"Le marché polonais sera très porteur dans les prochaines années" (Pierre-André de Chalendar, Saint-Gobain)

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Pierre-André de Chalendar est Pdg de Saint-Gobain depuis 2010.
Pierre-André de Chalendar est Pdg de Saint-Gobain depuis 2010.
INTERVIEW. A l'occasion de la visite officielle du président de la République Emmanuel Macron en Pologne ces 3 et 4 février, le Pdg de Saint-Gobain, Pierre-André de Chalendar, dévoile, pour La Tribune, ses ambitions pour ce pays. Le groupe du CAC 40, spécialisé dans la conception, la production et la distribution de matériaux au service de l'habitat, du transport et de l'industrie, y est déjà bien implanté.

LA TRIBUNE - Malgré sa croissance insolente de plus de 4% qui profite à Saint-Gobain, la Pologne vieillit. Comment allez-vous résoudre l'équation entre votre activité soutenue et le nombre de travailleurs qui diminue ?

PIERRE-ANDRÉ DE CHALENDAR - 
La Pologne connait en effet un taux de chômage inférieur à 4%. Toutefois, Saint-Gobain, au regard de sa réputation très positive, parvient à recruter plus rapidement que d'autres industriels les talents dont il a besoin pour croître. Au-delà des sujets des compétences, le vieillissement de la population n'est pas nécessairement une mauvaise chose. Les seniors ont en effet des besoins spécifiques d'adaptation, étant plus sensibles à leur confort. Une grande partie de notre offre est fondée sur ce concept, mais en Europe centrale, nous sommes encore en-dessous en termes de consommation par habitant par rapport à l'Europe de l'Ouest. Par exemple, la consommation de plaques de plâtre par habitant-NDLR : connue sous le nom de la marque Placo en France - est de 2,3 en Pologne contre près de 4 en France. Cela montre les perspectives de croissance à attendre encore dans le domaine de la construction.

Plus généralement, la Pologne reste un marché du neuf, car encore en phase de construction, pas encore de rénovation. Ce qui nous fait dire que le marché domestique polonais sera très porteur dans les prochaines années. Par ailleurs, ici comme ailleurs, se produit un changement lié au numérique. L'utilisateur final - l'habitant, l'occupant de bureaux - n'est certes pas celui qui achète nos produits, mais devient prescripteur. Il s'intéresse en effet toujours plus aux fonctions que le matériau lui apporte : le confort acoustique, thermique, visuel, la modularité, la facilité de repeindre par-dessus, la qualité de l'air. Ceci offre de belles perspectives de développement pour Saint-Gobain dans ce pays !

Comment un Pdg de multinationale comme vous peut-il inciter les autorités à accélérer leur transition écologique et énergétique ?

C'est le rôle des entreprises de s'emparer de ce sujet, car elles font clairement partie des solutions. Un groupe comme Saint-Gobain, outre les produits et solutions d'isolation qu'il propose et qui permettent de réduire les consommations d'énergie et les émissions de CO2, est résolument engagé depuis longtemps pour réduire son propre impact. Je veux que le groupe atteigne la neutralité carbone en 2050.

Notre rôle est en effet essentiel, le secteur du bâtiment représentant entre 30 et 40% de la consommation d'énergie de la majorité des pays. Les chiffres sont en outre peu ou prou les mêmes en termes d'émissions de gaz à effet de serre.

Quelle que soit la politique de mix énergétique, j'insiste, la première chose à réaliser est de consommer moins. Tous les gouvernements l'entendent. Aujourd'hui, cela passe par la réglementation pour la construction neuve. Des directives européennes sont sorties et se traduisent en normes. Ces dernières ont l'avantage de réduire les coûts dès lors que tout le monde suit le même cap.

En matière de rénovation, reconnaissons que c'est plus difficile. La bonne approche consiste, selon moi, à segmenter le marché : le résidentiel d'un côté avec le logement social, le logement individuel et l'habitat collectif, et le non-résidentiel, public et privé, de l'autre. Chacun de ces cinq segments doit être traité avec des dispositifs spécifiques et adaptés.

Et justement que préconisez-vous pour atteindre le zéro carbone en 2050 ?

