Les Bourses européennes décrochent, inquiètes du conflit Merkel-Seehofer sur les migrants

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La chancelière allemande Angela Merkel (CDU) et son ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer (CSU), sont en désaccord profond sur la gestion de la crise migratoire.
La chancelière allemande Angela Merkel (CDU) et son ministre de l'Intérieur, Horst Seehofer (CSU), sont en désaccord profond sur la gestion de la crise migratoire. (Crédits : Reuters)
Les principales Bourses européennes reculent lundi à mi-séance - et Wall Street devrait les imiter - dans un contexte marqué par la persistance des tensions commerciales et le risque d’éclatement de la coalition au pouvoir en Allemagne. Le ministre de l'Intérieur Horst Seehofer (CSU, parti conservateur bavarois), en profond désaccord sur la politique migratoire de Merkel (CDU), menace de démissionner, ce qui pourrait mettre fin au gouvernement de "grande coalition" droite-gauche péniblement constitué à l'issue des législatives.

[ Article publié le lundi 2 juillet à 14:08, mis à jour à 18:05 ]

Alors que la guerre commerciale entre les Etats-Unis et l'Union européenne ne faiblit pas (ce matin encore, Trump a fustigé les Européens et leur ingratitude) et alors que le risque d'éclatement de la coalition au pouvoir en Allemagne semble atteindre un point culminant, la plupart des Bourses européennes reculent lundi à mi-séance. Il est fort probable que Wall Street les imite dès son ouverture.

À Paris, le CAC 40 cède 1,14% à 5.262,79 points vers 10h30 GMT. À Francfort, le DAX perd 0,63% et à Londres, le FTSE abandonne 0,94%. L'indice paneuropéen FTSEurofirst 300 recule de 0,92%, l'EuroStoxx 50 de la zone euro de 0,95% et le Stoxx 600 de 0,94%. Les futures sur indices new-yorkais signalent à l'avance une ouverture de Wall Street en baisse de 0,6% à 0,7%.

A 22 h, réunion de la dernière chance pour sauver la "grande coalition"

Pour tenter de mettre fin à la crise politique en Allemagne, Angela Merkel, dont le gouvernement de coalition est menacé par le différend entre son parti, la CDU, et son allié de droite (CSU), doit s'entretenir à nouveau ce lundi avec son ministre de l'Intérieur, dans ce qui s'apparente à une réunion de la dernière chance.

Les divisions sur la politique migratoire entre l'Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière allemande et l'Union chrétienne-sociale (CSU) de son ministre de l'Intérieur Horst Seehofer menacent de faire éclater le gouvernement de "grande coalition" droite-gauche péniblement constitué par Angela Merkel à l'issue des élections législatives de septembre dernier.

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[Le 12 mars 2018, la Chancelière allemande Angela Merkel, cheffe de la CDU, entourée du leader de la CSU, Horst Seehofer (à droite) et du patron du SPD, Olaf Scholz, présentent la signature de la "grande coalition" droite-gauche permettant de donner un gouvernement à l'Allemagne. Crédit : Reuters]

De nombreux députés du bloc conservateur CDU-CSU, annonce Reuters en fin d'après-midi, ont exhorté lundi la chancelière Angela Merkel et son ministre de l'Intérieur Horst Seehofer à résoudre leur différend sur la politique migratoire allemande, qui menace de faire éclater le gouvernement de coalition mis en place en mars à Berlin. Selon plusieurs sources, les dirigeants des trois partis de la coalition, Merkel (Union chrétienne-démocrate, CDU), Seehofer (Union chrétienne-sociale, CSU) et Andrea Nahles (Parti social-démocrate, SPD) doivent se réunir dans la soirée, vers 22h00 (20h00 GMT), pour tenter de sortir de la crise. Auparavant, vers 17h00 (15h00 GMT), la chancelière devait recevoir un groupe de délégués de la CSU.

