Israël : le chemin sinueux vers la puissance énergétique

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Les plateformes gazières au large d'Ashkelon, en Israël.
Les plateformes gazières au large d'Ashkelon, en Israël. (Crédits : Reuters)
Avec la signature d'un accord le 16 août, le dossier du gaz israélien est proche de son épilogue. Les immenses gisements découverts en 2009, source d'indépendance énergétique du pays, ont donné lieu à de vives tensions. Parmi les acteurs principaux de ce feuilleton : un consortium israélo-américain accusé de monopole par un commissaire anti-trust tenace, un Premier ministre soupçonné de conflits d'intérêts par une opposition vivace, le tout sur fond d'ingérence américaine.

Israël va-t-il devenir une grande puissance énergétique ? L'approbation, dimanche 16 août, par le cabinet du Premier ministre Benyamin Netanyahou d'un accord liant industriels et État hébreu sur le gaz constitue le dernier "round" avant l'accord final.

Celui-ci valide le contrat signé entre Israël et un consortium composé de l'américain Noble Energy et de la société locale Delek Group sur l'exploitation des réserves israéliennes de gaz naturel en Méditerranée. Mais la validation définitive dépend encore du vote de la Knesset, le Parlement israélien.

Le parcours de cette entente n'a pas été un long fleuve tranquille. Entre soupçons de positions monopolistiques, luttes politiques internes et fronde populaire, ce contrat majeur a occupé l'opinion publique de longs mois durant. C'est qu'il pourrait bien modifier la géopolitique régionale et le quotidien des habitants de l'État hébreu.

Quatre gisements au cœur des débats

La genèse de cette découverte s'inscrit dans le partenariat noué entre les deux entreprises israélo-américaines. A la fin des années 1990, elles lancent de vastes opérations d'explorations des fonds sous-marins méditerranéens, au large d'Israël. Un premier gisement y est découvert dans les eaux d'Ashkelon, dans le district sud du pays et au nord de la Bande de Gaza. Puis, la société localisée au Texas et l'industriel israélien repèrent, en 2009 et 2010, quatre autres gisements : Tamar, Leviathan, Karish et Tanin.

Ces trouvailles permettent ainsi à Israël d'envisager une indépendance énergétique. Longtemps dépendante du gaz égyptien, ces nouveaux gisements pourraient fournir au pays 40 années de ressources gazières, et ouvrir des perspectives d'exportations.

Suite à ces découvertes, un accord doit être passé entre les différentes parties. Le rapport "Zemah", publié en août 2012 par une commission interministérielle souligne alors :

"Il faut établir aussi vite que possible une politique gouvernementale claire est il faut donner un sentiment de sécurité aux compagnies et opérateurs, et les inciter à exploiter les champs gaziers, de manière à assurer la fourniture de gaz requise pour les besoins du marché intérieur. L'idée est également d'exporter du gaz naturel israélien pour la consommation des pays voisins."

"Une manne de 200 milliards de dollars soit 100 % du PIB israélien"

Le gouvernement approuve le rapport, donnant son accord à une première exploitation par les deux industriels du gisement de Tamar. Celui-ci est estimé à 280 milliards de mètres cubes. Cette expérience matérialise alors l'immense richesse que représentent ces ressources naturelles : Tamar a ainsi contribué à 0,3 % du Produit national brut (PNB) israélien en 2014 et 0,8% en 2013, selon la Banque d'Israël.

Mais ce n'est rien comparé au potentiel du gisement du Leviathan (530 milliards de m3), le plus grand champ gazier découvert en Méditerranée au cours des dix dernières années, sur lequel lorgne alors le consortium :

"C'est une manne de 200 milliards de dollars. Pour le gouvernement, cela représente 200 % de son budget et 100 % du PIB", déclarait au Journal du dimanche, en juillet, Édouard Cukierman, PDG du fonds Catalyst à Tel-Aviv.

Cependant, les ambitions des uns et des autres vont être ralenties par un homme : David Gilo. L'intervention du président de l'organisation anti-trust israélienne, qui annule l'accord précédent, en décembre 2014, va rabattre les cartes du jeu énergétique. Il estime que le consortium israelo-américain, en accord avec la loi anti-monopole de 1994, ne peut pas jouer solitaire sur tous les tableaux gaziers. Il doit s'ouvrir à la concurrence. La décision de Gilo a, selon plusieurs détracteurs, paralysé le développement gazier et économique du pays.

