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ClimatEnergie & Environnement

Présidentielle américaine : Denver, une Smart City dans la campagne

Photo de Les correspondants de La Tribune

Lysiane J. Baudu

Publié le 22 octobre 2016 à 04:30 - Mis à jour le 09 novembre 2016 à 13:23

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[ 6/10 ] A l'occasion de la campagne de l'élection présidentielle aux États-Unis, "La Tribune", le journal des métropoles, propose de vous embarquer pour un "road movie" à travers plusieurs villes pour aller à la rencontre des citoyens d'un pays en plein changement. Aujourd'hui, Denver.

Depuis l'élection de Barak Obama en 2008, en pleine crise économique, l'Amérique a changé. Si, en huit ans, elle s'est relevée, tous les Américains ne ressentent pas de la même façon les effets de la croissance retrouvée. Perte de repères, anxiété face à la menace - devenue réalité pour certains - d'un déclassement économique et social, violence et racisme renouvelés, irruption du terrorisme "local", paralysie à Washington et polarisation politique, sans oublier les problèmes d'immigration, de santé, d'éducation, de droit à l'avortement et de droits civiques : l'Amérique traverse une crise existentielle. Nous l'avons parcourue, de ville en ville, pour prendre son pouls et battre la campagne avec les deux candidats à la présidentielle. Une femme, Hillary Clinton, attendue au tournant de sa longue carrière politique - y compris par certains électeurs démocrates qui ne lui font pas confiance -, face à un milliardaire, que de nombreux républicains bon teint détestent, mais qui a réussi à battre tous les candidats de l'establishement lors de la primaire. Oui, décidément, l'Amérique change. L'Amérique est "on the move", même si nul ne sait où elle arrivera le 8 novembre prochain, à l'occasion de la première élection "post-American dream".

___

[ DENVER, CAPITALE DU COLORADO ]

Les coups bas de la course à la Maison-Blanche ont éclipsé les sujets de fond, comme le réchauffement climatique. De toute façon, là encore, les Américains sont divisés.

De la Ruée vers l'or, il reste encore, dans le downtown de Denver, capitale du Colorado, quelques boutiques qui proposent chemises à carreau, bottes de cowboys et "bolo ties" en turquoise. Pas de chevaux dans les rues, mais des piétons, puisque la ville fait partie de celles où l'on peut flâner. Et des vélos : Denver s'est dotée, parmi les premières, d'un système à la Vélib, le B-cycle. Les Rocheuses, toutes proches, offrent également des dizaines de sentiers de randonnée et de pistes de ski. Ville de l'outdoor par excellence, Denver a décidé de protéger ce patrimoine : large réseau de transport en commun à base de bus hybrides gratuits, programmes d'aménagement urbain visant à conserver l'eau, bâtiments et aéroport dotés de panneaux solaires, la municipalité veut se hisser aux premiers rangs du palmarès des smart cities américaines.

17 villes américaines engagées dans le 100% énergies renouvelables

Et si Denver ne fait pour l'instant qu'explorer la possibilité de tirer 100% de son électricité de sources renouvelables d'ici à 2030, Boulder, la cité universitaire à 50 kilomètres de là, vient d'annoncer  officiellement son engagement dans cette voie, après Aspen, la luxueuse station de ski. Au total, 17 villes américaines ont déjà franchi le pas. Quant au gouverneur démocrate du Colorado, John Hickenlooper, que certains soupçonnent de guigner un poste dans la prochaine administration si Hillary Clinton est élue, il envisage actuellement d'édicter une obligation de réduire de 35% les émissions de CO2 pour les centrales électriques de l'Etat d'ici à 2030. Le gouverneur a le droit de croire à un poste dans une prochaine administration Clinton : les derniers sondages, nationaux comme localement dans le Colorado, indiquent une avance d'Hillary Clinton sur son rival, même si, lors de la primaire démocrate, les électeurs de cet Etat, en particulier les jeunes, qui ont choisi de s'installer à Denver ou à Boulder pour la qualité de vie, lui avaient préféré Bernie Sanders.

Conflit d'opinions sur le réchauffement climatique

La lutte contre le réchauffement climatique semble donc faire consensus, au moins dans certaines régions du Colorado. D'autres sont plus partagées, l'Etat faisant partie des 10 plus grands producteurs de gaz naturel, de pétrole et de charbon aux États-Unis.

