Le réquisitoire de Michael Cohen, l'ex-avocat de Donald Trump, contre son ancien client

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L'ex avocat de Donald Trump Michael Cohen.
L'ex avocat de Donald Trump Michael Cohen. (Crédits : Brendan McDermid)
"Raciste", "escroc", "arnaqueur"... C'est dans des termes sans équivoque que Michael Cohen, l'ex avocat personnel de Donald Trump, a dépeint le président américain, qui l'a employé pendant dix ans, lors de son audition devant une commission d’enquête de la Chambre des représentants, mercredi 27 février.

Pas certains que ses mots n'écornent davantage la réputation déjà sulfureuse de Donald Trump. Mais ils demeurent forts. Michael Cohen, ancien avocat personnel du président américain, a qualifié ce dernier, devant le Congrès devant lequel il auditionnait mercredi 27 février, le milliardaire américain de "raciste", d'"arnaqueur" et d'"escroc" qui était informé à l'avance de la fuite des e-mails piratés qui ont gravement déstabilisé la campagne d'Hillary Clinton en 2016. Affichant des remords, il a reconnu des errements de sa part.

"J'ai honte de ma faiblesse et de ma loyauté déplacée, des choses que j'ai faites pour M. Trump afin de le protéger et de le défendre. J'ai honte parce que je sais qu'est M. Trump. C'est un raciste, un arnaqueur, un escroc".

Durant six heures, M. Cohen a ainsi occupé les télévisions, les radios et les sites des journaux américains. Il a été tour à tour vindicatif  contre son ancien patron, dans la contrition en évoquant ses propres erreurs passées, fragile sur sa défense personnelle et prudent quant à de nouvelles illégalités susceptibles de gêner le président des Etats-Unis. Il a toutefois prévenu dès le début de cette séance exceptionnelle : "la dernière fois que j'ai témoigné devant le Congrès, c'était pour protéger M. Trump. Je ne le protège plus".

Mentir pour Donald Trump

Dans sa déclaration liminaire devant la commission de suivi de l'action gouvernementale de la Chambre des représentants, lors d'une audition retransmise en direct à la télévision, Cohen a déclaré qu'il remettrait des documents étayant ses dires. Il a présenté un chèque de 35.000 dollars (30.000 euros) signé de la main du président, prouvant qu'il avait lui-même remboursé des paiements effectués avant l'élection pour acheter le silence de l'actrice de films pornographiques Stormy Daniels, au sujet de leur liaison alors qu'elle affirme avoir eue des relations sexuelles avec le futur président. Donald Trump a également demandé à Michael Cohen de mentir à propos de cette affaire devant son épouse, Melania Trump.

"Donald Trump est un homme qui a brigué la présidence pour faire valoir sa marque, pas pour rendre le pays plus grand", a accusé Cohen. "Il n'a aucun désir, aucune intention de diriger ce pays  sauf pour se vendre et consolider sa richesse et son pouvoir." A l'adresse des membres du parti républicains, Michael Cohen a ajouté: "J'ai fait la même chose que vous aujourd'hui, pendant dix ans. J'ai protégé M. Trump pendant dix ans. Plus les gens seront nombreux à suivre M. Trump comme je l'ai fait aveuglément, plus ils seront nombreux à souffrir des mêmes conséquences."

L'ancien avocat dit avoir reçu ordre par Donald Trump de verser 130.000 dollars à l'actrice de films X Stormy Daniels pour cacher une relation sexuelle qu'elle affirme avoir eue avec le futur président. Donald Trump a également demandé à Michael Cohen de mentir à propos de cette affaire devant son épouse, Melania Trump.

Trump réagit depuis le Vietnam

A Hanoï, où il s'apprête à rencontrer le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, Donald Trump s'est fendu d'un tweet rageur.

"Michael Cohen était l'un des nombreux avocats qui m'ont représenté (malheureusement). Il avait d'autres clients. Il vient juste d'être rayé du barreau par la Cour suprême de l'Etat pour mensonge et fraude. Il a fait de sales choses sans lien avec Trump. Il ment pour réduire sa peine de prison", a-t-il écrit.

