"Pour la Russie se tourner vers l'Asie est devenu primordial pour sa liberté de manœuvre" (Jacques Sapir)
Maxime Hanssen et Robert Jules
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Jacques Sapir
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La Tribune - L'Union européenne (UE) a proposé mardi d'instaurer de nouvelles sanctions contre la Russie, notamment un embargo sur les importations de charbon russe - 4 milliards d'échange par an, 45% des importations de l'Europe -, en réponse à la découverte d'un charnier à Boutcha. Que représente cette sanction économique pour Moscou ?
Jacques Sapir - Les mesures concernant le charbon auront un impact marginal sur l'économie russe au regard de la valeur des échanges. Cela peut néanmoins poser des problèmes pour certaines mines. Pour autant, l'extraction pourrait très certainement trouver de nouveaux débouchés, notamment en Chine ou en Inde.
L'UE dit également réfléchir à l'arrêt des achats de pétrole russe, alors que les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont déjà décrété un embargo. L'Inde et la Chine, justement, ont augmenté ces derniers mois leur approvisionnement en provenance de Moscou. Cette situation est-elle tenable pour la Russie ?
D'évidence oui. La façon dont les Occidentaux appliquent les sanctions sur le pétrole russe ne fonctionne pas correctement. L'Inde et la Chine prennent le relais des exportations. L'Inde a trouvé un accord qui correspond à ses intérêts : aujourd'hui New Delhi paye entre 75 et 80 dollars le baril russe - soit une réduction d'environ 20 dollars par baril - alors que le cours du brut d'Arabie Saoudite, pays vers lequel se fournit historiquement l'Inde, est autour de 100 dollars. Certes, la Russie vend moins cher, mais elle maintient des volumes. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) estimait, début mars, à 30% la chute des exportations russes suite aux sanctions. En réalité, on sera plutôt autour de 20% et peut-être même moins.
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Les débouchés indiens ou chinois pour écouler le pétrole russe - et demain éventuellement le charbon - relèvent-ils d'intérêt court-termiste - grâce à des prix attrayants - ou assistons-nous à un basculement à plus long-terme des équilibres de la mondialisation ?
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Maxime Hanssen et Robert Jules