Le Guyana, le plus grand réservoir de pétrole au monde, au bord d'un conflit armé

Le Guyana, première réservoir d'or noir au monde par habitant, est en train de devenir le centre d'une nouvelle crise diplomatique mondiale, tant les ressources pétrolifères offshore de ce petit Etat d'Amérique latine sont prometteuses. Un territoire qui regorge de ressources naturelles mais où près d'un habitant sur deux vit encore sous le seuil de pauvreté.
Des navires transportant des fournitures pour une plateforme pétrolière offshore exploitée par Exxon Mobil sont vus au quai de Guyana Shore Base Inc sur la rivière Demerara, au sud de Georgetown.
Des navires transportant des fournitures pour une plateforme pétrolière offshore exploitée par Exxon Mobil sont vus au quai de Guyana Shore Base Inc sur la rivière Demerara, au sud de Georgetown. (Crédits : Reuters)

Article publié le 9 décembre et mis à jour le 11 à 7 heures

Des forêts à perte de vue... et les plus importantes réserves de pétrole brut au monde, par habitant au large des côtes. Le Guyana, ancienne colonie britannique et membre du Commonwealth, attire, plus que jamais, toutes les convoitises. Et pour cause. L'Essequibo, son territoire de 160.000km2, soit deux fois plus que la région Nouvelle-Aquitaine, ou deux fois plus que la superficie de la Guyane française, a ravivé les intérêts du Venezuela depuis que du pétrole y a été découvert par le groupe américain ExxonMobil en 2015. Attribué au Guyana par une décision de 1899, ce territoire qui représentent les deux tiers de la superficie du pays, est aujourd'hui revendiqué par son voisin et premier producteur de pétrole au monde.

L'enjeu du pétrole est tel qu'il pourrait faire basculer cette région du monde dans un conflit armé. Jeudi 7 décembre, les Etats-Unis ont annoncé mener des exercices militaires aériens de « routine » au-dessus de ce pays d'Amérique latine. En face le Venezuela de Nicolas Maduro s'est montré tout aussi déterminé à défendre un terrain qu'il considère acquis par la voie, dimanche, d'un référendum - contesté - qui a donné à 95% le « Oui » au rattachement de ce territoire. Côté guyanais, l'armée est en « alerte totale », accusant le Venezuela d'être une « nation hors-la-loi » et « un risque important pour la paix et la sécurité ».

Pour dégripper la situation, les présidents du Venezuela, Nicolas Maduro, et du Guyana, Irfaan Ali, se rencontreront ce jeudi jeudi, à Saint-Vincent-et-les-Grenadines pour aborder l'épineuse question de l'Essequibo. Ils seront entourés du président brésilien Lula, qui, à la « demande des deux parties » tente une médiation. Pourquoi Saint-Vincent-et-les-Grenadines ? Car la réunion est placée sous les auspices non seulement de la CARICOM, la Communauté caribéenne, mais aussi de la CELAC, la Communauté des Etats d'Amérique latine et des Caraïbes dont le Premier ministre de Saint-Vincent-et-les-Grenadines Ralph Gonsalves assure la présidence tournante.

« Il y a un besoin urgent de désescalade du conflit et d'instaurer un dialogue approprié, face-à-face », écrit la lettre signée de ce dernier.

Un territoire historiquement convoité

Situé entre le Surinam, le Brésil et le Venezuela, le Guyana est au carrefour des blocs américains et de leurs influences. Au moment de son indépendance en 1966, en pleine guerre froide, il se rapproche du bloc soviétique, de Cuba et de la Corée du Nord. L'Essequibo, le territoire est déjà revendiqué par le Venezuela. Mais il compte peu d'habitants. Pour y remédier, dans les années 1980, le président guyanais envisage alors un repeuplement artificiel avec l'immigration de 10.000 Haïtiens.

Face à l'appétit de l'Amérique capitaliste, en 1983, le président Burnham, proche de l'URSS, mettait en garde contre une possible invasion de l'armée américaine dans son pays pour « écraser l'indépendance ».

Au début des années 1990, le pays amorce un tournant libéral et une vague de privatisations. Les firmes étrangères, nord-américaines mais aussi chinoises, se pressent pour venir répondre aux appels d'offres et exploiter ses ressources.

En 1991, la compagnie pétrolière Total réalisait des explorations de pétrole au large des côtes. Le groupe français avait mis a jour des gisements de gaz situés en mer a environ 100 kilomètres au nord est de la capitale, Georgetown.

Aujourd'hui, TotalEnergies possède des participations dans deux champs Orinduik (15 %) et Canje (35 %), qui n'en sont encore qu'à la phase d'exploration.

