Le Medef veut faire de la formation un enjeu de la présidentielle

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Pierre Gattaz, le président du Medef, souhaite que les enjeux éducatifs soient au cœur de la campagne présidentielle. Son objectif:  à l'horizon de 10 ans que 100% des élèves soient citoyens et employables.
Pierre Gattaz, le président du Medef, souhaite que les enjeux éducatifs soient au cœur de la campagne présidentielle. Son objectif: à l'horizon de 10 ans que "100% des élèves soient citoyens et employables". (Crédits : © Robert Pratta / Reuters)
Le Medef commence à distiller ses revendications dans le cadre de la campagne pour la présidentielle. Il veut ainsi totalement repenser le système éducatif français pour développer l'employabilité.

C'est une habitude au Medef : profiter de la période de la campagne présidentielle pour tenter de peser sur les débats et de mettre les revendications patronales au cœur des priorités. L'élection du printemps 2017 n'échappe pas à la règle. De fait, le président du Medef, Pierre Gattaz a commencé à distiller ses recommandations. Mais alors qu'on attendait l'organisation patronale sur ses traditionnelles revendications touchant à la compétitivité des entreprises et au besoin de flexibiliser davantage le marché du travail, c'est finalement aux questions concernant l'éducation et la formation que le Medef a accordé sa priorité. Pourquoi ? « car la situation française se détériore en termes éducatifs » a expliqué Pierre Gattaz devant la presse... ce qui « obère l'employabilité ». Et le Medef de regretter que 25% des élèves entrant au collège ne maitrisent pas les fondamentaux (lire, écrire compter) et qu'il y ait 100.000 « décrocheurs » par an dans le système éducatif.

Résultat, le Medef constate que 25% des 15/29 ans ne sont ni en situation d'emploi ni en en formation.

Alors, l'organisation avance son objectif pour corriger cet état de fait. Elle souhaite qu'à l'horizon de 10 ans « 100% des élèves soient citoyens et employables à la fin de leur scolarité et tout au long de leur vie ».

Plus d'autonomie pour les établissements scolaires

Le Medef a son plan pour parvenir à cet objectif. D'abord, à l'instar de beaucoup de spécialistes de l'éducation, elle considère que « tout se joue dès primaire ». Les élèves quittant le CM2 devraient, à l'avenir, absolument maîtriser les fondamentaux, avoir un début de culture « du digital » et posséder des notions d'anglais. Pour ce faire, le Medef prône une plus grande autonomie pour les écoles et le droit pour elles d'apporter des innovations qu'elles soient pédagogiques, organisationnelles, techniques...

Un plus grande autonomie que le Medef réclame aussi pour les collèges et les lycées où les élèves devraient avoir la possibilité d'échanger davantage avec la société civile (entreprises, artistes, chercheurs, etc. Il faudrait également une plus grande ouverture à l'international.

Donner une information réelle sur les débouchés possibles

Toute l'information sur les trajectoires et les parcours possibles devrait également être repensée. Avec une information réelle sur les débouchés (nombre d'emplois, qualité des emplois, évolution dans le temps) dans tel ou tel secteur ciblé. Il conviendrait aussi d'afficher la qualité et la performance des organismes de formation, notamment en matière d'accès à l'emploi. Le Medef plaide aussi pour le développement de passerelles à tous les étages entre les formations professionnelles mais aussi entre les formations professionnelles et générales, à l'instar de ce qui existe en Suisse.

Enfin, bien entendu, l'organisation patronale milite pour que le monde de l'entreprise soit le principal acteur dans l'enseignement professionnel. Ainsi, les référentiels de métiers devraient être rédigés sous la responsabilité des branches professionnelles et les ouvertures des formations devraient être définies par ces mêmes branches. Dans le même ordre d'idée, il devrait y avoir une liberté totale d'ouverture et de fermeture des centres de formation professionnelle quand le financement est intégralement privé. Et, vieille revendication, le droit de l'apprentissage devrait être aligné sur le droit commun du travail... y compris en matière de rupture du contrat.

Du grand classique donc de la part de l'organisation patronale qui espère que ces enjeux éducatifs seront au cœur de la campagne Pour Pierre Gattaz, cet objectif de « 100% de jeunes, citoyens et employables » permet de fixer un cap au pays. Car c'est ce qu'il reproche aux actuels candidats à la primaire de la droite. Si le président du Medef adhère à leurs propositions en faveur des entreprises, il leur reproche, à tous, cet absence de cap.

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Commentaires
a écrit le 16/11/2016 à 9:38 :
Etonnant ,car sur les sites internet du Medef, celui-ci se rejouit de l'accord ANI ( transposé dans la loi du 5 mars 2014 ) sur la formation professionnelle ou un accord historique d'après le Medef a été signé par la quasi totalité des partenaires sociaux (Medef, CFDT, CFTC, FO, CFE-CGC et UPA). Il précise même que :"Pour la première fois depuis longtemps, le système a été repensé en partant des besoins des usagers (entreprises, salariés, demandeurs d’emploi) et non des appareils ".
a écrit le 16/11/2016 à 9:28 :
Ah ! Il s'est enfin porté candidat à la primaire LR !?

