L'usine Minnotte est l'un des derniers vestiges de la gloire industrielle de Pittsburgh. Un grand entrepôt à l'agonie où, au milieu des machines fatiguées, résonne l'écho d'une vieille radio. Ici s'affairent une quarantaine d'ouvriers - trois fois moins qu'il y a trente ans. Parmi eux, Ed Beining, moustache de morse et casquette militaire. Entre deux gorgées de Mountain Dew, ce fameux soda du Midwest qu'il prend le temps de savourer pendant sa pause méridienne, le Pennsylvanien de 62 ans partage ses désillusions : « Harris ou Trump, on est foutus dans tous les cas : ils veulent qu'on quitte notre boulot. » En 2016, il s'est malgré tout remis à voter. Il a choisi le républicain. Le 5 novembre, il lui accordera sa voix pour la troisième fois d'affilée. « Il nous faut quelqu'un qui arrête de gâcher des millions de dollars en Ukraine et qui règle ce bordel migratoire », martèle l'ancien marine, reprenant le dernier mensonge du conservateur selon lequel des réfugiés haïtiens auraient mangé les chiens des habitants de Springfield, dans l'Ohio voisin.