Un "Tiananmen" à Hong Kong, une stratégie risquée pour Pékin
Patrick Baert et Elaine Yu, AFP (avec les bureaux à Taipei et Hong Kong)

Photo d'illustration
Tyrone Siu
Patrick Baert et Elaine Yu, AFP (avec les bureaux à Taipei et Hong Kong)

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Tyrone Siu
>> Article en ligne 12/08/2019 à 8h21 | Mise à jour à 14h07
Dénonçant la violence croissante des manifestations que la police du territoire autonome ne parvient pas à endiguer, un haut responsable du régime communiste a averti la semaine dernière :
Ajoutant l'image au texte, Pékin a diffusé des vidéos d'exercices de l'Armée populaire de libération (APL, l'armée chinoise) en train de réprimer des contestataires, attisant la perspective d'une intervention à Hong Kong qui mettrait fin à l'agitation.
L'armée chinoise n'a plus été utilisée contre des manifestants depuis la répression de Tiananmen à Pékin en juin 1989. Bilan: des centaines, voire plus d'un millier de morts, deux ans de quasi-stagnation économique et une Chine mise au ban des nations.
Trente ans plus tard, Wu'er Kaixi, un ancien dirigeant étudiant du mouvement de Tiananmen, doute que Pékin prenne le risque d'envoyer la troupe dans les rues d'une place financière majeure comme Hong Kong.
Une intervention militaire aurait en outre un effet désastreux sur Taïwan, l'île que Pékin cherche à convaincre de rejoindre le giron chinois, souligne-t-il.
En vertu du statut spécial de l'ancienne colonie britannique rendue à la Chine en 1997, la garnison de l'armée chinoise, qui compte plusieurs milliers d'hommes, n'est pas censée intervenir dans le territoire, sauf si les autorités locales en font la demande.
Depuis 1989, l'armée chinoise a perfectionné ses techniques de maintien de l'ordre, ce qui pourrait lui permettre d'intervenir de façon moins sanglante qu'à Pékin.
Après le carnage, les pays occidentaux ont imposé un embargo sur les ventes d'armes à la Chine, mais cela n'a pas interdit "de nombreux échanges" entre Pékin et les forces de police en Europe et aux États-Unis, plus accoutumées à la répression des manifestations sans faire couler le sang, relève-t-il.
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Reste à voir comment ces forces et les manifestants réagiraient en conditions réelles.
Si le régime communiste renonçait à recourir ouvertement à l'armée, il pourrait en revanche dépêcher subrepticement des soldats ou des policiers du continent, suppose le sinologue Willy Lam, de l'Université chinoise de Hong Kong.
Dans un communiqué, la police hongkongaise a catégoriquement démenti jeudi "les allégations" selon lesquelles des renforts du continent se trouveraient déjà dans ses rangs.
Mardi dernier, un exercice anti-émeute s'est déroulé aux portes de Hong Kong, dans la métropole de Shenzhen. L'exercice a rassemblé pas moins de 12.000 hommes, a précisé la police locale, sur une vidéo qui semble destinée à impressionner les militants hongkongais. Mais pas seulement.
"Ce qui fait peur au pouvoir chinois, ce sont les ramifications en Chine même", analyse également le sinologue Jean-Pierre Cabestan, de l'Université baptiste de Hong Kong.
L'aéroport de Hong Kong a pris lundi la décision rarissime d'annuler tous ses vols après que des milliers de manifestants eurent envahi son hall des arrivées pour protester contre les violences policières commises dans le cadre de la mobilisation sans précédent qui embrase l'ex-colonie britannique.
La fermeture du huitième aéroport international le plus fréquenté au monde, connu pour sa remarquable efficacité, a été annoncée alors que le gouvernement central chinois a dit voir "des signes de terrorisme" dans cette contestation dans sa région semi-autonome.
La décision de l'autorité aéroportuaire, et les propos de la Chine, survenus à 10 minutes d'intervalle, sont le signe d'une nouvelle escalade dans une crise politique qui dure depuis début juin.
Voilà quatre jours que l'aéroport, qui a accueilli 74 millions de passagers en 2018, est le théâtre d'un sit-in pacifique de milliers de manifestants qui cherchent par cette action originale à sensibiliser les voyageurs à leur cause. Mais après dix week-ends consécutifs de manifestations dans le territoire, qui a de nouveau été émaillé de graves violences entre radicaux et forces de l'ordre, le nombre de manifestants a nettement augmenté lundi à l'aéroport, où ils étaient plus de 5.000, selon la police.
Lundi, la foule avait grossi, et le ton avait changé, les manifestants dénonçant presque exclusivement les violences policières.
La police a tiré dimanche des lacrymogènes dans des rues commerçantes, des manifestants ripostant en jetant des briques ou même, en aspergeant les forces de l'ordre à l'intérieur d'une station de métro avec extincteurs ou des tuyaux d'arrosage.
Un responsable du gouvernement hongkongais a annoncé que 45 personnes avaient été blessées dans les affrontements, dont deux dans un état grave. Parmi elles, une femme souffre d'une grave blessure au visage, après avoir vraisemblablement été frappée par un projectile en sachet (sac rempli de billes en plomb).
Des photos la montrant par terre le visage en sang ont été vite reprises sur internet, ornant désormais des tracts appelant à de nouvelles manifestations. "Oeil pour oeil", proclamait ainsi un flyer invitant les manifestants à se rendre à l'aéroport.
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Les autorités se sont défendues de faire un usage excessif de la force contre les manifestants. Et la police a dévoilé lundi deux camions surmontés de canons à eau, un instrument qui n'a jusqu'alors jamais été utilisé en deux mois de manifestations.
Patrick Baert et Elaine Yu, AFP (avec les bureaux à Taipei et Hong Kong)