A l'échelle du pays tout entier, les divergences d'opinion suivent, une fois de plus, la ligne de fracture politique. Selon la dernière étude du Pew Research Center, publiée début octobre, alors que 70% des démocrates les plus "à gauche" font confiance aux scientifiques sur la question du réchauffement climatique, les républicains les plus conservateurs ne sont que 15%... Parmi ceux qui ne croient pas au réchauffement, on trouve évidemment Donald Trump - qui est allé jusqu'à dire dans un tweet, le 6 novembre 2012, date du précédent scrutin présidentiel américain, que le concept de réchauffement climatique avait été créé de toutes pièces par et pour les Chinois, « afin de rendre l'industrie manufacturière américaine non-compétitive »... Et même s'il a récemment qualifié ce tweet de plaisanterie -retweeté tout de même plus de 37.000 fois!-, Trump garde son cap en voulant maintenant annuler l'accord de Paris (COP21) sur le climat, que les Etats-Unis se sont récemment engagés à ratifier. Sur son site, en tout cas, aucune référence aux questions d'environnement. En revanche, celui d'Hillary Clinton considère le changement climatique et la protection de la nature et des animaux comme deux thèmes majeurs.

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Réconcilier besoins énergétiques et environnement

Si le climat est le grand absent de la campagne -plus centrée sur les personnalités, controversées, des deux candidats-, le 9 octobre, lors du deuxième débat télévisé, ces derniers ont été  interrogés sur la nécessité de réconcilier besoins énergétiques du pays et protection de l'environnement, tout en minimisant les destructions d'emplois dans l'énergie fossile. N'étant pas à une contradiction près, Trump a d'abord critiqué l'administration Obama et son « extrême » réglementation sur l'environnement, source, selon lui, de la crise qui touche l'industrie du charbon, pour ensuite faire l'apologie du gaz, énergie peu onéreuse obtenue notamment grâce à la fracturation hydraulique - et qui est en grande partie responsable de la débâcle du secteur charbonnier... Qu'il soit à la télévision ou sur le terrain - en Pennsylvanie ou en Virginie Occidentale, deux Etats qui comptaient nombre de « gueules noires » avant les faillites en cascade de sociétés minières - Trump promet de « remettre les mineurs au travail » et accuse Hillary Clinton de vouloir les priver de leur emploi. Et lorsqu'il est dans le Colorado, comme il y a quelque jours à Denver, il promet également d'alléger la réglementation sur l'extraction de pétrole et de gaz.

Quand Hillary Clinton gaffe avec les gueules noires

Hillary Clinton, de son côté, s'est prise les pieds dans le tapis, en déclarant tout de go sur CNN :

« Nous allons mettre en faillite de nombreuses mines de charbon et mettre au chômage de nombreux mineurs, n'est-ce pas ? », en mars dernier.

Depuis, elle ne cesse de s'excuser, et assure, comme elle l'a fait lors du deuxième débat, que personne ne sera laissé sur le bord du chemin, grâce à son programme économique fondé sur les énergies renouvelables... Les renouvelables, et le solaire en particulier, ont le vent en poupe au Colorado.

« Si une minorité pour le moins bruyante, ici comme ailleurs, nie le réchauffement climatique, cela n'empêche pas le Colorado ni le Texas, encore plus « à droite », ni le reste du pays de miser sur les renouvelables », relève ainsi Scott Denning, professeur à la faculté des sciences atmosphériques de l'Université du Colorado.

Si si, les Etats-Unis ont réduit leurs émissions de CO2

En 2015, sur l'ensemble des États-Unis, les émissions de dioxyde de carbone (CO2) liées à l'énergie ont baissé de 12% pour rapport aux niveaux de 2005, principalement en raison de la transition dans le secteur de l'électricité.

Aussi, lorsque Donald Trump déclare vouloir œuvrer, s'il est élu, à  l'élimination des mesures prises par l'administration Obama pour réduire la part du charbon dans la production d'électricité, « il aurait du mal », précise le professeur Denning. La raison ? Elle est économique : les énergies renouvelables sont désormais moins chères que le charbon. Et le professeur Denning de conclure :

« Il n'y a rien que Trump pourrait dire ou faire qui pourra changer cela »...

Par Lysiane J. Baudu

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Lysiane J. Baudu

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