Pétrole : les recettes des pays de l’Opep bondissent de 50%

En 2022, les pays membres de l'Opep devraient engranger 842 milliards de dollars de revenus. Ils ont bénéficié de cours élevés et de volumes en hausse. Pour 2023, le risque de récession de l'économie mondiale et le retour de l'Iran sur le marché pétrolier international sont des facteurs baissiers. Mais, comme l'a rappelé l'Arabie saoudite, l'Opep et ses partenaires de l'Opep+ sont prêts à réduire l'offre pour défendre leurs intérêts.
Robert Jules
Selon les projections de l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA), les13 pays membres de l'Opep (*) devraient engranger cette année 842 milliards de dollars.
Selon les projections de l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA), les13 pays membres de l'Opep (*) devraient engranger cette année 842 milliards de dollars. (Crédits : Reuters)

La hausse des prix du pétrole n'a pas seulement généré des superprofits pour les compagnies occidentales et émergentes mais aussi d'importants revenus pour les pays producteurs. Selon les projections de l'Agence américaine d'information sur l'énergie (EIA), les 13 pays membres de l'Opep (*) devraient engranger cette année 842 milliards de dollars (en dollars 2021), soit l'équivalent de presque la moitié du PIB annuel du Canada. Il faut remonter à 2014 pour trouver un montant supérieur, quand l'organisation a généré 992 milliards de dollars, en termes réels (ajustés de l'inflation).

70% de hausse entre 2020 et 2021

C'est 50% de plus qu'en 2021, où ils avaient déjà progressé de 70% par rapport à à 2020, année qui les avaient vu fondre à 335 milliards de dollars. « Cette hausse des revenus est à attribuer aux 2,3 millions de barils par jour (mb/j) supplémentaires et à des cours plus élevés », notent les experts de l'EIA. En effet, outre les volumes, le cours du baril de Brent s'est envolé de plus de 460% entre avril 2020, où il était passé sous les 20 dollars, en raison du quasi arrêt de l'activité mondiale qui avait fait chuter la demande de pétrole, à plus de 100 dollars aujourd'hui.

Si, depuis 2021, la reprise de l'activité a entraîné une hausse de la demande pétrolière, ce sont surtout les restrictions sur l'offre qui ont soutenu les cours. Les embargos sur les exportations d'hydrocarbures imposés par les pays développés à la Russie après son invasion de l'Ukraine en février ont pesé, avec un baril de Brent qui a frôlé les 124 dollars en mars. Mais c'est surtout la discipline des pays exportateurs réunis dans le partenariat Opep+ - les membres de l'Opep auxquels se sont joints 10 autres pays dont la Russie -, qui a  été un facteur de soutien structurel. En fournissant plus de la moitié de l'offre mondiale, l'Opep+ est en mesure de contrôler le marché avec l'objectif de combiner au mieux les prix et les volumes.

« Volatilité extrême »

C'est ce qu'a rappelé la semaine dernière le ministre de l'Energie saoudien, Abdelaziz ben Salmane. L'Opep+ peut « réduire à tout moment sa production » pour faire face aux défis d'un marché pétrolier « tombé dans un cercle vicieux de faible liquidité et de volatilité extrême » qui « envoient des signaux erronés aux marchés à un moment où l'on a besoin le plus de clarté », a-t-il déclaré. Une position qui a recueilli le soutien d'une bonne partie des membres de l'Opep qui s'inquiètent de la baisse des prix de quelque  20% en à peine plus de deux mois, alors que le mois d'août devrait inscrire le troisième recul mensuel consécutif du prix de l'or noir.

Lire aussiPétrole: l'Opep+ prête à réduire son offre pour éviter une chute des cours du baril

L'enjeu des revenus est vital pour les membres de l'organisation et de leurs partenaires, qui dépendent pour certains à 80% des ventes d'hydrocarbures pour alimenter leur budget public. Pour l'Arabie saoudite, qui cherche à diversifier depuis des années son économie, les revenus pétroliers pèsent pour 60% des recettes publiques et 70% des exportations, selon un rapport de la Coface, qui rappelle que le budget 2022 du royaume a été établi à partir d'un baril à 79 dollars.

Riyad n'entend donc par rompre, comme le lui a demandé sans succès à plusieurs reprises le président des Etats-Unis Joe Biden, le partenariat Opep+ où elle exerce le leadership avec la Russie. Au contraire, le royaume a confirmé la prolongation d'un an de l'alliance avec une négociation sur un nouvel accord, l'actuel venant à échéance à la fin de l'année, avec, toujours en ligne de mire, le subtil équilibre entre volumes et prix du baril pour optimiser les revenus.

« Les prix compensent les effets d'une production plus faible »

Selon l'EIA, l'offre de la seule Opep devrait augmenter de 570.000 b/j en 2023 pour atteindre 34,5 mb/j. Ce niveau reste largement en deçà de sa production historique de 2016 qui s'était hissée à 37 mb/j. Or, paradoxalement, comme le souligne l'EIA, « les revenus de l'Opep en 2023 atteindront environ 752 milliards de dollars, pratiquement le double de ceux de 2016, ajustés de l'inflation. La hausse des prix du pétrole fera plus que compenser les effets d'une production plus faible. »

Si le niveau des revenus s'annonce plus faible qu'en 2022, en raison de la reconstitution des stocks en cours depuis le deuxième trimestre, d'autres facteurs, récemment entrés en jeu, pourraient peser sur les prix du baril. Outre le risque de récession assumé désormais par les banques centrales occidentales, qui donnent la priorité à la maîtrise de l'inflation et au retour à la stabilité des prix au détriment du soutien à l'économie, l'Opep fait valoir le retour de l'Iran sur le marché international ; l'obtention d'un accord sur le nucléaire iranien étant annoncé comme probable prochainement.

Cet élément est majeur pour fixer les quotas respectifs des pays membres dans le nouvel accord, car l'Iran devrait continuer à ne pas avoir de plafond de production imposé. Or, comme le souligne l'EIA dans son rapport, la hausse de l'offre de l'organisation en 2021, de 1 mb/j, avait été assurée par les pays du cartel non soumis à des quotas : Iran, Libye, et Venezuela ; soit parce qu'ils sont soumis à des sanctions occidentales (Iran et Venezuela), soit parce que la situation du pays est fragile (guerre civile en Libye, comme ce fut le cas pour l'Irak jusqu'à récemment). Logiquement, cela a permis à ces pays d'augmenter leurs revenus l'année dernière, de 22 milliards de dollars pour l'Iran comme pour la Libye, et de 4 milliards pour le Venezuela, selon les estimations de l'EIA, qui ne prend pas en compte dans ses calculs les décotes consenties par ces pays à leurs clients, par exemple la Chine pour l'Iran. De facto, ces pays sont aussi parties prenantes de l'accord Opep+.

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(*) Algérie, Angola, Congo, Guinée équatoriale, Gabon, Iran, Irak, Koweït, Libye, Nigéria, Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Venezuela.

Robert Jules

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Commentaires 4
à écrit le 30/08/2022 à 15:46
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Ils vont sans nul doute être très généreux avec leurs cousins pakistanais dans l'eau jusqu'au menton.

à écrit le 30/08/2022 à 11:01
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Comment ça se fait que les fachos d'ultra gauche ne poussent pas de cris bienveillants pour taxer tout ça?

à écrit le 30/08/2022 à 0:38
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Jean Luc et ses nupettes proposent de les taxer hi hi hi.

à écrit le 29/08/2022 à 20:58
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Et tout cet argent va être investi dans...des armes.

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