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ÉconomieInternational

Les 10 points chauds de l'élection présidentielle américaine 2016

Photo de Les correspondants de La Tribune

Lysiane J. Baudu

Publié le 07 novembre 2016 à 16:00 - Mis à jour le 09 novembre 2016 à 13:22

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C'est une Amérique post-American Dream, fracturée et divisée, qui, le 8 novembre, huit ans après la crise financière, va choisir le successeur de Barack Obama. Voici, sous forme de questions-réponses, les 10 facteurs qui pourraient permettre aux candidats de gagner. Ou pas.

Qui va décider de l'issue de la présidentielle américaine de 2016 ? Les électeurs, évidemment, mais en particulier ceux des États indécis, qui peuvent basculer du côté démocrate comme du côté républicain ? Sans aucun doute ! Mais aussi les femmes, de plus en plus nombreuses à se mobiliser, tout comme les Hispaniques. Les millionnaires, peut-être, qui ont financé les comités d'action politique, et la classe moyenne, inquiète de son déclassement. Et pourquoi pas les désenchantés de la politique, nombreux, y compris parmi les jeunes, qui pourraient vouloir s'exprimer ? Quant aux candidats, qui ont souvent fait une campagne au ras des pâquerettes, ils ont bien sûr une responsabilité dans l'issue du scrutin. Au total, en tout cas, ce sont quelque 218 millions d'Américains en âge de voter (même si, en général, un peu plus de la moitié seulement exerce ce droit) qui auront un rôle dans l'élection du président, le 8 novembre prochain.

1 - LES ÉLECTEURS DES SWING STATES ? -> OUI

Les swing states, ces États indécis qui peuvent basculer aussi bien côté démocrate que du côté républicain, sont nombreux pour cette présidentielle 2016. Certains de ces indécis le sont traditionnellement, comme l'Ohio, la Pennsylvanie ou la Floride. Cette année, le Wisconsin, le New Hampshire, le Minnesota, l'Iowa, le Michigan, le Nevada, le Colorado et la Caroline du Nord le sont également. Pour l'heure, les derniers sondages montrent que, dans l'Ohio, par exemple, Hillary Clinton, au coude-à-coude avec Trump début octobre, creuse l'écart, les intentions de vote en sa faveur étant montées de 45% le 8 octobre à 45,6% le 13, mais surtout, celles en faveur de Trump s'effondrent : de 45,3% à 43,8. Même chose en Floride : Trump est passé de 43,6% d'intentions de vote le 25 septembre (et 43,4% pour Clinton), à 42,4%, le 14 octobre, tandis que la candidate démocrate attirait 45,3% des électeurs à la mi-octobre (contre 43,4% fin septembre). Enfin, au hasard, en Caroline du Nord, si les deux rivaux étaient au coude-à-coude (à 43% d'intentions de vote) le 3 octobre, le fossé s'est là aussi creusé : Clinton s'envole, avec 45% des intentions de vote au 13 octobre, et Trump s'effondre, avec 42,1%. Cela dit, rien n'est joué, c'est le principe même des swing states !

2 - LES FEMMES ? -> Oui

Une femme à la Maison-Blanche ? Certaines Américaines en rêvent ! Mais pas toutes. Les unes ne s'identifient pas à une femme qu'elles estiment carriériste avant tout, sans parler du fait qu'elle a accepté les infidélités de son mari. Les autres, plus conservatrices, n'apprécient pas son soutien à la contraception et à l'avortement. Enfin, si les propos - ouvertement sexuels et dégradants - tenus par Trump dans une vidéo de 2005 rendue publique au début octobre ont incité certains poids lourds du parti républicain à lui retirer leur soutien, 74% des électeurs de la base républicaine estiment que le parti devrait continuer à le suivre, et parmi eux, 73 % de femmes... Cela dit, depuis les années 1980, les femmes votent majoritairement pour le camp démocrate (55 %, contre 45 % pour les républicains en 2012). Cette année, le phénomène s'est accentué : dans l'ensemble de l'électorat, Hillary Clinton bénéficie, selon les derniers sondages, d'une avance de 12 points sur Donald Trump, et de 20 points parmi les femmes.

Ainsi, les électrices blanches titulaires d'un diplôme universitaire ont largement rejoint le camp Clinton, alors qu'elles avaient (à une très faible majorité) voté en faveur de Mitt Romney en 2012. Dernier élément : les femmes votent plus que les hommes. Elles ont représenté la majorité des votants à chaque élection présidentielle depuis 1984.

3 - LES ÉLECTEURS HISPANIQUES ? -> Peut-être

Selon les projections, à l'horizon 2040, aucun groupe racial ne sera majoritaire aux États-Unis. Avant cela, la présidentielle 2016 devrait être celle où les « blancs » ne composeront que 70 % du total des votants, contre 89 % en 1976.

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En 2012, ils n'étaient déjà plus que 72 %... Entre-temps, la population hispanique a augmenté, à 57 millions. Les Latinos représentent aujourd'hui 18 % de la population totale, la plus grande minorité. En outre, cette année, 27,3 millions d'entre eux (contre 23,3 millions lors du dernier scrutin présidentiel), peuvent voter.

Les électeurs hispaniques se sont massivement prononcés en faveur d'Obama en 2012 (71 % contre 27 % pour Mitt Romney) selon un sondage de sortie des urnes du Pew Hispanic Center. Seul problème, lors des précédents scrutins présidentiels, les Latinos ne se sont pas déplacés en masse. Mais cette année, compte tenu des enjeux - Trump veut renvoyer tous les illégaux chez eux et construire un mur à la frontière avec le Texas -, ils semblent plus mobilisés. Et penchent, selon les projections de l'institut de sondage Latino Decisions, à 82% en faveur d'Hillary Clinton.

4 - LES MILLIONNAIRES ? -> Peut-être

Ils sont riches, blancs et âgés. Et ont alimenté les caisses des partis politiques. Certains ont un thème fétiche, comme l'environnement pour Tom Steyer (59 ans), gestionnaire d'un hedge fund, qui a versé 20 millions de dollars à un superPAC [Political action committee, comité d'action politique, ndlr] progressiste pour mobiliser près de dix millions d'Afro-américains, de Latinos et de jeunes électeurs dans différents États indécis, ou Michael Bloomberg (74 ans), qui s'intéresse avant tout au contrôle des armes à feu. D'autres soutiennent des causes générales - et conservatrices - comme Sheldon Adelson (83 ans) magnat des casinos, et Robert Mercer (70 ans), gérant de fonds spécultifs. Les riches donateurs, de droite comme de gauche, ne sont pas les seuls à verser des fonds dans la campagne. Les candidats sollicitent également, pour quelques dizaines de dollars, les électeurs de base, après le succès d'Obama dans ce domaine (37 % de ses levées de fonds en 2012). À ce jeu, d'ailleurs, Donald Trump a mieux réussi qu'Hillary Clinton.

5 - LA CLASSE MOYENNE ? -> Oui

Aussi bizarre que cela paraisse, c'est aujourd'hui Donald Trump, le candidat républicain, homme d'affaires richissime, qui a pour base électorale la classe ouvrière et moyenne. Il cultive une anxiété partagée par de nombreuses familles, majoritairement blanches, pour lesquelles la promesse du rêve américain, à base de « home sweet home » et de mobilité sociale, n'est plus qu'un souvenir. Déclassement économique et social, anxiété culturelle face aux changements démographiques et à la mondialisation, craintes pour l'avenir de leurs enfants, ces familles, qui n'ont souvent pas fait d'études supérieures, sont les grandes perdantes de la reprise économique. Reste que cette nouvelle base électorale se réduit. C'est particulièrement vrai pour la classe ouvrière : elle ne représentait déjà plus qu'un tiers de l'électorat en 2012, contre deux tiers en 1980. En outre, elle sera bientôt composée d'une majorité de noirs et d'Hispaniques. Fera-t-elle la différence cette année ? Sans doute, mais peut-être pour la dernière fois... Quant à la classe moyenne, elle a été laminée. En 2014, selon une étude du Pew Research Center, sur le total des revenus des ménages, 49% sont allés à la classe la mieux lotie, contre 29% en 1970, tandis que la classe moyenne, constituant pourtant près de la moitié de la population, n'en a récupéré que 43% (contre 62% en 1970), reflétant un fossé qui n'a cessé de se creuser.

6 - LES RURAUX, DÉLAISSÉS AU CENTRE DU PAYS ? -> Peut-être

Des États-Unis, les touristes ne visitent généralement que la côte est et la côte ouest et survolent le centre du pays. Pas assez d'infrastructures, d'écoles ou d'hôpitaux, et pas assez de mobilité sociale, à moins d'aller en ville : les ruraux américains, plus âgés, plus blancs et moins éduqués que les urbains, ont le sentiment d'être délaissés par le gouvernement fédéral, à Washington. Plus conservateurs que leurs compatriotes des deux côtes, ils ont fermement l'intention de voter pour Trump pour faire part de leur ressentiment. Selon un sondage du Washington Post, le républicain devance la démocrate de 20 points dans les campagnes, tandis qu'Hillary Clinton tient le haut du pavé dans les villes. La fracture n'est pas nouvelle : en 2012, Mitt Romney a gagné chez les ruraux (de 20 points) tandis que Barack Obama l'a largement emporté dans les zones urbaines. Reste que la population rurale tend à diminuer : elle représentait plus de 19 % de la population en 2010, et 18,55 % en 2014.