Migrants : le ministre de l'Intérieur en profond désaccord avec Merkel

Dimanche 1er juillet, Horst Seehofer, qui réclame un durcissement des conditions d'accueil des migrants enAllemagne, a proposé de démissionner de son poste de ministre de l'Intérieur ainsi que de la présidence de la CSU à l'issue d'une réunion marathon. Cette réunion était convoquée pour discuter de la question de savoir si le plan migrant ramené du dernier Conseil européen de Bruxelles par Angela Merkel était acceptable.

Mais il a ensuite été persuadé par ses collègues du parti d'avoir une autre réunion avec Angela Merkel lundi 2 juillet pour tenter de résoudre ce conflit. Il a déclaré qu'il prendrait sa décision finale dans les trois jours.

Dans une interview au Süddeutsche Zeitung, il ne mâche pas ses mots.

"Je ne me laisserai pas chasser par une chancelière qui n'est chancelière que grâce à moi (...) La personne que j'ai mise en selle me jette dehors (...) On me demande de changer, mais je ne le peux pas", lance-t-il.

La crise humanitaire qui divise l'Europe

La crise politique en Allemagne est le dernier signe d'une division croissante au sein de l'Union européenne entre ceux qui veulent maintenir des frontières ouvertes et ceux qui veulent limiter le nombre de migrants.

Horst Seehofer a déclaré dimanche à ses collègues que, malgré les mesures convenues avec les dirigeants européens, il ne voyait pas d'autre solution que de renvoyer certains migrants à la frontière. Angela Merkel refuse cette alternative.

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[Cliquez sur l'infographie pour l'agrandir. Crédit : Statista*]

La démission de Seehofer pourrait déclencher de nouvelles élections

Avant la rencontre Merkel-Seehofer, les groupes parlementaires de la CSU et de la CDU doivent se réunir ensemble.

Ce qui est important pour Angela Merkel pour l'instant : elle a le soutien des parlementaires CDU. Pour Hans-Peter Friedrich, un membre de la direction de la CSU, le refus d'Angela Merkel des compromis proposés par Horst Seehofer suggère qu'elle est contente de le voir partir.

"Maintenant, cela dépend de savoir si Horst Seehofer tire ses propres conclusions", a déclaré Friedrich à la chaîne de télévision publique Deutschlandfunk.

Si l'alliance de la CDU et de la CSU, vieille de 70 ans, devait se dissoudre, Angela Merkel pourrait être privée de majorité parlementaire. Elle pourrait alors tenter de diriger un gouvernement minoritaire, ou peut-être d'annoncer de nouvelles élections législatives.

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(*) Un graphique de notre partenaire Statista.

(Avec Reuters)

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Commentaires
a écrit le 03/07/2018 à 14:00 :
Merkel n'a pris aucun risque en acueillant les migrants:il existait de nombreux postes innocupés a pourvoir afin d'empecher la croissance de s'effondrer.Les français seraient bien inspirés de prendre modèle sur leurs voisins:de nombreux chefs d'entreprise se plaignent de ne pas trouver de personnel a recruter malgré la très forte demande économique
a écrit le 03/07/2018 à 8:29 :
Les bourses mondiales sont nerveuses car:
- elles sont relativement chères,
- emballement possible de la guerre commerciale,
- cours du USD qui affecte les pays émergents.
Le problème en Allemagne est un épiphénomène.
Cordialement
a écrit le 02/07/2018 à 23:57 :
La finance mondiale (américaine) tient à ce que l'Europe se noie sous les migrants..
a écrit le 02/07/2018 à 19:23 :
Il y a fort à parier que, si la CSU se sépart de la CDU, ils iront tenter de rejouer le braquage à l'italienne de la ligue face au M5S avec l'AFD.