Cohen a plaidé coupable en novembre dernier de mensonges devant le Congrès pour avoir dit en 2017 à des parlementaires que ses efforts pour faire aboutir un projet de Trump Tower à Moscou avaient pris fin en janvier 2016, alors qu'ils se sont poursuivis jusqu'en juin 2016. Il purgera à compter de mai une peine de trois ans de prison. Il a entamé mardi une série de témoignages devant le Congrès, en promettant d'apporter une nouvelle lumière sur les affaires privées du milliardaire aujourd'hui à la tête de la Maison blanche.

Alors que le procureur spécial Robert Mueller semble sur le point d'achever son enquête sur l'ingérence présumée de la Russie en faveur de Trump lors de la présidentielle de 2016, Michael Cohen a dit aux parlementaires que le président lui avait demandé à plusieurs reprises, et jusqu'en juin 2016, de le tenir informé de l'état de son projet de Trump Tower à Moscou. La séance de mercredi devait porter essentiellement sur ce que Cohen sait des affaires de Trump et de ses associés avec la Russie, ainsi que sur de précédents mensonges de l'avocat devant le Congrès, a-t-on indiqué de sources parlementaires.

Versements d'argent illégaux

Michael Cohen a été l'un des plus proches collaborateurs de Donald Trump - il s'était dit prêt à "prendre une balle" pour lui - mais il s'est retourné l'an dernier contre son ancien patron et coopère avec les procureurs après avoir plaidé coupable d'évasion fiscale, de fraude bancaire et de violations de la législation sur le financement des campagnes électorales.

Il a notamment déclaré que Trump lui avait ordonné de verser de l'argent à deux femmes - Stormy Daniels et l'ex-playmate Karen McDougal - pour qu'elles taisent avoir eu des relations sexuelles avec le futur président avant l'élection de 2016. Ces versements constituent une infraction à la loi sur le financement des campagnes, puisque le silence de ces deux femmes a pu avoir une influence directe sur l'issue de l'élection présidentielle de novembre 2016.

La porte-parole de la Maison blanche Sarah Sanders s'en est pris mardi à la crédibilité de l'ancien avocat, jugeant "risible qu'on puisse prendre au mot un menteur condamné comme Cohen et pathétique qu'il puisse avoir une nouvelle occasion de répandre ses mensonges". Dans son projet de déclaration liminaire, Cohen affirme qu'il était dans le bureau de Trump en juillet 2016 lorsque le conseiller politique du futur président, Roger Stone, l'a appelé pour l'informer que Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, lui avait dit qu'une série de courriels susceptibles de mettre à mal la candidature de Clinton seraient publiés dans les prochains jours.

Ces courriels ont été piratés sur les serveurs du Comité national du Parti démocrate et diffusé le 22 juillet 2016. A l'époque, Trump a affirmé qu'il n'avait pas été informé à l'avance de cette diffusion massive. En revanche, Cohen dit ne pas avoir de preuve directe d'une collusion entre Trump ou son équipe de campagne et la Russie, ce que cherche à établir le procureur spécial Mueller et que dément avec force le président des Etats-Unis, qui parle d'une "chasse aux sorcières".

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Commentaires
a écrit le 28/02/2019 à 20:50 :
Pas sûr que nos démocraties et le monde politique gagnent beaucoup à ce grand lavage de linge sale; l'adage"le linge sale se lave en famille" reste pertinent. On peut dès lors se demander s'il est pertinent de donner tribune à un tel personnage..mais évidemment, nous sommes dans un monde de transparence totale?
a écrit le 28/02/2019 à 14:22 :
Tout ça manque de dignité : on est dans la vraie trash TV, et dans le pur populisme ?
a écrit le 28/02/2019 à 10:46 :
Montrer au monde que la politique protectionniste américaine est du à un personnage forcément "méchant".

C'est là où la stratégie américaine qui ne veut pas assumer la vérité, jamais, touche ses limites et c'est bien ce qu'il me fait dire que cette si belle et formidable puissance américaine ne connaissant pas de concurrents à son niveau reste atteignable. Le scénario est léger pour quelqu'un qui sait parce que balader un politicien lrem est tellement facile...

Il y a de marge qu'une intelligence économique européenne pourrait dépasser sans problème mais hélas l'oligarchie financière européenne n'a fait qu’anéantir toute forme d'intelligence dans son principe de fonctionnement afin de se vautrer dans la corruption généralisée.

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