Accord migratoire en Allemagne : Merkel sauve sa coalition, mais reste fragilisée

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Après presque 13 ans au pouvoir, Angela Merkel doit redoubler d'efforts pour restaurer son autorité et consolider sa fragile coalition gouvernementale, entre son parti de centre-droit CDU, la droite bavaroise CSU et les sociaux-démocrates.
Après presque 13 ans au pouvoir, Angela Merkel doit redoubler d'efforts pour restaurer son autorité et consolider sa fragile coalition gouvernementale, entre son parti de centre-droit CDU, la droite bavaroise CSU et les sociaux-démocrates. (Crédits : Reuters)
La chancelière allemande Angela Merkel a réussi à sauver, lundi 2 juillet au soir, in extremis, son gouvernement en trouvant un compromis avec son ministre de l'Intérieur Horst Seehofer (CSU) pour restreindre le nombre de demandeurs d'asile en Allemagne. Le compromis prévoit la mise en place de "centres de transit" à la frontière entre l'Allemagne et l'Autriche. Mais la coalition gouvernementale reste menacée : le troisième partenaire, le parti social-démocrate, doit encore dire s'il accepte les termes de l'accord.

Voilà Angela Merkel réjouie. La chancelière allemande est parvenue à préserver sa coalition en concluant, lundi soir, à l'arraché, un compromis avec son ministre de l'Intérieur (rebelle) Horst Seehofer sur la politique migratoire. Il prévoit la mise en place de "centres de transit" à la frontière entre l'Allemagne et l'Autriche afin d'y installer les demandeurs d'asile arrivant dans le pays, mais déjà enregistrés dans un autre État européen, en attendant leur expulsion vers le pays d'entrée en Europe.

Hier, l'Allemagne était au bord de la crise politique dès lors que Horst Seehofer, qui réclamait un durcissement des conditions d'accueil des migrants en Allemagne, a proposé de démissionner de son poste de ministre de l'Intérieur ainsi que de la présidence de la CSU. Cela aurait pu déclencher de nouvelles élections et mettre Angela Merkel sur la touche. Mais malgré cet accord, la chancelière reste fragilisée : les sociaux-démocrates, troisième force la coalition, hésitent encore à le soutenir.

Une victoire en demi-teinte

Contestée par son allié conservateur bavarois de la CSU, Angela Merkel a, en apparence, obtenu une victoire en sauvant son gouvernement - une coalition composée du centre-droit CDU, de la droite bavaroise CSU et des sociaux-démocrates -, et en se maintenant au pouvoir. Mais sur le fond, elle a accepté de fortes restrictions à l'immigration. Le compromis trouvé avec le chef de file de la droite conservatrice Horst Seehofer marque ni plus ni moins la fin de la politique migratoire généreuse inaugurée en 2015 par la chancelière. Cette année-là, Angela Merkel avait décidé de laisser entrer sur le territoire allemand des milliers de réfugiés syriens bloqués en Hongrie.

Pour l'un des proches du ministre de l'Intérieur, Markus Blume, l'accord conclu lundi constitue "un tournant de la politique d'asile" allemande. Si Horst Seehofer s'en est forcément félicité - "il s'agit d'un accord clair sur la façon d'empêcher l'immigration illégale aux frontières entre l'Allemagne et l'Autriche" -, le troisième partenaire de la coalition gouvernementale, le parti social-démocrate SPD, fait la moue. Ce dernier, hésitant, doit encore se prononcer en faveur ou non de cet accord. S'il le rejette, la coalition gouvernementale est à nouveau sérieusement menacée.

L'Autriche menace d'en faire de même avec ses frontières du Sud

L'Autriche, première concernée par ce revirement de la politique migratoire allemande, a déjà fait savoir qu'elle ne se satisfaisait pas des termes du compromis.