Le groupe affiche déjà des objectifs très ambitieux pour lutter contre le changement climatique, notamment de réduire d'ici 2025 de 20 % ses émissions totales de CO2 et de diminuer de 50 % ses déchets non valorisés. Nous sommes à mi-chemin et je suis très confiant sur le fait de les atteindre. J'ai souhaité que Saint-Gobain affiche un objectif de plus long terme de « Zéro émission nette » de carbone d'ici 2050, que j'ai annoncé à New-York lors du Sommet pour le climat. A cette date, Saint-Gobain n'émettra pas plus de gaz à effet de serre qu'il ne pourra en absorber. Pour répondre à cette ambition nous allons travailler sur quatre leviers majeurs : développer des produits et solutions pour l'efficacité énergétique, améliorer l'efficacité de nos procédés et de notre mix énergétique en recourant à des énergies décarbonées ou moins carbonées, l'économie circulaire et le transport de nos matières premières et produits.

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Commentaires
a écrit le 03/02/2020 à 16:36 :
Aussi porteur que l'action St Gobain ces dernières années ?
QUEL GRAND VISIONNAIRE !
a écrit le 03/02/2020 à 16:00 :
Dans un pays subventionné indirectement par... nos contribuables, les entreprises se gavent d'avantages en tout genre a nos dépends!
a écrit le 03/02/2020 à 12:18 :
@bruno_bd La Pologne ne veut pas entendre parler de la notion de contributeur net ni donner son argent aux autres mais, coup de tonnerre : 47 % des Polonais seraient favorables au « POLEXIT » contre 45 % qui souhaitent rester dans l’UE, sondage 2019-
GazetaPlus.pl " Czy PiS funduje Polakom Polexit ? Już 47% Polaków uważa, że Polsce Unia przeszkadza."


Une dernière remarque : lorsque le peuple britannique a décidé le Brexit, les négociateurs européens ont demandé au gouvernement de Londres d’honorer les engagements financiers pris par son prédécesseur (le gouvernement de David Cameron), ce qui représentait quelque 40 milliards d’euros cumulés et actualisés à verser à l’UE, puisque le Royaume-Uni est contributeur net.

Par raisonnement en miroir, si la Pologne décidait de procéder au Polexit, elle serait fondée à demander à ce que l’UE honore ses engagements financiers. Ce qui représenterait certainement des dizaines de milliards d’euros à verser immédiatement par l’UE au gouvernement de Varsovie, puisque la Pologne est bénéficiaire nette.

Le Polexit risquerait donc de coûter des sommes astronomiques aux pays contributeurs nets restants après le départ du Royaume-Uni, c’est-à-dire principalement l’Allemagne et… la France.

Décidément, et pour paraphraser Joseph Stiglitz, Prix Nobel d’économie américain qui parlait de l’euro, ce sont les pays qui sortiront les premiers de l’UE qui s’en sortiront le moins mal..
Réponse de le 03/02/2020 à 13:23 :
@ Gédéon ;


Beaucoup de chiffres , mais je n'ai pas vu la date du référendum , si tu as une info merci d avance....
Réponse de le 03/02/2020 à 18:17 :
@roro Un référendum polonais ? Quelle audace mon cher, l' exemple anglais étant suffisamment démonstratif de donner la parole au peuple, vous voulez précipiter les choses ?!
a écrit le 03/02/2020 à 8:38 :
Avec tous les milliards que lui donne l'UE c'est le moins que l'on puisse attendre mais encore une fois, pendant que l'argent public est dilapidé nous attendons...
Réponse de le 03/02/2020 à 9:45 :
77,6 milliards d'€ exactement pour la période 2014-2020. Et vu les excellentes performances économiques qui permet à la Pologne de rattraper à grandes enjambées, elle deviendra vite contributeur net. L'argent donné à la Pologne est sûrement mieux investi que celui qui a été donné à la Grèce depuis son adhésion (même si là aussi ça va mieux).
Réponse de le 03/02/2020 à 10:09 :
@ moulin à vent

"elle deviendra vite contributeur net"

Comme la finance européenne qui amasse ses milliards dans ses paradis fiscaux depuis des décennies et qui est censée financer notre économie. Pourquoi toujours ce besoin de confirmer mes propos stp ?

SIgnalé

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