En cas de nouvelles élection, est-il possible d'avoir une coalition CSU- AFD-PEGIDA(ou CDU en minoritaire pour le compromis)?
a écrit le 02/07/2018 à 18:33 :
Comme quoi, tout monde virtuel est fortement instable face au monde réel! Ce n'est pas demain que cela changera!! A moins qu'elle ne mette le chaos dans le monde réel!
a écrit le 02/07/2018 à 17:38 :
chez eux tout semble fonctionner ! par contre en FRANCE l austérité de la zone euro touche l hexagone et est destructrice
Réponse de le 03/07/2018 à 0:28 :
Un ministre de l'intérieur qui s'oppose frontalement au chancelier, vous trouvez que c'est une preuve de fonctionnement normal vous?

Des neo-nazis au gouvernement vous voyez ça comme une preuve de bonne santé politique ?

Pour un pays qui fait 200 milliards d’excédent de balance commerciale chaque année, je trouve au contraire que ce pays va mal.
a écrit le 02/07/2018 à 16:12 :
Dans la vie il n y a pas que l argent les allemands le rappellent à ce qui l avaient oublié
a écrit le 02/07/2018 à 15:19 :
Incroyable! Tout le monde sait que Merkel a pris un risque énorme pour l'Allemagne en accueillant plus d'un million de migrants de Syrie et environs. N'est-elle pas sur le point de réussir? Le pouvoir d'achat d'un euros n'est-il pas en Allemagne parmi les plus élevés en Europe.
Force est de constater pour l'Europe qu'il n'y a pas de relève européenne (ni même française) crédible.
a écrit le 02/07/2018 à 14:36 :
L'allemagne a fait une partie de sa fortune grâce à l'exploitation de la main d'oeuvre à bas cout, comme cela a fonctionné avec la RDA ils ont décidé de continuer avec les pays de l'Est comme la Pologne, la Roumanie, la Moldavie et-c... L'oligarchie qu’elle défend ayant fait d'énormes bénéfices grâce à ce dumping social influençant la politique européenne qui se vautre dans le dumping et social et fiscal du coup, veut continuer d'esclavager les citoyens européens ou non, or cet afflux massif de main d'oeuvre bon marché dont faire saliver nombreux actionnaires milliardaires seules bénéficiaires au final du dumping social.

Mais voilà, il est évident qu'à ce jeu seule l'extrême droite allemande, qui est beaucoup moins rigolote que l'extrême droite italienne soit dit en passant, saura tirer ses marrons du feu du coup ses alliés commencent à paniquer.

"menacent de faire éclater le gouvernement de "grande coalition" droite-gauche"

Notons tout de même que c'est une soit disant représentante de la droite qui veut faire entrer en masse les migrants et que c'est un social démocrate qui s'y oppose alors que d'habitude toujours ils sont toujours prêts à nous faire la morale, d'ici que la situation soit devenue incontrôlable en allemagne donc...

Vite un frexit.
Réponse de le 02/07/2018 à 18:28 :
@citoyen blasé: L'Allemagne n'a pas fait le choix d'une société basée sur l'esclavage mais celui d'une société normale où il y a plus de pauvres que de riches et où les pauvres ont l'espoir de devenir riches; reconnaissons qu'elle a mieux réussi que la France où les citoyens ont l'impression qu'ils s'appauvrissent pendant que ceux qui ont la responsabilité de les faire vivre mieux demain qu'hier vivent dans un confort que leurs résultats ne justifient pas; voyez le ridicule des porteurs de parapluie avec François Hollande et Angéla Merkel ou Mme Hidalgo et la reine d'Angleterre.
Réponse de le 03/07/2018 à 8:33 :
"L'Allemagne n'a pas fait le choix d'une société basée sur l'esclavage mais celui d'une société normale où il y a plus de pauvres que de riches et où les pauvres ont l'espoir de devenir riches"

Heu... vous comprenez cette phrase ? Pas moi. Vous pouvez développer l'idée s'il y en a une svp ? Merci.

"Le modèle qui inspire Emmanuel Macron: L’enfer du miracle allemand" https://www.monde-diplomatique.fr/2017/09/CYRAN/57833 (article gratuit)

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