Négociations musclées

Par ailleurs, des négociations sont établies pour fixer le prix du gaz sur le marché intérieur ainsi que sur les prix et la part de réserves destinée à être exportée. Les négociations traînent. L'opposition politique, particulièrement le camp sioniste du leader Isaac Herzog, accuse d'opacité les discussions, estimant que les intérêts des consommateurs ne sont pas assurés. Une grande manifestation est organisée fin juin, durant laquelle plusieurs milliers de citoyens défilent dans le pays pour s'opposer à l'accord, dans un contexte où le débat sur la vie chère a alimenté les chroniques ces derniers mois. En Israël, un citoyen sur cinq vit sous le seuil de pauvreté.

Face à ces réclamations, le ministre de l'Energie révèle le 30 juin le contenu préliminaire de l'accord. En dépit de cette "transparence" tardive, la numéro 3 du parti sioniste, Sheli Yehimovicz, demande l'ouverture d'une enquête.

Ces tensions sont également alimentées par des soupçons de conflit d'intérêts qui planeraient au-dessus du Premier ministre. Selon le site d'informations Israpresse, le 17 juin dernier, le magnat américain Sheldon Adelson adresse à Binyamin Netanyahou - avec qui il entretient des relations amicales anciennes et avérées - un courrier lui demandant d'accélérer le dossier. Le courrier émanant d'un organisme travaillant pour le compte du bureau américain du commerce fait désordre.

Ingérence américaine

La pression américaine est encore plus pressante avec l'intervention de l'ambassadeur des Etats-Unis en Israël, mettant en garde ce dernier si elle ne maintient pas ses engagements envers Noble Energy, selon des experts cités dans la presse. Ou encore celles de John Kerry, secrétaire d'Etat américain, particulièrement actif dans le débat sur le gaz israélien. Le site Times of Israël révélait  en juin que John Kerry avait eu des participations dans la firme Noble Energy.

Si les ingérences étasuniennes ont été persistantes, c'est que le business, c'est le business. En effet, le pétrolier américain a déjà passé une série d'accords préliminaires avec la Jordanie ou l'Autorité palestinienne. En outre, le 18 mars, un accord a été scellé entre l'Egypte et Israël portant sur une exportation de 5 milliards de mètres cubes de gaz à hauteur de 2,5 milliards de dollars sur 3 ans. La Turquie serait également intéressée.

Reprise en main du Premier ministre

Face à ces éléments politiques, économique et diplomatique, le Premier ministre israélien décide de reprendre les choses en main. Une première porte s'ouvre. David Gilo, président de l'organisation antitrust, est poussé à la démission en mai suite à une décision prise par le cabinet de Benyamin Netanyahou. M. Gilo désapprouve et s'explique "convaincu que l'accord ne pourra pas rendre compétitif cet important secteur de l'économie et qu'il "pourrait nuire à l'indépendance de l'Autorité de la concurrence, une question d'intérêt public". Un événement qui sera suivi, début août, par le licenciement de la présidente de la société d'électricité Orit Farkash-Hacohen qui s'oppose également aux termes de l'accord.

Mais c'est une mesure prise fin juin par le Premier ministre qui marque la volonté de Benyamin Netanyahou d'accélérer la procédure. Il déclare le 28 juin que l'exploitation du gaz relève désormais de la "sécurité nationale", ce qui lui permet de passer outre certaines réglementations. Les discussions avec les deux pétroliers se rapprochent du dénouement, jusqu'à la réunion du 11 août. Noble Energy et Delek claquent alors la porte estimant que leurs investissements ne pourraient être rentabilisés. Après avoir investi des milliards de dollars, ils ne souhaitent pas partager le fruit de leurs efforts. Mais ils reviennent très vite à la table des négociations et un accord sur plusieurs volets est conclu deux jours plus tard, le 13 août.

Un accord trouvé...