Car en principe, les renvois de migrants doivent se faire en accord avec les pays d'entrée et non de manière unilatérale par l'Allemagne. Mais si des accords ne peuvent être trouvés, il est prévu de refouler les migrants vers l'Autriche. Le gouvernement autrichien, qui associe l'extrême-droite et les conservateurs, et qui vient de prendre la présidence tournante de l'Union européenne, a prévenu qu'en pareil cas, il prendrait des mesures identiques à ses propres frontières, notamment avec l'Italie et la Slovénie. Avec le risque d'un effet domino en Europe.

"Si l'Allemagne croit qu'ils peuvent simplement renvoyer des gens en Autriche, en bafouant le droit international, nous expliquerons aux Allemands que nous ne les accueillerons pas", a prévenu la semaine dernière le ministre de l'Intérieur autrichien Herbert Kickl.

 (avec AFP et Reuters)

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a écrit le 03/07/2018 à 17:33 :
Il y a visiblement une volonté de l'Allemagne (et de la France...) d'accueillir ces millions de migrants quel qu’ils soient. Tout a été fait en ce sens ce qui encourage évidemment l'immigration. Pourquoi ? nul ne le sait mais la réaction des peuples est maintenant vive. Je ne comprends pas pourquoi l'U.E continue dans cette voie avec tous les problèmes que cela génère. Il est tout à fait possible de fermer les frontières comme le font bien d'autres pays et de contrôler les demandeurs qui peuvent exprimer leur choix depuis leur pays d'origine via par exemple les Consulats ou Ambassades.
Réponse de le 07/07/2018 à 0:43 :
Il faut distinguer les demandeurs d‘asile des migrants économiques. Il y a une obligation d‘acceuil envers les premiers seulement, et limitée pour la durée de la poursuite. Comme tous les migrants sont bien informés, il y a des faux demandeurs d‘asile qui bénéficient des mêmes droits tant que les procédures administratives ne sont pas encore finies.
a écrit le 03/07/2018 à 15:05 :
Le problème est plus large et multilatéral.
En jouant individuellement à l’import-export des problèmes on se prive aussi des solutions. Le fait de "passer aux voisins" ne résout rien, cela détourne uniquement l'attention du manque de solutions politiquement et ethniquement admissibles.
Autant une opposition entre inclusion et exclusion, ouverture des marchés et repli identitaire, que des perceptions différentes de "l'autre". Nous voilà parasitées par les excès et les dérives populistes, plus que par les effets réels des décisions. Mêmes si l’ampleur géopolitique est flagrante et peut devenir exponentielle.
On pourrait faire le parallèle avec d’autres décisions unilatéralistes qui ont effet contraire à celui escompté (https://www.capital.fr/economie-politique/les-taxes-sur-lacier-dernier-clou-du-cercueil-douvriers-americains-1296019)
En ce qui concerne le continent Africain, la solution revient à repenser son développement et d'aider à sa stabilité. Jusque là on ne peut pas dire que l'on a été très efficients sur le sujet. Le pire serait d’attendre que ce soit la Chine qui profite de l’opportunité de développement et le comble serait qu’en plus ils bénéficient de mauvaises décisions prises en Europe.
Il faudra des partenariats d’envergure (https://lexpansion.lexpress.fr/actualites/1/actualite-economique/bollore-et-le-geant-chinois-alibaba-annoncent-un-partenariat-mondial_2021955.html), mais d’un autre coté on peut se demander depuis quelques décennies on n’a pas déjà laissé passer les occasions de bien faire ?
a écrit le 03/07/2018 à 10:48 :
Et puis surtout une "victoire" de quoi, de qui svp ? C'est quoi la victoire là ? Tout le monde est perdant sauf l'extrême droite allemande qui par défaut va encore profiter de la déplorable faiblesse politique de merckel.

L'europe croule de tout ces compromis, de toutes ces ententes qui font qu'au final rien n'avance, rien n'y vit.

Vite un frexit.

"L’Allemagne, puissance sans désir" https://www.monde-diplomatique.fr/2015/05/A/52957 (dossier)

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