7 - LES DÉSENCHANTÉS DE LA POLITIQUE ? -> Oui

Tout a commencé par la naissance du Tea Party, issu de la colère de certains à voir les grandes institutions de Wall Street, responsables de la crise des subprimes, sauvées par l'argent des contribuables. Depuis, tout y passe. Le personnel politique corrompu et coupé du peuple, l'État qui veut se mêler de tout (même de la santé !), ainsi que la crise économique, l'immigration, le commerce international qui détruit des emplois. Du coup, nombreux sont ceux qui préfèrent, ne serait-ce que par défiance vis-à-vis de l'establishment, un homme neuf comme Donald Trump, plutôt qu'une femme rompue au jeu politique telle qu'Hillary Clinton. Même les jeunes, dont certains ont un temps rejoint le mouvement Occupy, n'y croient plus, déçus qu'ils sont de la présidence Obama, au cours de laquelle ils ont vu le coût des études supérieures s'envoler, et avec lui, le niveau de leurs dettes ainsi que leurs perspectives d'avenir professionnel. Si Obama avait réussi à les mobiliser, Hillary Clinton a beaucoup plus de mal. Les désenchantés pourraient faire la différence, en votant pour Trump, ou, pour les jeunes en particulier, en s'abstenant.

8 - DONALD TRUMP ? -> Oui

S'il échoue, le candidat républicain ne pourra s'en prendre qu'à lui-même.

Pour l'heure, alors qu'il baisse dans les sondages, il blâme les médias, de mèche avec les démocrates, selon lui, la campagne, corrompue par l'argent, et même le système électoral, qui serait truqué ! La réalité, c'est qu'à force d'arrogance et de petites phrases outrancières, que ce soit sur les femmes (qu'il considère avant tout comme des objets sexuels), les Mexicains (notamment les illégaux, qu'il veut « déporter »), les musulmans (qu'il veut interdire du pays), la torture (qu'il trouve très efficace) ou le réchauffement climatique (un canular, selon lui), Donald Trump s'est tiré une balle dans le pied. Certes, il reste les Évangélistes, prêts à tout lui pardonner au nom de la miséricorde divine, les « petits blancs » qui s'inquiètent de leur déclassement, économique, social et culturel, et les membres du Tea Party qui veulent du changement par rapport à l'élite de Washington, mais il aura rebuté des millions d'électeurs. Par ailleurs, alors qu' à l'occasion des primaires il avait réussi à « énergiser » des Américains qui ne s'intéressaient pas à la politique auparavant, nul ne sait si ces « nouvelles recrues » voteront finalement en masse le 8 novembre.

9 - HILLARY CLINTON ? -> Peut-être

Elle a fait quelques bourdes, comme lorsqu'elle a traité les supporters de Donald Trump de « gens déplorables », changé d'idées à plusieurs reprises, comme sur les traités commerciaux, qu'elle soutenait à l'origine, mais que, poussée par la gauche du parti, elle a ensuite rejeté, et surtout, elle a quelques casseroles, qui vont de courriels compromettants à des coups financiers douteux avec son mari Bill Clinton, du fait de sa longue carrière politique. Pour nombre d'électeurs, Hillary Clinton n'est ni fiable, ni transparente. Ces éléments la desservent et font d'elle une candidate peu « aimable », qui a du mal, au-delà de ses critiques envers son adversaire, à fédérer l'électorat avec un discours porteur.

10 - LES THÈMES DE L'ÉLECTION ? -> Non

La présidentielle américaine n'est pas réputée pour l'élévation de ses débats, mais jamais elle n'avait été aussi médiocre. Ce ne sont pas les thèmes de base d'une campagne (emploi, santé, violence, politique extérieure...) qui ont animé les conversations ces derniers mois, même s'ils ont été présents, mais la personnalité, controversée, des deux finalistes. Une candidate qui pèse presque tout ce qu'elle dit et manque de transparence, en face d'un autre, qui jacasse sans réfléchir !

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Lysiane J. Baudu

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