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ÉconomieInternational

Bataille du pétrole au Guyana : les États-Unis envoient des avions de chasse pour calmer les ardeurs du Venezuela

latribune.fr

Publié le 07 décembre 2023 à 15:34 - Mis à jour le 08 décembre 2023 à 07:52

Les Etats-Unis vont participer à des exercices militaires aériens au Guyana a annoncé jeudi l'ambassade américaine dans le pays.

Les Etats-Unis vont participer à des exercices militaires aériens au Guyana a annoncé jeudi l'ambassade américaine dans le pays.

Reuters

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Les Etats-Unis vont participer à des exercices militaires aériens au Guyana a annoncé jeudi l'ambassade américaine dans le pays, alors que la tension est grande entre Georgetown et Caracas au sujet de l'Essequibo, région riche en pétrole sous administration guyanienne mais revendiquée par le Venezuela. Le Conseil de sécurité de l'ONU se penchera ce vendredi à huis-clos sur cette crise entre à la suite d'une requête de Georgetown.

Article publié le 7 décembre 2023 à 16h34 et mis à jour à 17h22 et 21h53

La tension monte à nouveau d'un cran au Guyana, ce petit pays d'Amérique du Sud, voisin du Venezuela qui revendique le territoire de l'Essequibo, région sous administration guyanienne (125.000 habitants des 800.000 Guyaniens en 2012), très riche en pétrole. Ce jeudi, alors qu'ils avaient jugé la veille la situation « préoccupante » et qu'ils disaient suivre la situation de « très près », les Etats-Unis sont entrés dans la partie en annonçant participer des exercices militaires aériens au Guyana.

« En collaboration avec les forces de défense du Guyana (GDF), le commandement sud des États-Unis (USSOUTHCOM) effectuera des opérations aériennes au Guyana le 7 décembre », selon un communiqué de l'ambassade américaine au Guyana, qui évoque un exercice de « routine ».

jeudi également, le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken a affirmé son « soutien inébranlable à la souveraineté du Guyana ».

Une provocation pour Caracas. « Cette provocation malheureuse des Etats-Unis en faveur des prétoriens d'ExxonMobil », principal opérateur pétrolier au Guyana, « est un pas de plus dans la mauvaise direction », a réagi sur X le ministre de la Défense vénézuélien Vladimir Padrino Lopez. « Ils ne nous feront pas nous détourner de nos actions futures pour la récupération de l'Essequibo ».

Réunion au conseil de sécurité de l'ONU

La tension est telle que le Conseil de sécurité de l'ONU se penchera ce vendredi à huis-clos sur cette crise entre à la suite d'une requête de Georgetown. Une lettre du ministre guyanien des Affaires étrangères Hugh Todd, consultée par l'AFP, attire l'attention du Conseil sur « un sujet grave qui menace la paix et la sécurité internationales ».

« Les actes du Venezuela violent les principes les plus fondamentaux du droit international (...) qui considère illégal de la part de n'importe quel Etat d'utiliser ou de menacer d'utiliser la force contre l'intégrité territoriale et l'indépendance politique d'un autre Etat », ajoute la lettre datée de mercredi.

« Sa conduite constitue une menace directe à la paix et la sécurité du Guyana, et plus largement menace la paix et la sécurité de la région entière », insiste le ministre, dont le pays entrera le 1er janvier au Conseil de sécurité parmi les membres non permanents.

L'ONU « soutient fermement l'utilisation de moyens exclusivement pacifiques pour régler les différends internationaux », avait réagi mercredi Stéphane Dujarric, le porte-parole du secrétaire général Antonio Guterres. Il avait néanmoins rappelé que « les décisions de la Cour internationale de justice (CIJ) », laquelle a demandé vendredi dernier aux deux pays de « s'abstenir de toute action susceptible d'aggraver le différend, sont « contraignantes », se disant « convaincu que les deux Etats se conformeront dûment à l'ordre de la Cour ». Le Venezuela ne reconnaît pas la CIJ dans cette affaire, exigeant un règlement négocié à partir d'un accord signé en 1966 avec le Royaume-Uni juste avant l'indépendance du Guyana.

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Caracas revendique depuis des décennies l'Essequibo, territoire de 160.000 km2 représentant plus des deux tiers du Guyana et où vivent 125.000 personnes qui parlent l'anglais, soit un cinquième de sa population. Caracas est devenu plus pressant depuis la découverte d'importantes réserves de pétrole par ExxonMobil en 2015.

