LA TRIBUNE DIMANCHE - Comment préparez-vous la plaidoirie que vous tiendrez devant la cour d'assises de Paris dans ce procès inédit ?
CLÉMENCE BECTARTE - La particularité de ce procès dit « par défaut » ou par contumace, c'est qu'il se tient sans défense. Il n'y aura personne en face de moi. Et aucun juré. Seulement trois magistrats professionnels. Néanmoins, je prépare minutieusement ce que je vais plaider. Mon objectif est que ce procès raconte l'histoire d'Obeida et de Hanane Dabbagh, les parties civiles, mais aussi celle de tous les Syriens et les Syriennes qui n'ont aucune possibilité d'obtenir justice. Tous espèrent qu'un jour les trois accusés seront emprisonnés. C'est le premier procès de ce type en France. Il sera filmé et intégralement traduit en arabe pour que le public, sans doute composé de nombreux Syriens, puisse suivre. Les jugés encourent la perpétuité, le verdict sera prononcé vendredi après-midi.
Peut-on le comparer à d'autres procès historiques ?
Bien sûr. Avec la FIDH, j'ai participé en 2010 à un procès de treize généraux de la junte de Pinochet, jugés par défaut. Il y avait parmi les disparus des Franco-Chiliens, ce qui rend, comme ici, la justice française compétente. Certains d'entre eux ont ensuite été jugés au Chili. En Syrie, ce sera possible si un jour le régime de Bachar El-Assad tombe. Rappelons que, par exemple, le procès de hauts responsables khmers rouges s'est ouvert au Cambodge trente ans après la fin du régime. Le temps de la justice est long, certes, mais ce sont des crimes imprescriptibles.