Il a toutes ses chances, la concurrence y est vraiment très faible.
a écrit le 16/11/2016 à 8:51 :
Le MEDEF, cette incongruite que le monde entier nous envie. Made in France.
a écrit le 15/11/2016 à 20:26 :
L'enjeu n'est pas la formation initiale mais la formation tout au long de la vie. C'est sur ce point qu'on aurait aimé entendre le Medef.

Pour le reste c'est assez peu pertinent et fort couteux, mais cela fait parler d'eux.

Enfin, le medef semble ignorer qu'ils participent à la rédaction des programmes de la filière professionnelle et technologique.
a écrit le 15/11/2016 à 19:00 :
Les patrons du CAC40 ont les moyens de financer plus les formations et la R&D, pourtant ils financent avant tout leurs salaires et ceux de leurs gardes rapprochées.
(on les oubli toujours ceux-ci, pourtant leurs ne sont pas tristes)
Donc les têtes de série se gavent au détriment de la recherche, des formations, de la modernisation et de l'innovation.
C'est un frein à la montée en gamme.
La recherche obsessionnelle de la baisse de couts tue la montée en gamme.
Pourquoi ce devrait être à l'Etat de faire l'effort principal sur les formations, stages, apprentissages, enseignements, TPE/PME et recherches, alors que les grands patrons s'en mettent plein les poches, généralement au détriment de PME-TPE et ne font pas le travail suffisant d'investissement sur l'avenir?
Rémunérations 2015 alors que la croissance française a été de 1,1%:
"Les rémunérations des grands patrons (entreprises cotées à l'indice SBF 120) ont grimpé de 20% en 2015 et atteint un record de 3,5 millions d'euros en moyenne."
"La rémunération moyenne annuelle totale des présidents exécutifs du CAC 40 atteint quant à elle 5,0 millions d'euros, en hausse de 18%."
Si, vous avez bien lu, SBF120 + 20% et CAC40 +18%.
Encore un hiver difficile à passer pour ces patrons sous un gouvernement de gauche.
En France, on ne peut pas entreprendre nous expliquent-ils, mais ils justifient leurs hausses de salaires par les hausses de gains de leurs entreprises.
?
Réponse de le 16/11/2016 à 10:03 :
@Marco1: assez vrai, je pense aussi que Gattaz cherche à transférer les responsabilités de formation spécifique des entreprises vers l'État. L'État formerait donc aux frais du contribuable, mais les employés resteraient du consommable virables à merci. Il faudrait en effet revenir à des rémunérations de dirigeants plus raisonnables et utiliser la différence pour ces formations spécifiques que réclame Gattaz :-)
a écrit le 15/11/2016 à 18:53 :
Ou ce monsieur ignore ce que font déjà certaines branches professionnelles ou il est de mauvaise foi....comme souvent !!!
Exemple : les constructeurs automobiles associés au principal syndicat de la distribution réparation auto le cnpa ont créé des formations diplômantes allant jusqu'à la licence professionnelle les cours étant assurés par les prof de la fac et les travaux pratiques dans des lycées professionnels publics ............ce qu'il réclame existe !!!!
a écrit le 15/11/2016 à 18:00 :
Les marronniers reviennent....une énième loi sur la formation s'annonce pour quels résultats ? L'intérêt du Medef pour le gâteau de la formation (34 milliards) n'est pas innocent.....après avoir délocalisé une partie de notre production en Chine qui employait justement un volant de personnes qui ne pouvaient pas faire autre chose....on vient nous vendre à nouveau l'employabilite....alors qu'il y a de plus en plus de diplômés mais toujours pas assez de travail.....risible....
Réponse de le 15/11/2016 à 21:14 :
Vous dites vrai, toutes les grandes entreprises sont impliquées dans la formation et l'enseignement, en France comme à l'étranger. C'est aussi une démarche commerciale pour obtenir des contrats, ainsi qu'un gain en terme d'images, comme aussi dans le sponsoring dans la culture et l'art.
Mais peu importe, la question: est ce que ces entreprises font suffisamment, en parallèle et au regard des grosses augmentations de salaires des classes dirigeantes citées plus haut et des dividendes versés?
Réponse de le 15/11/2016 à 22:32 :
Erreur, ai raté une marche, c'était réponse à Idx
a écrit le 15/11/2016 à 16:53 :
Mais le MEDEF valide tous CAP/BEP et les formation professionelles diplômantes, ils sont dans tous les jurys d'examens.
a écrit le 15/11/2016 à 16:41 :
L'école dirigée par les patrons... Mouarff.. Encore pire que les religieux, je pense...

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