Selon l'AFP, le volet antitrust impose que Delek vende dans un délai de six ans sa part dans Tamar (31%) et prévoit que Noble Energy réduise la sienne de 36 à 25% pour ne plus être l'actionnaire principal.

L'accord porte également sur deux points essentiels. Le prix du gaz sera rapporté à un index du coût de l'énergie entre le public et le privé, ce qui devrait signifier une baisse des tarifs par rapport aux accords antérieurs passés avec Noble Energy et Delek Group.

Par ailleurs, le consortium doit s'engager à investir 1,5 milliard de dollars dans le développement de Leviathan au cours des deux prochaines années. A défaut, le gouvernement ne serait plus lié par un engagement à ne pas toucher jusqu'en 2025 à la réglementation fiscale et structurelle de l'industrie du gaz.

Le Premier ministre israélien a commenté cet accord :

"Cette décision va apporter aux citoyens israéliens et aux caisses de l'Etat des centaines de milliards shekels (monnaie israélienne, ndlr). Cet argent profitera à l'éducation, à la santé et au bien-être social."

...mais qui doit encore être approuvé par la Knesset

Cependant, pour valider définitivement cet accord, il doit être approuvé par le Parlement. Un vote en sa faveur à la Knesset dépendra des votes des députés des partis Israël Beitenou (extrême droite, ultranationaliste) et Koulanou (centre), qui sont autorisés à voter comme ils le souhaitent. Koulanou est le parti du ministre des Finances Moshe Kahlon. Celui-ci était resté en retrait lors des négociations, bien qu'il ait voté l'accord du cabinet de ce dimanche.

Quoi qu'il en soit, la marge de manœuvre du gouvernement est mince car elle dispose d'une seule voix de majorité. L'opposition sera déterminée à faire échouer le texte. Au soir de l'accord, Isaac Herzog expliquait dans un post sur sa page Facebook:

"Un gouvernement qui serait dirigé par moi porterait un accord sur le gaz qui serait juste et décent pour les citoyens israéliens. Il passerait par le contrôle des prix et représenterait les véritables préoccupations pour l'avenir de l'Etat d'Israël."

 Une dernière étape décisive et incertaine donc, avant peut être, de transformer l'or bleu en dollars et en combustible.

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Commentaires
a écrit le 20/08/2015 à 15:31 :
Dieu merci, la Palestine et Gaza sont exclus de cette manne, uniquement réservée à qui ? devinez
a écrit le 20/08/2015 à 12:25 :
Israel n'echappe pas a la "malediction du petrole". Esperons que le peuple israelien se revolte contre leur dirigeants corrompus ou que de nouvelles elections soient organisees.
a écrit le 19/08/2015 à 18:05 :
Fort heureusement ni gaz, ni pétrole en France. Elle dilapiderait TOUT en dépenses publiques. Le Déficit de l'Etat et Endettement seraient donc assurément aussi élevés.
.
a écrit le 19/08/2015 à 14:01 :
Vous ne parlez pas du tout du fait que les gisements sont aussi placés sur les territoires Palestiniens (Gaza), ou Palestine. Ils ont donc également un droit d'exploitations sur ces gisements normalement, mais du fait du blocus Israéliens, et des pressions financières, impossible pour les Palestiniens de lancer de grand projets de forage. Ils sont donc en train de crever dans une prison à ciel ouvert alors qu'ils sont en possession de gisements de gaz que leur défend d'exploiter.
C'est beau tout ca !
Réponse de le 19/08/2015 à 17:54 :
Et on connaît la suite Gaza et le Hamas utiliseraient les subsides de ces gisement pour enrichir une minorité et financer le terrorisme et l'islamisme international. Que cet argent profite vraiment aux palsteniens aujourd'hui nommés israélien et a un état démocratique!
Réponse de le 19/08/2015 à 18:03 :
archi faux , encore de la désinformation les plateformes se trouvent plus du cote de Chypre. quant aux palestiniens ils sont prisonniers de leurs frères du Hamas
Réponse de le 20/08/2015 à 9:04 :
cher jean pierre,vous n'etes pas sans ignorer que le hamas va disparaitre incessamment au profit de daesh?
a écrit le 19/08/2015 à 13:43 :
Certaines de ces réserves sont-elles dans la ZEE de gaza ?

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