Une semaine sans les enfants

Le combat des familles des otages qui se battent pour obtenir l'aide, des autorités israéliennes dépassées par la situation.
Jeudi à Tel Aviv, lors d’une conférence de presse, Batsheva Yaalomi montre une photo de son fils Eitan, otage du Hamas.
Jeudi à Tel Aviv, lors d’une conférence de presse, Batsheva Yaalomi montre une photo de son fils Eitan, otage du Hamas. (Crédits : JANIS LAIZANS / REUTERS)

Ils ont apporté les plus beaux portraits de leurs proches. Les traits titrés, Batsheva Yaalomi brandit celui de son fils de 12 ans, Eitan, un écolier de Nir Oz, un kibboutz frontalier de la bande de Gaza, qui enlace en souriant un petit chien posé sur ses genoux ; Doron Journo, le selfie glamour de sa fille Karin, partie le week-end dernier avec ses amies rejoindre le festival de musique Tribe of Nova près du village de Réïm ; Ido Nagar, un cliché de son mariage avec Céline Ben David, 32 ans, descendue elle aussi dans le Sud pour rejoindre cette rave party. Il tient dans ses bras leur bébé de 6 mois que son épouse allaitait encore. Depuis l'attaque terroriste sans précédent du 7 octobre, Eitan, Karin et Céline ne sont pas rentrés à la maison.

Depuis une semaine, les visages des otages, en majorité des civils, s'affichent sur les avis de recherche postés par des maris, des frères, des sœurs, des petits-enfants, des amis. Sur les photos, apparaissent des femmes, des enfants, des personnes âgées, et de nombreux bébés. 150 Israéliens et ressortissants étrangers auraient été capturés par le Hamas et emmenés à Gaza. Les autorités israéliennes ne donnent pas de chiffres précis.

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Les parents des otages ne vivent plus. « Mon cœur est brisé, je ne souhaite à aucune maman de traverser ce cauchemar », a lancé avec dignité Batsheva Yaalomi, qui a vu son fils Eitan être enlevé à moto par les terroristes. Lors du point de presse de jeudi dernier à Tel-Aviv, les familles d'otages français ou franco-israéliens « appellent à l'aide » le président Emmanuel Macron.

Depuis une semaine, en effet, elles se sentent oubliées. Ignorées par des autorités israéliennes dépassées par l'attaque terroriste surprise. Alors que l'État hébreu a fait du retour de ses soldats capturés, vivants ou morts, une doctrine, le gouvernement de Benyamin Netanyahou montre une nouvelle faille. Il vient tout juste de nommer le « coordinateur pour les personnes capturées et disparues », référent du gouvernement chargé des négociations pour les citoyens disparus ou kidnappés. Le poste était vacant depuis un an et la démission de l'ancien coordinateur.

Pour la plupart des familles de disparus israéliens et étrangers, ce sont les amis, les voisins, qui soutiennent et qui aident. Ou des bénévoles, comme ces hommes et ces femmes qui se sont occupés de convoquer les médias français et assistent les familles. Les réseaux sociaux donnent parfois des informations. Mais Batsheva Yaalomi évite de les regarder. D'autant que le Hamas fait circuler des clichés atroces et notamment une fausse vidéo de libération d'otages.

« Le manque d'informations est difficile à vivre », poursuit Batsheva Yaalomi. Samedi dernier, ultime jour des vacances scolaires de Soukkot, cette enseignante au corps frêle de 44 ans aurait dû préparer ses cours pour la rentrée scolaire. Elle s'est retrouvée nez à nez avec des terroristes infiltrés chez elle.

Je ne souhaite à aucune maman de traverser ce cauchemar

Batsheva Yaalomi, mère d'un otage

« Rien qu'à Nir Oz [400 habitants], poursuit-elle, 70 résidents ont été pris en otages ou sont portés disparus. Avec les morts, un quart du kibboutz a disparu. Je suis favorable à la paix, mais là des familles entières ont été décimées, le Hamas s'est transformé en Daech. » Hier, le décompte officiel dénombrait 15 Français tués et 17 autres disparus, dont 4 enfants.

Depuis une semaine, la mère d'Eitan vit chez sa sœur en banlieue de Tel-Aviv avec sa fille de 10 ans et son bébé de 18 mois. Tous les trois rescapés par miracle de l'attaque grâce à l'instinct de survie de la mère de famille, qui a trouvé la force de s'arracher des griffes des ravisseurs avec sa fille et son bébé. Ils ont ensuite marché dans les champs pendant « deux à trois heures », assoiffés, pieds nus et en pyjama. Désormais, c'est l'angoisse et l'incertitude totale. Elle est « occupée à survivre », à traquer la moindre preuve de vie de son fils Eitan et de son mari, Ohad, blessé pendant l'assaut et lui aussi porté disparu.

Assise à côté de Batsheva Yaalomi lors de cette conférence de presse, Gaya Calderon ne sait qu'une chose : elle n'a tout simplement nulle part où rentrer. « Les terroristes ont brûlé nos maisons, cinq membres de ma famille ont disparu : ma grand-mère de 80 ans, mon père, Ofer, ma cousine autiste Noya de 13 ans, mon frère Erez de 12 ans, ma sœur Shahar de 16 ans, pleure la jeune fille. Je suis l'aînée et mon rôle était de les protéger. » Avec sa tante et sa mère, elles ont été relogées à l'hôtel.

Au festival Tribe of Nova, le Hamas a tué 270 personnes et kidnappé des dizaines d'autres. Doron Journo, le père de Karin, partie y danser, lit le dernier SMS de sa fille, reçu samedi matin à 8 h 42, juste avant l'arrivée des terroristes. « Je veux vous dire que je vous aime parce que je ne rentre pas à la maison », a écrit la jeune femme. Doron Journo s'accroche, sans illusions, au mince espoir de revoir Karin vivante. « Mon épouse est effondrée, nous recevons beaucoup de visites de soutien, mais bientôt chacun retournera à ses affaires. J'espère que le gouvernement fera ce qu'il faut. »

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Commentaires 2
à écrit le 21/10/2023 à 6:18
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D'après des médias allemands Noya et sa grand-mère auraient été tuées.

à écrit le 15/10/2023 à 10:09
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"des autorités israéliennes dépassées par la situation" Ils ne veulent pas la regarder cette situation dramatique en effet, soutien total à toutes les familles victimes des guerres décidés par nos oligarchies.

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