissance de la région Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord a été révisée en hausse (+0,9 point, à 5,3%), celle-ci bénéficiant de la hausse des prix du pétrole (+42% prévu cette année).

(Avec Reuters et AFP)

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Commentaire 1
à écrit le 08/06/2022 à 9:21
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En cause : le quantitative easing pratiqué depuis des années et qui nous rattrape, le "quoi qu'il en coûte" qui a gonflé la bulle spéculative et dont les investisseurs veulent le rendement, le manque de résilience de notre système productif, l'incomp...

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