Au total, ce petit pays anglophone de 800.000 habitants (et 125.000 dans l'Essequibo) a des réserves de plus de 10 milliards de barils avec de nouvelles découvertes possibles. Ses réserves per capita le placent même devant Brunei, le Koweït ou les Emirats arabes unis. Avec ExxonMobil, l'autre géant Chevron est en embuscade.

Dans ce contexte, la Chine a, elle, demandé aux deux pays de résoudre leur différend « de manière correcte », tandis que l'armée brésilienne a annoncé mercredi un renforcement de sa présence à ses frontières avec le Guyana et le Venezuela.

Bois, sucre, or, diamants et gaz

Aussi, le Guyana recèle de ressources naturelles. En plus du pétrole, situé au coeur de l'Amazonie, il est aussi une réserve de bois. Convoitées par la Chine, des réserves de gaz sont également en jeu. L'Etat caribéen, dont la devise nationale est le dollar guyanais, est aussi une terre de minerais, tel la bauxite. Les mines et usines canadiennes et américaines de bauxite ont été nationalisées après l adoption d un régime républicain en 1970. Il possède également des réserves d'or et de diamants.  Enfin, l'économie repose également sur les exportations, de sucre notamment. Le pays est en train de developper son commerce de produits agricoles avec l Europe occidentale (bananes, patates douces, mangues et autres produits).

Des richesses inégalement réparties

Mais le Guyana est le troisième pays le plus pauvre de la région, plus de 48% de sa population vivant sous le seuil de pauvreté, selon la Banque mondiale. L'Etat est surtout lourdement endetté et sa devise fortement dévaluée.

Encore récemment, à la veille des dernières élections présidentielles, il a traversé une crise politique en raison de fortes tensions ethniques entre la majorité indienne et la minorité noire.

Pourtant, les prédictions du FMI contrastent fortement avec sa situation sociale. Le Guyana connaît en effet la croissance la plus rapide du monde et est en passe de dépasser les 100 % de croissance, en grande partie grâce aux bénéfices tirés de sa production pétrolière et de son secteur d'exportation. D'ici à la fin de l'année, sa croissance annuelle devrait 38 %, selon les récentes prévisions de PIB du Fonds monétaire international.

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Commentaires 9
à écrit le 11/12/2023 à 9:50
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Avec les richesses que contient le Venezuela et qui sont mal employés ce pays devrait avoir le meilleur niveau de vie de l’Amérique du Sud, mais la politique de Chavez et Maduro ont ruiné ce pays. Voler la richesse du voisin ne servira à rien avec l’...

le 11/12/2023 à 16:13
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Avant Chavez .. Le choc pétrolier de 1974 a ainsi permis aux Vénézuéliens d’atteindre un niveau de vie proche de celui des Européens. En avril 1976, Air France ouvrait même une ligne Paris-Caracas en Concorde ... Et cela a duré longtemps : au débu...

à écrit le 11/12/2023 à 7:49
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Normal, depuis que Maduro a signé avec GS il est bien plus docile.

à écrit le 10/12/2023 à 21:53
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Madame, Monsieur, Vous parlez dans votre article de la sentence arbitrale de Paris de 1899 mais vous ne parlez pas des accords de Genève de 1966 ni de Severo Mallet-Prevost. Le sujet est bien plus compliqué que ce que vous présenté. cordialement,...

à écrit le 10/12/2023 à 6:20
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Article très intéressant ! Par contre vous devriez vous relire avant de publier.

à écrit le 09/12/2023 à 22:28
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Pour mémoire, la superficie de la Guyane française est de 90.000 km2. L’Essequibo (( 160.000km2) ne représente donc pas 5 fois la superficie de la Guyane française mais 2 fois.

à écrit le 09/12/2023 à 22:27
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Pour mémoire, la superficie de la Guyane française est de 90.000 km2. L’Essequibo (( 160.000km2) ne représente donc pas 5 fois la superficie de la Guyane française mais 2 fois.

à écrit le 09/12/2023 à 21:32
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En cherchant loin dans des grimoires, ça n'a jamais été français, le Guyana ? On pourrait, vu que c'est dans l'air du temps, revendiquer une très ancienne propriété des lieux et, enfin, avoir du pétrole à gogo (on produit 1% de notre consommation). :...

le 12/12/2023 à 14:16
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c est l ancienne guyane britanique. Il y avait 3 guyanes; la française, la guyane hollandaise qui est devenu le Surinam et la guyane britanique qui est devenu la guyana dont on parle. Avec le socialisme de Maduro ( tout pour lui, rien pour les autre...

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