Le transport maritime mondial pris dans la tempête commerciale

Droits de douane et reconfiguration des routes maritimes mondiales.
Edgar Su

Droits de douane et reconfiguration des routes maritimes mondiales.
Edgar Su
Pas un jour sans une annonce choc. Mi-mars, Pékin bloque les livraisons de Boeing. En avril, Ford freine l'exportation de ses voitures vers la Chine. En début de semaine, c'est au tour de DHL de suspendre ses envois de grande valeur vers les États-Unis. Les chaînes logistiques tanguent, la mondialisation vacille, et le transport maritime encaisse de plein fouet.
Après l'épisode du Covid-19 qui avait fait exploser les prix sur certaines routes transpacifiques, le marché semblait pourtant se stabiliser, avec des taux de fret retrouvant leur équilibre. C'était sans compter l'arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche début janvier qui a plongé le fret maritime dans l'incertitude.
En mars, le fret mondial a ralenti, avec des navires remplis à 50 % et des entreprises cherchant désespérément à stocker leur marchandise entre l'Europe et la Chine, dans l'attente d'en savoir plus. Le 2 avril, c'est l'onde de choc des droits de douane américains qui frappent les économies du monde entier. Les bourses dégringolent, les chaînes logistiques tanguent et le fret maritime tremble.
L'annonce des droits de douane par Donald Trump a déclenché une ruée sur le fret. Les exportateurs ont expédié en urgence leurs marchandises avant l'entrée en vigueur des taxes, le 5 avril pour la hausse généralisée de 10 %, puis le 9 avril pour les taxes ciblées par pays. En quelques jours, les conteneurs ont été pris d'assaut. Et la frénésie repart depuis l'annonce, le 9 avril, d'une suspension des droits de douane pour 90 jours.
« Les gens veulent acheminer au maximum vers les États-Unis : ils déstockent», détaille Alexandre Charpentier, spécialiste transport associé au cabinet Roland Berger. Au point qu'il est parfois difficile d'acheminer un conteneur et que les prix sont repartis à la hausse.
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Même constat chez Ovrsea, spécialiste du transport maritime de conteneurs. Son président, Arthur Barillas De Thé, évoque un véritable effet de « front loading » - un préchargement massif opéré dès janvier, février et mars. Par crainte d'un scénario défavorable, de nombreux clients ont préféré anticiper. « Au pire, ils avaient du stock ; au mieux, ils évitaient une facture salée », résume le fondateur. Une stratégie gagnante pour certains, notamment dans le luxe, où « jusqu'à 10 millions d'euros ont été économisés sur les droits de douane au premier trimestre » souligne le fondateur d'Ovrsea.
Selon lui, depuis l'annonce de la suspension des droits de douane, « les expéditions de conteneurs se réajustent quotidiennement, dans un climat d'incertitude ». Une reprise chaotique se profile, avec des routes maritimes en pleine recomposition.
La suspension des droits de douane n'inclut pas encore la Chine, cible privilégiée du président américain. L'escalade des tarifs (+145 % sur les produits chinois aux États-Unis et +125 % sur les produits américains en Chine) impacte directement l'axe maritime Chine/États-Unis.
Sur cet axe historique « les volumes chutent significativement », observe le fondateur d'Ovrsea, mettant en lumière l'impact direct de l'escalade tarifaire sur le transport maritime. « Le transpacifique, autrefois l'un des corridors les plus dynamiques, ralentit considérablement », confirme Alexandre Charpentier, spécialiste transport chez Roland Berger. La perte de puissance de l'axe maritime historique Chine/États-Unis ouvre la voie à deux axes maritimes émergents.
« On assiste déjà à une redirection progressive », constate le spécialiste transport chez Roland Berger. « La Chine développe ses échanges vers l'Afrique, tandis que l'Inde et l'Asie du Sud-Est prennent de l'ampleur dans les nouvelles routes commerciales » ajoute-t-il.
Les flux inter-Asie, entre la Chine, l'Inde, le Vietnam, la Malaisie et les Philippines, « restent parmi les plus dynamiques du fret mondial », selon le fondateur d'Ovrsea. Cependant, il précise que « cette croissance n'est pas nouvelle, ces corridors sont en plein essor depuis plusieurs années, donc difficile d'y voir un impact direct de Trump ». En revanche, il note une « réorientation stratégique vers cet axe », avec des géants du transport maritime comme MSC qui ajustent leur capacité, suivant les entreprises qui réorganisent leurs chaînes logistiques face aux annonces douanières américaines.
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Sur l'axe Chine-Europe, « l'effet Trump est quasi inexistant », selon le fondateur d'Ovrsea. Même si l'Europe taxe les petits colis chinois, « le faible volume du fret aérien ne suffira pas à provoquer une grande reconfiguration du maritime sur cette route ».
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