Moyen-Orient : le pétrole iranien, casse-tête des Américains

L’administration Biden veut prévenir l’entrée en guerre de l’Iran pour éviter un embrasement régional et contrer une flambée des cours du baril de brut.
Robert Jules
Plateforme offshore dans le gisement de Salman, dans le golfe Persique.
Plateforme offshore dans le gisement de Salman, dans le golfe Persique. (Crédits : ALI MOHAMMADI/BLOOMBERG)

En visite dans le Golfe la semaine dernière, Brian Nelson, le sous-secrétaire au Trésor chargé du terrorisme et du renseignement financier, est venu convaincre ses alliés du Qatar, du Koweït, des Émirats arabes unis de cesser de fournir des fonds au Hamas. Mais cette démarche pour assécher les finances de l'organisation islamiste a ses limites. C'est en effet l'Iran qui aide financièrement le Hamas et le Djihad islamiste palestinien sur le plan militaire, à hauteur de 100 millions de dollars par an, selon diverses estimations. Certes, c'est beaucoup moins que les 800 millions annuels donnés au Hezbollah libanais, mais cette aide ne risque pas de se tarir.

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Exportations pétrolières

Sous sanctions américaines, l'Iran engrange pourtant depuis deux ans des revenus en forte hausse grâce à ses exportations pétrolières : 54 milliards de dollars en 2022, soit 46 % de plus qu'en 2021, et déjà 33,9 milliards de dollars sur les neuf premiers mois de 2023. « L'attitude de l'administration Biden est le principal élément d'explication, explique Francis Perrin, directeur de recherche à l'Iris et chercheur associé au Policy Center for The New South. Quand il arrive à la Maison-Blanche en janvier 2021, Joe Biden estime que Donald Trump a fait une grosse erreur en se retirant en mai 2018 de l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien signé en 2015, qu'il estimait être un bon accord. »

À l'époque, l'administration Trump soupçonne Téhéran de poursuivre l'enrichissement de son uranium pour se doter de la bombe atomique, et elle lui impose des sanctions qui font chuter ses exportations pétrolières. « Si l'administration Biden, qui souhaitait reprendre les négociations sur la base de l'accord de 2015, n'est pas revenue sur ces sanctions, elle s'est en revanche montrée beaucoup moins vigilante dans leur application, indique Francis Perrin. Des pays et des entreprises en ont profité pour importer du brut iranien. » Parmi eux, la Chine, principal acheteur, profitant d'un brut iranien décoté (-20 dollars par rapport au baril de Brent, qui évolue sous les 90 dollars). Une tolérance qui relève d'enjeux plus importants.

Risques de pénurie

« La vision de l'administration Biden a été renforcée en 2022 avec la guerre en Ukraine », souligne l'expert. Les sanctions contre la Russie - un des principaux producteurs et exportateurs mondiaux - ont accru les risques d'une pénurie sur le marché pétrolier et d'une flambée des prix. « Pour Washington, même si cela ne sera jamais dit officiellement, il était important que l'Iran puisse produire et exporter plus de pétrole pour compenser en partie ces risques », souligne Francis Perrin. Aux États-Unis, outre la croissance économique, la popularité du président est corrélée au niveau des prix à la pompe, qui plus est avec une inflation inédite depuis quarante ans.

Or la guerre entre Israël et le Hamas complique cette équation, avec deux scénarios redoutés par les États-Unis : l'un est l'entrée de l'Iran dans le conflit, par le biais du Hezbollah libanais, que Washington entend dissuader par la menace militaire avec ses navires de guerre en Méditerranée. L'autre scénario dépend de l'attitude de l'État hébreu. « S'il estime que la responsabilité de Téhéran est directement engagée dans l'opération du 7 octobre, juge l'analyste, Israël pourrait frapper les infrastructures pétrolières, mais Washington n'y serait clairement pas favorable. » Avec le risque, dans les deux cas, non seulement d'un embrasement de toute la région du Golfe mais aussi d'une envolée des prix du baril. Jusqu'à 157 dollars, estime la Banque mondiale. Si ces deux scénarios ne se sont pas concrétisés, ils ne doivent pas être écartés. Selon les experts militaires, la guerre dans Gaza pourrait durer des mois.

Robert Jules

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Commentaire 1
à écrit le 05/11/2023 à 8:19
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Hypocrite vu que le pétrole iranien se vend et se vendra toujours très bien, avec 25% de l'argent de la finance identifiée comme criminelle c'est d'une logique implacable. On nous prend pour des gonds.

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