Après des échanges acerbes, les deux pays ont renoué le contact mercredi avec un appel téléphonique entre le ministre des Affaires étrangères (guyanien) Hugh Todd et vénézuélien Yvan Gil « pour discuter de la question du différend territorial », selon un communiqué du ministère vénézuélien.

Si les deux ont calmé le jeu hier soir en convenant « de garder les canaux de communication ouverts », le ton était beaucoup plus belliqueux quelques heures auparavant. Dans un communiqué, Caracas accusait le président guyanien Irfaan Ali d'avoir donné « d'une manière irresponsable » le « feu vert » à l'installation de bases militaires américaines dans l'Essequibo.

Une façon de répondre au président vénézuélien Nicolas Maduro, qui, mardi, a préconisé la création d'une zone militaire spéciale près de la frontière et ordonné au géant public PDVSA d'accorder des licences d'exploitation de pétrole dans l'Essequibo. Le président venezuelien s'appuie sur le référendum organisé au Venezuela dimanche. Selon les chiffres officiels - contestés par de nombreux observateurs - quelque 10,4 millions d'électeurs vénézuéliens ont participé à la votation et 95% se sont dits favorables à l'intégration de l'Essequibo au pays.

« Il s'agit d'une menace directe pour l'intégrité territoriale, la souveraineté et l'indépendance politique du Guyana » avait immédiatement réagi le président Ali, soulignant que son armée était en «alerte totale» et accusant le Venezuela d'être une «nation hors-la-loi» et «un risque important pour la paix et la sécurité».

Le Venezuela soutient que le fleuve Essequibo doit être la frontière naturelle, comme en 1777 à l'époque de l'empire espagnol. Le Guyana estime, de son côté, que la frontière date de l'époque coloniale anglaise et a été entérinée en 1899. La Cour internationale de justice (CIJ), plus haute instance judiciaire de l'ONU dont le Venezuela ne reconnaît pas la compétence dans cette affaire, avait ordonné vendredi dernier au gouvernement vénézuélien de « s'abstenir de toute action susceptible de modifier la situation » dans l'Essequibo et aux deux parties de « s'abstenir de toute action susceptible d'aggraver ou d'étendre le différend ».

Pays de l'or noir

Le Guyana dispose des plus importantes réserves de pétrole par habitant au monde. Limitrophe du Venezuela, du Brésil et du Suriname, le pays enregistre à ce jour la croissance de brut la plus forte au monde. Fin octobre, le Guyana a annoncé une découverte « significative » de pétrole dans ses eaux territoriales revendiquées par le Venezuela voisin, et autorisé huit compagnies pétrolières à procéder à des forages. ExxonMobil a en effet découvert un important réservoir d'hydrocarbures dans la région de l'Essequibo. Avec ses partenaires Hess et CNOOK, le géant pétrolier américain a depuis 2015 découvert 46 réservoirs au large des côtes du Guyana, dont quatre depuis le début de l'année. Le vice-président guyanais Bharrat Jagde a autorisé fin octobre, après appels d'offres, huit compagnies pétrolières à effectuer des forages au large de l'Essequibo. Parmi elles, TotalEnergies, en partenariat avec Qatar Energy et la société malaisienne Petronas, mais également International Group Investment, basée au Nigeria, Liberty Petroleum Corporation, Hess et ExxonMobil, basées aux Etats-Unis, China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) et SISPRO, basée au Guyana. Chaque société devra payer une prime de signature de 10 millions de dollars dans le cas d'exploration de blocs en eaux peu profondes et de 20 millions de dollars dans le cas d'exploration en eaux profondes. Des appels d'offres qualifiés « d'illégaux » par le Venezuela.

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Par ailleurs, le 23 octobre 2023, l'Américain Chevron a annoncé l'acquisition du groupe pétrolier new-yorkais Hess, dans le cadre d'une transaction entièrement en actions de 53 milliards de dollars (près de 50 milliards d'euros). En faisant cette acquisition, Chevron entend se renforcer face à son rival Exxon Mobil sur deux marchés : la production de pétrole à base de schiste argileux et l'extraction en Guyana.

(Avec AFP)

latribune.fr

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