Pourquoi la Fed réajuste (encore) son discours

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Janet Yellen de ne devrait plus prendre en compte la conjoncture internationale dans ses décisions de politique monétaire.
Janet Yellen de ne devrait plus prendre en compte la conjoncture internationale dans ses décisions de politique monétaire. (Crédits : reuters.com)
La Réserve fédérale américaine se dit prête à dégainer une hausse des taux d'intérêt en décembre. Pour cela, elle a décidé de ne plus prendre en compte le paramètre de la conjoncture mondiale, pour revenir aux fondamentaux de son mandat (emploi, inflation).

Augmentera ou n'augmentera pas ses taux ? Janet Jellen pourrait mettre fin au cruel dilemme auquel elle est confrontée depuis sa prise de fonction il y a de cela deux ans maintenant. Réuni mercredi, le comité monétaire de la Réserve fédérale américaine a indiqué qu'elle laissait inchangé ses taux d'intérêts mais qu'elle pourrait procéder à l'amorce d'un resserrement en décembre. Elle a jugé que si les créations d'emplois avaient ralenti, il n'en restait pas moins que les fondamentaux de l'économie américaine (notamment la consommation et les investissements) étaient suffisamment solides pour envisager une première hausse des taux d'intérêts.

Fin du suspense

Si cette hausse survenait, la Fed mettrait un terme à deux années de suspense insupportable pour les marchés, et plus globalement, les pays émergents. En 2013, en pleine passation de pouvoir entre Ben Bernanke et Janet Yellen, la puissante institution monétaire américaine avait annoncé qu'elle allait mettre fin à son cycle de politique monétaire accommodante. Mais elle s'était alors employée à agir progressivement, en commençant par baisser ses injections de liquidités dans l'économie, reléguant à plus tard la hausse des taux d'intérêts. Celle-ci annoncée pour 2015, mais la Fed s'était bien gardée de donner toute indication sur le timing.

L'emploi montre des signes de fragilité

Or, tout au long de l'année 2015, les indicateurs économiques ont montré des signes de fragilité. Les chiffres de l'emploi, certes, ne sont pas alarmants puisque le taux de chômage est non seulement au plus bas depuis sept ans mais également proche de son niveau d'équilibre (ou dit de plein-emploi). Mais, aux yeux de la Fed, cet objectif de plein emploi a trop tardé. En outre, de plus en plus d'économistes s'interrogent sur la pertinence de cette statistique qui ne prend plus compte des facteurs démographiques et surtout laisse de côté les chômeurs de longue durée qui ont abandonné leur recherche d'emploi, et qui sont de plus en plus nombreux. Enfin, l'inflation ne parvient toujours pas à dépasser 1%, soit moitié moins que l'objectif de la Fed. Mais, ce ne sont pas ces éléments qui ont réellement conduit la Fed à surseoir au relèvement des taux promis.

L'économie mondiale inquiète

En fait, la Fed avait décidé de prendre en compte un élément tout à fait inédit dans son histoire : la conjoncture économique mondiale. Ainsi, Janet Yellen avait clairement clamé son inquiétude quant au coup de frein de la croissance mondiale amorcé par le brutal ralentissement de l'économie chinoise. Pourtant, ce facteur ne fait pas partie du mandat de la Réserve Fédérale. Mais, Janet Yellen avait estimé qu'une action trop précipitée de la Fed aurait nécessairement un impact sur l'économie mondiale et par ricochet, sur l'économie américaine. Pour rappel, en 2013 lorsque la Fed avait annoncé la fin de son cycle de politique accommodante, les investisseurs avaient massivement rapatrié leurs fonds aux Etats-Unis dans l'espoir d'y trouver une rémunération plus intéressante. Les pays émergents se sont ainsi retrouvés contraints d'injecter des milliards de dollars dans leur économie et d'augmenter drastiquement leur taux d'intérêt afin de limiter cette hémorragie, prenant le risque d'asphyxier leur croissance.

A la recherche d'une stratégie

Mercredi, la Réserve fédérale a indiqué que ce facteur ne serait pas pris en compte dans sa décision de politique monétaire. En se débarrassant de ce risque, la Fed ouvre donc la voie à une hausse des taux d'intérêts. Sauf accident majeur de l'économie américaine...

De plus, la Fed ne pouvait plus continuer dans cette direction sans donner de visibilité aux marchés. Les investisseurs étaient de plus en plus nombreux à critiquer Janet Yellen et sa communication devenue brouillonne. La Réserve fédérale ne pouvait pas se permettre de se dédire après avoir si longtemps hésité. De plus, les décisions prises en comité monétaire ne faisaient plus l'unanimité. Certains membres ont d'ailleurs publiquement affiché leur désaccord, réclamant une hausse des taux immédiate.

En réalité, en décembre, les investisseurs attendent moins une décision de politique monétaire, qu'une stratégie de politique monétaire précis et crédible, et si possible avec un consensus.

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Commentaires
a écrit le 27/01/2016 à 13:25 :
ESSAI
a écrit le 30/10/2015 à 8:22 :
Nous sommes habitués à ces propos ambiguës.... La FED et la BCE sont gênés aux entournures car ils ont peur d'une réaction très brutale des marchés financiers, qui arrivera tôt ou tard.... Dans ce cadre d'ailleurs, la Banque de Chine joue aussi le jeu.
Cordialement
a écrit le 29/10/2015 à 17:09 :
Et après le cigare de BFM Business critiquera M. O. Delamarche, que dire de plus...
a écrit le 29/10/2015 à 16:17 :
Avec 100 millions de personnes sans emploi en âge de travailler, sortie des stats, les chiffres de leurs chômages ne représentent pas la réalité.
Voilà pourquoi la féd hésite.
Les taux ne seront pas remonté évidemment, et un QE4 se prépare à l'horizon.
a écrit le 29/10/2015 à 15:07 :
The american dream is over. Fini. Tout comme chez nous, les politiques sont adeptes de la méthode Coué. La bas, au hasard des indicateurs, la consommation d'essence au détail à chuté de +50% depuis la crise, la confiance des consommateurs plafonne au niveau des tongues (pour ne pas couler), le secteur des services ne se développe plus, les ventes de maisons neuves ont plongé de 11.5% en septembre, et les habitants de la Grosse Pomme voient de plus en plus la pauvreté à leurs portes : 60 000 sans abri rien que pour NY, dont environ 40% d'enfants. On pourrait presque dire que chez nous c'est mieux. Alors, Janet, elle fait quoi maintenant ? Coincée. Ça ne va pas bien en Chine, ni en Russie (boycot), ni en Europe, mais aussi c'est pas top chez eux. Mais ils doivent être dans le brouillard des indicateurs fumeux, eux aussi.

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