Réfugiés : ce que la Turquie propose à l'Union européenne

 |   |  619  mots
La Turquie a accueilli 2,2 millions de réfugiés syriens depuis le début du conflit en mars 2011, rappelle Recep Tayyip Erdoğan.
La Turquie a accueilli 2,2 millions de réfugiés syriens depuis le début du conflit en mars 2011, rappelle Recep Tayyip Erdoğan. (Crédits : UMIT BEKTAS)
Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a une nouvelle fois suggéré à l'Union européenne de créer des "zones de sécurité et d'exclusion aérienne" en Syrie pour mettre un terme aux bombardements sur les populations civiles, et ainsi limiter les départs de Syriens vers l'Europe, sur fond de tensions aériennes avec Moscou.

"La cause fondamentale de la crise actuelle des réfugiés, c'est la guerre en Syrie", a déclaré Recep Tayyip Erdoğan, lors d'une conférence de presse commune, lundi soir, avec Donald Tusk, le président du Conseil européen.

Le président islamo-conservateur s'est également entretenu avec Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, et a insisté - de nouveau- sur la nécessité de créer dans le nord de la Syrie une zone protégée, avec exclusion aérienne, qui permettrait de mettre un terme aux bombardements contre les populations civiles. Cette solution pourrait ainsi limiter l'exode vers la Turquie, puis vers l'Europe. Un scénario peu probable en raison des divisions avec la Russie qui soutient Bachar El Assad.

Tensions grandissantes avec Moscou

L'idée d'une exclusion aérienne dans le nord de la Syrie va aussi dans le sens des récentes plaintes de l'armée turque, qui affirmait mardi qu'un chasseur MiG-29 "de nationalité inconnue" et des systèmes de missiles installés en Syrie étaient entrés en "interférence" avec huit chasseurs F-16 de l'aviation turque qui patrouillaient lundi le long de la frontière syrienne. L'annonce fait suite à deux incursions d'avions russes dans l'espace aérien de la Turquie au cours du week-end dénoncées par Ankara.

Alors que le vice-ministre de la Défense russe a annoncé mardi qu'une délégation de la Défense turque serait la bienvenue pour discuter afin d'éviter toute "incompréhension" en Syrie. Le président turc a déclaré mardi qu'une "attaque contre la Turquie constitue une attaque contre l'Otan". Et d'ajouter : "Notre relation positive avec la Russie est connue. Mais si la Russie perd un ami comme la Turquie (...), elle perdra beaucoup et elle doit le savoir."

Ankara ne veut pas d'argent de l'UE

Depuis le début du conflit, la Turquie affirme avoir déjà dépensé 6,6 milliards d'euros pour l'accueil des réfugiés. Au total, on compterait environ 2,2 millions de réfugiés syriens depuis le début du conflit en mars 2011.

Fin septembre, lors d'un sommet extraordinaire, l'Union européenne a promis de dépenser 1,7 milliard d'euros pour aider Ankara et les associations humanitaires à faire face à l'afflux de réfugiés. Une proposition rejetée par le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu la semaine dernière, ne souhaitant pas bénéficier de cette aide financière.

Erdogan critique la position européenne

Alors qu'il rencontrait les milieux d'affaires à Bruxelles -en marge des réunions sur la crise des réfugiés-, Erdogan a ironisé sur le problème européen "alors que nous accueillons 2,2 millions de réfugiés, l'Europe dans son ensemble en accueille au total moins de 250.000."

La veille, il n'avait pas hésité à prendre à témoin la communauté turque venue l'écouter à Strasbourg pour un meeting, à quelques semaines des élections législatives dans son pays. Alors que l'Union européenne réclame une collaboration d'Ankara, Erdogan interroge, et déplore un repli : "Que nous disent-ils ? Mon Dieu, fermez vos frontières, ne les laissez pas arriver jusqu'à nous".

Malgré ces critiques -récurrentes- à l'encontre de l'UE, Erdogan est-il en train d'accepter les compromis ? Suite à la réunion avec Juncker et Tusk, il aurait ainsi discuté d'une éventuelle augmentation du nombre de camps de réfugiés installés en Turquie. En échange, Ankara pourrait obtenir une accélération des discussions sur la possibilité pour les citoyens turcs de se passer de visa pour voyager en Europe.

La semaine dernière, son Premier ministre, Ahmed Davutoglu avait clairement fait savoir qu'il était opposé à la mise en place de centres d'accueil et d'enregistrement des migrants.

(Avec Reuters)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 07/10/2015 à 2:47 :
Après les discours qu'il est venu tenir en Belgique, Allemagne et France?
Ce que la Turquie propose n'est rien d'autre que le chantage le plus éhonté. A propos, quel a été le rôle de la Turquie dans l'affaire Syrienne? Quid de leurs dernières actions où sous prétexte de lutter contre ISIL ou DAESH ils sont allés bombarder les Kurdes?

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :